mardi 12 décembre 2017
Anciens numéros
Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Courrier

De : Nicolas Gabet
Date : 7 octobre 2017 à 20:29
Objet : Formulaire de contact : Les Porcs
À : contact@marcedouardnabe.com

Bonjour !
Après avoir lu le très chouette Nabe’s News je me suis dit que j’aurais pu, sans dispertion (je sais que j’y arriverai pas), sans lèche-bottes (c’est dégueu) ni honteux sentiments (pas mieux) ou autres nazeries dont j’ai l’habitude, tenter un vrai commentaire pertinent des Porcs. D’abord soyons honnêtes, on ne peut toujours pas dire que j’aie vraiment terminé.

L’une des raisons si on dégage d’emblée celles qui n’ont rien à voir, c’est que l’oeuvre est remplie non seulement, comme tous les livres que je connais de Nabe, de références artistiques que je dois découvrir, mais d’analyses précises d’évènements et d’émissions qu’on a envie de voir (pour ne plus les revoir) sous ce nouveau jour plutôt sombre… On comprend mieux. Je pense au hasard au passage post 09/11 de Meyssan chez Ardisson qui est non seulement très drôlement écrit, mais qu’il est à mon avis important de comprendre, même si ça date et que les choses ont sans doute bien changé. Au hasard et moins sérieusement (quoique) : l’interprétation karaoké de « Qu’est ce qu’elle a ma gueule » par Soral chez la Le Pen. En lisant le passage, mon cerveau s’arrête, ricane un peu d’avance, puis demande à mon corps d’aller chercher. La vidéo, de mauvaise qualité, se révèle néanmoins délicieuse. Mais je voulais dire : chaque référence musicale me propose une nouvelle écoute, je ne compte plus le nombre d’excellents films que j’ai découverts en vous lisant (au hasard Le salaire de la peur, vu hier), et tout ceci rend la lecture encore plus dense encore, et agréable. Un artiste pas pris au hasard que j’ai découvert en lisant Nabe : Bloy. Eh bien un peu de manière opposée, de la même façon que j’ai senti l’envie de prendre deux dictionnaires en lisant Bloy, je vais très souvent sur youtube ou dailymotion en lisant Les Porcs. Je ne sais pas si je suis vraiment clair ici, mais bon. Si, entre tout cela, je m’autorise à ouvrir un Proust ou un autre, j’en ai pour un moment, et le monde du salariat ne me le laissera pas. Merde, c’est pas eux mes maîtres ! Donc c’est déjà une leçon de discipline : chaque chose en son temps. Merde, j’avais dit non à ce genre de déviation. Bon.
Ensuite… j’ai perdu mes notes.
Au hasard, parlons de l’humour, omniprésent jusqu’au malaise, puisque je me suis parfois pris de honte à rire de choses qui dans le fond sont si graves. En réalité je ne riais pas des choses mais de la manière d’en parler. Il y a aussi du léger, par exemple sur les couilles de Yann Moix (je crois qu’il y a aussi pas mal d’histoires de couilles là dedans) … C’est peut être pas du goût de tout le monde, mais moi il suffit d’un titre comme « Le Penzébuth » pour me faire rire (dans le contexte de 2002), ça peut paraître couillon, léger… Mais il y a un art d’être couillon et léger, ça fait pas systématiquement rire ! Non, il y a aussi des tas de tournures, des phrases plus ou moins tarabiscotées très drôles, et puis toutes ces révélations… Finalement c’est le contraste entre la gravité de ce qui est décrit et le ton employé pour en parler. Quand je fais le lien avec l’expérience que j’ai dans ma vie personnelle avec le « complotisme » (mais j’en voudrais bien un autre mot), à savoir que la plupart de mes amis d’enfance et moi même y sont plus ou moins passés, essentiellement par fainéantise ou pour se « rassurer », bordel, en quoi serait-ce plus rassurant ?! j’ai plutôt l’inquiétude ou la tristesse aux lèvres. Bientôt le rire !
Aussi, il y a une récurrence d’utilisation de cert formules « N’importe quoi ! » (c’est un livre sur la télé, le complotisme, sur la bande à Dieudo et Soral notamment, mais pas que ! loin de là !), ça familiarise avec une écriture qui, à ce qu’on dit, reflète de manière troublante le parler de l’auteur. Je pense maintenant à cette acuité de psychologue… C’est à la fois jouissif et effrayant. C’est probablement une des raisons pour lesquelles j’ai envoyé d’innombrables messages éthyliquement niais sur votre page de contact, exactement comme un type qui aurait eu besoin de se confesser après vous avoir lu (comme si vous étiez des curés… et les Porcs la Bible… non) je m’explique. Pour reprendre à mon compte une phrase de Pierre Boulez … Il se trouve que j’ai paumé mon journal de notes (Au cas où la personne qui aurait pris mon journal me lise : je sais où tu vis). Donc, Pierre Boulez disait à peu près que les grands maîtres (musicaux mais pas que), si on leur applique une véritable analyse, qu’on leur demande avec acharnement, finiront par parler DE vous PAR vous. En dehors du trouble que jette une telle idée sur la psychanalyse, j’y vois une superbe et opportune explication. En l’occurrence, clairement, si on se sent visé par ce que vous écrivez parfois, et c’est mon cas bien sûr, on est foutu ! Il faut se poser de très sérieuses questions, car le miroir peut faire fuir ! Changer ! Ou pas ! Mais se justifier un minimum face à soi. Une question fondamentale, qu’on peut lire dans le chapitre J’engueule Taddeï : « Comment tu justifies ton comportement dans la vie de tous les jours en ayant, d’après ce que tu me dis, compris que le combat n’étais pas aussi simple entre des vilains terroristes et des démocrates sans tâches ? » Eh là on ne peut plus se permettre d’être léger. Et pourtant, le long de l’ouvrage, qu’est-ce qu’on rigole… Mais on avance dedans avec de plus en plus de prudence. Et puis voilà les Nabe’s News ! J’ai pas de commentaire là dessus, à part ce que j’ai déjà dû dire, c’est excellent. Je vais m’arrêter là parce que je suis trop désordonné… Peut être que je réessaierai plus tard, avec un nouveau carnet de notes. Je vous remercie enfin d’avoir inclus dans ce livre des documents comme par exemple « Israel c’est fini ! » juste après les chapitres liés à la guerre au Liban de 2006. Je n’avais évidemment jamais lu les choses comme ça. Voilà pourquoi c’est si important ! Evidemment plus important que toutes les histoires d’égo… Au revoir


