dimanche 15 décembre 2019
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Rencontre : « Je connais Marc-Édouard Nabe. » par Anthoine Carton

Il était environ 15 heures, je travaillais dans l’église st-Francois-Xavier où je suis sacristain. Je passais de la sacristie au local des sacristains dans mon bleu de travail que je porte quand je fais le ménage. Et là, j’ai vu quelqu’un de dos, qui se dirigeait vers une des sorties de l’église, à côté de la chapelle de la sainte Vierge où il y a le saint sacrement, et peut-être qu’il sortait de là après avoir prié d’ailleurs… Le monsieur en manteau « Tancrède » en poils de chameau longeait la chapelle vers la sortie et je l’ai reconnu… C’était un chauve. Des chauves que je confonds, il y a en toujours deux : Matzneff et Gibault. Mais il était petit…  Je me suis avancé et j’ai reconnu François Gibault ! Dans mon église ! Je lui ai alors dit :
— Excusez-moi, vous êtes avocat ?
— Oui…
— Vous êtes monsieur Gibault ?
     Il hésite à chaque fois deux secondes. Je ne l’avais jamais vu en vrai, après tout… J’ai enchainé directement sur Lucette en disant que j’avais appris qu’elle était morte la semaine dernière. Et il m’a dit :
— J’en viens.
— C’était où ?
— À Meudon.
     Il m’a rapidement posé la question pour savoir comment je le connaissais.
— Comment me connaissez-vous ?
— Je connais Marc-Édouard Nabe.
— Comment ?…
— Je connais Marc-Édouard Nabe.
     Il a tout de suite baissé la tête et regardé vers le sol, comme coupable. Il s’est tout de suite justifié que Nabe n’ait pas été invité à l’enterrement. Il ne me regardait plus dans les yeux. Il est parti dans une grande justification alors que je n’avais rien demandé !
— On ne l’a pas prévenu parce que Lucette ne le souhaitait pas.
     Je n’étais pas sûr du sens de sa phrase. J’avais l’impression que ça sous-entendait que c’était spécifiquement contre Nabe… Puis, il s’est rattrapé en disant :
— Elle voulait ça plutôt en…
— En intimité ?
— On était juste une dizaine de personnes. Il y avait un prêtre…
     Il me disait tout ça alors que je ne posais aucune question, comme s’il se confessait…
— Il y avait Antoine Gallimard…
     Ce sont les seules personnes qu’il a citées. Il a repris, comme gêné par son petit mensonge, en disant :
— On était une vingtaine.
     Pendant notre conversation, il s’était arrêté en face de moi, mais il a repris ses pas quand j’ai prononcé le nom de Nabe… Je le suivais jusque dans le hall où il s’est arrêté à nouveau pendant quelques secondes avant de repartir jusqu’à la grille, dehors. Il a continué sa marche sans vraiment dire au revoir. Moi, je me suis senti obligé de lui dire que j’étais le sacristain, mais il m’a à peine entendu. Il a quand même prononcé quelques derniers mots à la grille alors que je lui disais qu’on avait quasiment pas parlé de la mort de Lucette. Il m’a répondu :
— Si si, quand même ! Il y a eu une page entière dans Libération. Non, c’est au Figaro qu’il y a eu une page… Ils en ont beaucoup parlé… Il n’y avait pas de céliniens. On ne voulait pas à cause de Bagatelles pour un massacre.