lundi 1 juillet 2019
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Courrier

« Aux Rats des pâquerettes » est génial, l’écriture y est différente de celle des « Porcs », plus exaltée, exactement en accord avec le fond du livre, cette colère contre la mollesse des Gilets Jaunes qui se sont bougés pour pas grand chose et qui sont calmés quand la police les mutilait. Il y a un véritable rythme, un souffle, un vrai humour, une cruauté parfois, des formules, des trouvailles, des analyses justes (en particulier sur le conspirationnisme, sur son influence sur la vision politique des Gilets Jaunes, sur 1984 qui est d’abord le monde des conspis qui imposent des faits trafiqués…

Exactement comme le ministère de la Vérité qui corrige les vieux journaux pour correspondre aux intérêts d’aujourd’hui). Vous abordez tellement de sujets en 100 pages, vous visez juste (pas comme les flics…), vous faites des allusions à votre situation (la Suisse, les procès, Wikipédia…). Il y a moins d’autobiographie (comme dans Les Porcs), moins de digression (comme dans Une lueur d’espoir avec Loft Story et Houellebecq). On est dans 100 pages avec les Gilets jaunes, les réactions médiatiques et politiques, leur révolte mise en parallèle avec Céline et Ramuz. C’est comme si vous souleviez vous-même tout ce petit monde pour l’observer précisément et le faire entrer dans un pamphlet. Finkie l’a tué, mais Aux Rats est la pierre tombale du mouvement jaune. Ce que j’admire, c’est l’endurance, il n’y a pas de livre raté ou faible, il y a toujours le même moteur derrière, la même énergie, et en même temps, ce sont des livres différents dans leurs thèmes et dans leurs formes. Et la surprise de l’annonce, extraordinaire ! Ce livre sera rapidement épuisé et mettra un point final à cette longue séquence judiciaire, c’est obligé ! Vous touchez l’époque la plus récente, le sujet le plus brûlant. Les Porcs parlaient d’une époque révolue (un peu comme « Mort à crédit » parle du début du XXe siècle au milieu des années 1930 ; s’il a été massacré par la critique, il reste aujourd’hui un monument de la littérature), mais dont il fallait témoigner parce que vous avez approché ceux qui ont propagé les saloperies conspies. Patience 3 pouvait décourager par sa couverture (pourtant très drôle), alors que l’intérieur était remarquable (Israël comme Auschwitz). Plus que jamais, vous faites un véritable travail d’écrivain nécessaire pour comprendre l’époque. Bravo !

DrMarty



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Cher Marc-Edouard,

Je viens de relire pour la quatrième fois Aux rats des pâquerettes et je dois bien avouer que ce livre pas écrit pour rien après la chandeleur m’a retourné comme une crêpe. Je reconnais que je fus enthousiaste au début du mouvement des gilets jaunes; je pensai même lui reconnaître des accents nabiens, dans l’esprit de vos chapitres des Porcs : Gare du Nord 2007, Le désordre juste et Fourmies 1891 (d’ailleurs le contrôleur gilet jaune vous permet habilement – non merci à lui!- de boucler cette séquence en revenant aux origines de l’émeute de la gare du Nord) et je fus le premier à twitter à ce sujet. Vos magnifiques premières pages me confirment que cette impression n’était pas complètement fausse.
Mes origines lumpenprolétariennes (hormis la version Kevin de Grégoire, mes autres prénoms sont… Elvis, Nicolas et John… oui… Les parents d’Edouard Louis seraient considérés comme des parvenus s’ils appartenaient à ma famille…) me conduisent aussi trop souvent à un réflexe inné de solidarité de classe face au mépris bourgeois (dont j’ai soupé toute ma vie), réflexe qui rejoint malheureusement cet esprit de société que vous démolissez à bon escient dans vos (dernières cette fois-ci) pages.
Rouen a été une des villes les plus actives, je me suis rendu à quelques rassemblements en curieux, j’ai pris quelques grenades lacrymogènes (après avoir pleuré, je ris encore de l’arme proustienne), mais c’est vrai que j’ai davantage reconnu l’ambiance des tribunes du stade de footbal de Lens qu’une atmosphère vraiment subversive. Comme l’a si bien écrit Slavoj Zizek, nos contemporains feignent d’être des cyniques en public, alors qu’ils n’ont jamais autant cru au système
« Nous avons à faire aujourd’hui à une croyance « suspendue », une croyance qui ne peut se déployer que si elle n’est pas complètement avouée, et qu’elle reste plutôt un secret privé et obscène ».
Dans votre pamphlet vous nous mettez encore une fois le nez dans notre investissement libidinal, et bien : nos truffes en sont… jaunes… Votre critique de l’état est capitale dans la lutte contre le conspirationnisme : il suffit de voir quelle importance les « anti-systèmes » accordent au Siècle, au Bilderberg et autres Rotary Clubs améliorés pour s’en convaincre. En cela ils rejoignent ces lâches qui pensaient qu’il suffisait de se débarrasser des Juifs ou des francs-maçons pour se libérer du joug capitaliste…

