mardi 15 août 2017
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

« Lettre ouverte à Guillaume Basquin et à son fan-club à lui tout seul »
par Fabrice Pastre

      Cher Guillaume,
     Tu es dans l’erreur, totalement dans le faux. Je sais très bien que tu n’en conviendras pas, ça n’est pas mon but, d’ailleurs. Tu me traiteras de tous les noms, tu m’enverras droit dans un de tes cercles de l’Enfer de Dante, « ton grand truc »… Peu importe. Il fallait que je t’écrive tout cela, pour me sentir mieux, tout simplement.

Je pensais vraiment que tu valais mieux que ça ; je l’espérais plutôt. J’aurais dû m’en apercevoir avant, mais je me voilais la face, afin de retarder le plus possible le moment gênant de devoir admettre que je me suis planté ! Et comme il faut. C’était il y a deux ans… On était en train de faire cette revue avec David, puis patatras ! Tu as tout foutu par terre. Au final, cela devait arriver, et c’est beaucoup mieux comme cela, pour tout le monde. Je t’en remercie même ! C’est ensuite que j’ai déconné. J’ai été trop « humain », cette faiblesse… J’ai préféré te suivre toi, plutôt que ce Vesper que tu vois partout depuis… J’ai dit « oui » pour que tu publies mon texte dans ta revue, alors que j’aurais du le foutre à la poubelle (certains diront que c’est ce que j’ai fait…). Pire encore, je t’ai même « interviewé » pour Philitt, sans doute parce que je devais penser te devoir quelque chose… Un entretien vraiment loin d’être nécessaire pour l’histoire de la littérature, totalement inutile tout court, n’est-ce pas ? Relis-le, c’est terrible… J’ai fait tout ça par vexation, parce que t’as voulu essayer de me fâcher contre David et son aventure, par des moyens très bas, d’ailleurs… Et je me suis laissé faire… Mais, à ce moment-là, qui aurait-pu imaginer, si ce n’est David ou Nabe, que tu irais jusqu’à demander dans une lettre ouverte à Nabe s’il n’était pas « fini », alors qu’il vient de publier un nouveau chef-d’œuvre ? L’accuser de « lâcheté », après tout ce qu’il a fait… Intolérable. Tout ça pour, entre autres, ce Lucchesi… Préférer une énième copie à l’original, c’est cocasse pour quelqu’un qui se veut lecteur et éditeur…
     Si je me sens obligé de t’écrire ici et d’assumer tout ça publiquement, c’est parce que je sais moi, tout ce que je dois, comme tant d’autres, Lucchesi et toi compris, ce que nous devons donc, à Marc-Édouard Nabe. Mais aussi, – attention, tu vas sursauter ! – à David (particulièrement) et tous ceux qui œuvrent pour l’œuvre de celui sur qui tu voulais écrire un « vaste essai » ! Ton « essai littéraire le plus important », même.

(inédit) Projet de couverture du fameux essai que Basquin écrivait avant de changer son fusil d’épaule pour devenir un ennemi de Nabe. On notera le titre encore une fois copié d’ailleurs, en l’occurrence « Le Procès Céline », avec le choix de Céline peint par Nabe en illustration… Ça en dit long !

     Or, tu ne l’as pas fait. Contrairement à David, qui lui, il faut le reconnaître, a fait énormément depuis deux ans (Adieu, Éclats de Nabe et tout ce qui concerne la galerie, Nabe’s News et ce que j’ignore sûrement) ! Tu reproches à Nabe de n’avoir aucune empathie pour la jeunesse, de vouloir flinguer tout ce qui se produit, mais il n’en est rien ; en accueillant Adieu dans sa galerie, il a démontré qu’il n’était pas fermé à une certaine jeunesse qui n’a pas l’arrogance d’exiger que tout lui tombe dans le bec sans le moindre effort… Sans compter qu’il donne déjà assez par ses livres, ses tableaux, et tout le reste pour qu’on puisse l’attaquer sur sa générosité !
     Tu as très gravement déraillé, ces temps-ci. Je n’ai jamais compris comment des personnes pouvaient totalement adorer un auteur puis le détester tout d’un coup. Mais au-delà de ne pas le comprendre, je trouve que c’est synonyme d’impuissance et de frustration. Avec tes récents textes, commentaires, etc., à divers endroits, tu me forces à choisir (merci encore !) ; et, entre d’un côté le travail gigantesque de Nabe depuis plus de trente ans (et plus que jamais à l’heure actuelle, avec sa « mafia » composée de jeunes gens qui sont loin d’être un « fan-club d’hystériques », dans lequel tu me rangeras désormais), et de l’autre les productions Tinbad, tu m’excuseras, mais il n’y a pas photo ! Tu peux publier tous les « grands textes » que tu veux, jamais tu ne pourras ne serait-ce qu’effleurer l’œuvre de Nabe, largement trop imposante pour le reste des lettres. Vouloir faire sans lui, c’est impossible ; mais contre lui, c’est inadmissible.
     Ce que tu n’as pas compris, Guillaume, c’est que l’œuvre de Marc-Édouard Nabe est en danger aujourd’hui. On attendait de toi, qui l’admirais autant que nous, de continuer à le défendre par tous les moyens possibles. Au lieu de ça, à cause de tes blessures d’ego, tu lui as tourné le dos après avoir poignardé le sien de deux seconds couteaux (au moins) : Jacques Henric et Alexis Lucchesi… C’est toi que l’Histoire jugera…

     Il est assez difficile d’admettre que l’on s’est trompé. Même quand au fond de soi, on l’a toujours su. Toute vexation ne devrait pas avoir raison de la raison. Adieu, Basquin !

Fabrice Pastre