lundi 11 mai 2020
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Guyotat, superbe escroc

De tous les hommages à Guyotat, le meilleur et le plus juste, c’est celui de Sébastien Lamarre, ce jeune Canadien passionné de littérature et au goût, ma foi, très sûr : Joyce, Poe, Mallarmé, Roussel, Guyotat et… Nabe ! On n’a pas oublié sa vidéo (la plus vue de sa chaîne Empreintes des lettres) sur l’auteur des Porcs il y a deux ans.

     Sur Guyotat, Lamarre ne dit pas non plus de conneries (oubliez son accent à couper le blizzard à la tronçonneuse !), il a l’honnêteté dans les deux sens : proclamer son admiration pour l’écrivain artauldo-genetien d’ Eden Eden Eden  mais souligner aussi la dérive normative qui l’a fait, dans la dernière partie de sa vie (30 ans quand même !), devenir somme toute lisible et banalement primé.
     N’oublions pas, aujourd’hui où il est mort, que Guyotat fut soutenu toute sa vie par des bourgeois exécrables comme Colette Kerber, Donatien Gruau, et sa bande sinistre des Veinstein, Adler, Alphant, Henric, et autres Millet pour qui Guyotat donnait des gages de bien-pensance bobo et débile (voir dans Les Porcs page 64, le soulignement du chiraquisme de circonstance de Guyotat en 2002) en échange de la promotion de son incompréhensibilité  de  vieux pédé tordu.
     Il y avait quelque chose d’un escroc — un escroc superbe —  chez Guyotat, mais pas quand il torturait le langage jusqu’à ce qu’il parle ( gégène de génie !), non : quand il redevenait, à volonté, ce qu’il avait toujours été au fond depuis le début : un homme de lettres trouillard de gauche qui écrivait « bien » et qui pensait (mal) comme tout le monde à Saint-Germain…
     Tout cela, Lamarre ne l’occulte pas. Comme nous, Sébastien déplore ce qui a transformé l’auteur de Tombeau pour 500 000 soldats (1967) en dénonciateur des massacres du FLN (Idiotie, prix Médicis 2018). Nous rajouterons : ce qui a métamorphosé celui de Prostitution (1975) en désapprobateur de la… prostitution (voir sa vidéo sur Toulouse- Lautrec) !…

     Les histoires d’avant-garde finissent mal. Où ça ? Dans la culture voyons !

Le dernier trio de soutiens de Guyotat : Catherine Millet, Laure Adler et Jacques Henric