Gregory Briens



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Quelques mots sur ton fantastique texte sur les Gilets : quels soulagements pour moi ! Au pluriel… Il n’y avait que toi qui pouvais écrire ce qu’il fallait en penser, et le faire aussi vite. Je me souviens, quand j’ai fait mon texte sur mon blog, j’avais pourtant l’impression de traîner, j’hésitais, et puis finalement je l’avais fait, au fond très vite, le 13 décembre, parce que j’avais eu quelques prémisses de ressentis qui me mettaient en colère, pour ne pas dire en tristesse. Je pensais que ça suffisait, et j’en suis content – tout tient encore. Sauf que suite à ça, il s’est passé d’autres choses encore, les monstres de la police (et leurs violences) ont débarqué, notamment, et puis Finkie, et puis tout le reste.
Ça m’a soulagé, ton texte, parce qu’égoïstement ça m’a rassuré sur mon « œil », celui qui essaie de voir ce qui se trame et de le dévoiler : sans nous consulter, dans mes premières visions, j’ai vu des choses en commun avec toi, et puisque je te fais une confiance aveugle… Ça pourrait sembler rien si on se disait que tout le monde avait vu la même chose, mais non…
Ça m’a soulagé aussi parce que je n’arrivais pas à trouver l’envie d’en remettre une couche, et alors j’ai déculpabilisé de voir que tu t’en étais chargé.
Et puis surtout, c’est de pouvoir lire tout ce que je n’avais pas vu, ou pas pu écrire, et tout ce que tu as su détricoter de ce mouvement. Moi j’avais attaqué beaucoup sur des données très sociales, hypocritement humaines, honteusement financières, etc.; toi tu as creusé, comme tu sais le faire mieux que personne, dans la boue politique, historique, polémique, littéraire, tu as tiré le portrait des protagonistes, tu as pu raccrocher ça non seulement à tes thèmes pour renforcer leur justesse (antisémitisme, complotisme surtout, etc.) et à ton histoire au présent, c’est-à-dire Ramuz, Kafka… Et même journalistiquement, puisque contrairement à ce que pensent des bouchés de mauvaise foi comme mon ami Defalvard, il existe un journalisme d’écrivain, et donc un journalisme précis, drôle, révélateur, c’est réussi dans ce petit livre : le chapitre sur les armes, sur Isidora, les nombreuses citations… Laisse-les s’en amuser, les idiots : en attendant personne n’est foutu de faire le travail. La « Postérité », comme ils disent, qui les préoccupe tant, fera elle-même le tri. Et puis c’est un livre hilarant, comme tous. J’ai aussi aimé sentir que ton écriture se modifiait très subtilement quand tu tapes et que tu ne dictes pas. Tu en es arrivé à une virtuosité de la dictée qui te permettrait, si tu le voulais, de n’écrire plus qu’ainsi tant on reconnaît ton ton, ta langue, ta construction dans la phrase même, mais des passages de ce texte, le début notamment, me font penser ce que j’ai quand même toujours pensé : le lyrisme à l’écrit – cette petite musique rimbaldienne – est comme intimement lié à l’intime, justement. Comme s’il ressortait mieux quand il était silencieux, quand il provenait des doigts plutôt que de la bouche. J’ai donc été content de retrouver des notes de cette écriture, mélangées à celle que tu travailles depuis des années dans tes derniers ouvrages. Bravo, et merci.