De : jamel <no-reply@marcedouardnabe.com>
Date : 5 décembre 2017 à 00:04
Objet : Formulaire de contact : le bien etre de marc edouard
À : contact@marcedouardnabe.com

Bonsoir
je me propose de vous loger à brest en province ville grise pluvieuse beauf par excellence , l inspiration ne tardera pas à surgir pour décrire ce qu’ est devenu la france en 2017 une épave une péripatéticienne une lépreuse
portez vous bien
qu ALLAH nous guide


De : Roger Zierouhli <no-reply@marcedouardnabe.com>
Date : 13 novembre 2017 à 15:09
Objet : Formulaire de contact : Audacieuses positions
À : contact@marcedouardnabe.com

Monsieur Zannini,

Hier soir, vous vous êtes invité chez moi. L’internet a quelque peu bousculé ma perception du temps; une foule d’emmerdeurs, jeunes et vieux, morts et vivants, n’arrête pas de se donner rendez-vous en face de ma tronche d’internaute ahuri. Je suis du genre courtois, je vous ai opposé un flegme empli de non-dits bien sentis; mais vous avez commencé à discourir avec un ami de la famille, un certain Taddeï. La scène avait un côté vieille France délicieusement suranné. J’aime ce côté guindé, l’éloquence des temps passés. Je ne savais pas que les vieux amis, encore aujourd’hui, continuaient à se vouvoyer. Quoi qu’il en soit, vous n’avez pas daigné quitter mon écran de télé, alors j’ai laissé faire. Quand un rhinocéros est coincé dans votre voiture, il suffit d’ouvrir la fenêtre et il finir par s’en aller de lui-même.
J’avais de vous l’image d’un écorché vif, génie fruste et frustré, piégé dans un monde de cons. Après votre monologue télévisuel, je me suis mis à douter. Monsieur Jakubowicz, Juste parmi les Justes, si tant est qu’il est Juste d’incarner la police-milice de la pensée, venait de nous révéler le visage du prochain pauvre type à persécuter: le complotiste. Monsieur Taddeï, jamais à court de courage, s’est éloigné de la foule des moutons dociles pour rejoindre un fier combattant de la Vérité comme on n’en fait plus: Nabe himself ! Vous ! Contrairement à tous ces Tartuffes, vous osez mettre les pieds dans le plats, vous. Vous défiez le démagogisme fasciste comme personne, vous. Vous n’avez pas hésité une seconde à risquer votre vie, devant la France entière, pour nous délivrer le nom du vrai responsable de nos malheurs: le complotiste.
Le panache ! Vous voilà à votre tour Juste parmi les Justes.
Depuis la victoire du «non-mais-oui-t’avais-pas-compris» au référendum sur la Constitution Européenne, je me sentais peu à peu, avec horreur, devenir de plus en plus Injuste. La voix de Jacques Bergier, qui se disait Premier des Justes – je lui concède cela volontiers – raisonnait dans ma tête: «Le fantastique est l’apparence que prend la réalité brute, sans aucun filtre pour la déformer». Je croyais naïvement que nos maîtres gouvernants, accompagnés de leurs majordomes dévoués, étaient des gros cons gobant n’importe quoi, comme le reste de l’Humanité, dans une sorte de démocratie universelle de la stupidité. J’apprends de votre bouche qu’en réalité, je suis un gros con, moi et moi seul: je n’avais par réalisé à quel point nos maîtres étaient si éclairés. Je me sens recouvrir ma Justesse passée. Comment pourrais-je vous remercier ?
Très tôt, je me suis dit que la logique serait un meilleur moyen que la littérature pour accéder aux secrets bien gardés de la Nature, cette petite cachotière. Alors je suis devenu logicien. On en vit aussi bien qu’un figurant de cinéma hollywoodien. Garde romain numéro 1257. Ça me va. On m’a alors enseigné le principe de contraposée: si A implique B, alors non-B implique non-A. Je me suis dit, naïf que je suis, qu’à la place de dire des conneries pour attirer les faveurs des puissants, vous pourriez fuir les compromissions du parisianisme pour écrire – de nouveau – des choses intelligentes. Je pourrais même vous filer deux ou trois billets en ce sens. L’argent des miséreux vaut bien celui des péteux.
Je vous imagine bien donnant naissance à une œuvre puissante, révolutionnant la civilisation, libérant l’Humanité du joug de Mère Nature, cette petite matonne de merde. Un pamphlet massif, du calibre des «Principes du chauffage et de la ventilation des habitations», chef-d’œuvre immortel du grand Thomas Tredgold, héros de l’Humanité qui a sauvé plus de vies que tous ces crétins de politicards réunis. Céline était bien médecin et soignait gratis les bons comme les méchants, pour peu qu’ils ne soient pas plus méchants en sortant. Vous êtes quoi, vous ?
Quand est-ce que vous vous déciderez à devenir quelque chose dans la Vie, au lieu de chercher à être quelqu’un à Paris ?