David Vesper



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Bien reçu et lu ces Rats, un samedi bien sûr. Tu ne descends pas d’un cran dans l’anarchie ! J’aime par exemple que tu défendes les Black Bloc même si ce sont souvent les mêmes post-ados qui te traitent de facho sur des blogs antifas concons. Ta probité rayonne à chaque livre.
Belle ouverture aussi ! Ça fera taire les abrutis qui, ne comprenant pas le mode d’écriture des Porcs, croient que tu as perdu ta littérature (nonsense comme on dit ici). Très à point la comparaison Céline/Ramuz, avec la différence entre avoir et être…
Et puis fantastique sur le « peuple Internet », que tu sais toujours brocarder mieux que nous n’y arrivons à notre âge, par manque de distance peut-être (la distance face à l’écran !).
A thousand thanks!

Matthieu Gouet



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De : Hamonic kevin
Date: dim. 28 avr. 2019 à 13:37
Subject: Formulaire de contact : Nettre à Nabe
To:

Il y’a quelques mois, je suis tombé sur Dieudo le youtubeur raté (du fisc) qui faisait faire des quenelles à son fiston (proto-gilet juvénile ressemblant étrangement à Laurent Voulzy) sur sa chaîne de gaming…on est loin des éclats. Je vous ai découvert justement à l’occasion de l’affaire Dieudonné (épisode Valls et l’interdiction de ses spectacles) dans ces 7 minutes isolées chez Taddei, avant qu’il ne devienne lui même un « Porc » de RT France. J’ai donc du rattraper le retard avec les autres textes avant que ne sorte « Les Porcs » (notamment les « Patiences » et autres morceaux choisis, exil grec, nuages manouches etc).
Les conspi sont épuisant à suivre. La veille documentaire est pénible, mais j’ai mon « lanceur d’alerte » perso: mon père!
A force de trainayer sur internet, mon paternel, loin d’être Byzance (plutôt un UPRrien genre Strasbourg ou Rennes) a développé une certaine acuité crypto- complotiste digne des plus grands, c’est devenu ma longue-vue.
C’est donc de loin que j’ai vu venir les GJ, avant le 17 novembre, avec les soraliens, Panamza, Chouard, Fiorille, Ryssen, Tépa, Laïbi, Conversano et autres crétins issus d’internet.
D’où mon « régal » à la lecture des « Rats des pâquerettes », logique engeance numérico-médiatique couleur jaunâtre des « Porcs »!
Je les devinais influencés par de la culture merdeuse (Matrix, V pour Vendetta, Mr Robot etc), et j’ai récemment découvert Thinkerview (sorte de Tépa TV upgradée, Anonymous en Monde diplo ou sont passés tous les affreux types du style de Chouard). Dans le genre enfilage de perles, ils tiennent la barre haute avec RTfrance, le Média de Chikirou la voleuse et Sud Radio avec Bercoff le conspi couscous Garbit réac (qui sort un livre: merde) et Didier Maïsto son patron ultra crédule (qui prévoit de sortir un livre aussi: re-merde).
Ils se portent bien les « fous du puy »( en tête des ventes) que sont devenus les de Villiers, Plenel, Bégaudeau, Branco et autres Lancelin, Boulot..Abonnez-vous qu’ils disent, mon cul!
Mon attention se porte particulièrement sur Juan Branco et son petit manège.
Ce melon monosourcilé, préfacé par Denis Robert (conspistream), marionnettiste habile, récupérateur de Flyneuneu. Assez malin pour vampiriser les audiences des principaux groupuscules conspi et vendre son bouquin merdique aux faibles d’esprit en osant se prétendre censuré par le « système oligarchique ». Il serait temps de le remettre à sa place, la branque chasseuse de moulins à vent, l’homme qui re-tua Don Quichotte. Après la fiotte Hanouna, voilà qu’il s’en prend directement à ce crétin de Soral, se présentant chevalier blanc GJ versus E&R qui viendrait les décomplotiser, les déradicaliser de leur complotisme…encore une fois mon cul les faussaires duellistes de 2019!
Au final encore plus gratiné que Nicolle avec sa verve ampoulé, monsieur mélodrama de Wikileaks, opportuniste, victimaire, parano-narcissique surfe sur la vague jaunâtre depuis des mois impunément pour vendre son livre merdique d’inspecteur gadget aux faibles d’esprit qui le croient. Malin le marketing 2.0, la pluie n’y voit que du feu.
J’espère que vous couperez la tête, et les sourcils de ce « Cinéman Paradiso » (encore pire que Moix) d’opérette!
Et encore merci du « régal » pour la petite « vermine » que je suis.

Winny @winniah sur cette merde de Twitter