samedi 11 septembre 2021
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Crime et Discernement
par Marc-Édouard Nabe

Je vois ça d’ici. On va encore dire que je vais essayer de défendre un assassin, qui plus est un Noir qui a tué une Juive… Sauf que je ne l’ai pas fait pour l’autre affaire Halimi, mais ça les non-lecteurs des Porcs 1 ne le savent pas. J’avais pourtant été clair en 2006 lorsque ce « cervelas » de Youssouf Fofana avait rapté puis tué lâchement le pauvre Ilan, vendeur de téléphones. C’est l’exploitation confuse de ce fait divers, antisémite on est d’accord, que j’avais analysée, en mettant à mal l’ignorance de tous les commentateurs, y compris ceux du « camp » de la victime et des soutiens de la victime, la plupart juifs bien sûr, et de leurs acolytes, les goys moralisateurs de l’obsession propre à la France, à la fois antisémite et juive, et je dirais même judéo-antisémitique !
     Ne revenons pas sur l’affaire du « gang des barbares », mon ancien adversaire d’Apostrophes 85, Morgan Sportès, aidé par la buse Richard Berry, et la presque maîtresse de Patrick Besson Émilie Frèche, et d’autres imbéciles, se sont chargés de foirer, par films, par livres, par documentaires, tout ce qu’il y avait à en dire vraiment.
     Sur l’affaire Sarah Halimi, il reste un peu de pain sur la planche, même si la planche est totalement pourrie et le pain rassis jusqu’à l’os. Il y a d’abord un problème de nom tout à fait intéressant à signaler qui sert de pont entre les deux faits divers français. Le frère de l’assassinée Sarah Halimi (65 ans), William Attal, est certainement, malgré son implication familiale et émotionnelle, celui qui a fouillé le plus dans l’événement et dans sa symbolique. Par exemple, il a dit cette phrase magique : « ce sont deux Fofanas qui ont tué deux Halimis ». Pourquoi ? Parce que sa sœur s’étant mariée avec un Halimi s’appelait donc comme Ilan qui n’avait rien à voir avec elle, et Traoré, son assassin, qui l’a massacrée à coups de poings et de téléphone dans le visage (« C’était plus une femme qui criait mais un bébé, puis un animal qui gémissait… » dixit Will), avant de la défenestrer en légère chemise de nuit, à 4 heures du matin, du haut du 3ème étage de son immeuble dans le 11ème rue Vaucouleurs (tout un programme, et pas « tout un pogrom », cher vieux Lacan !) avait ouvert un compte Facebook sous le doux nom de… Fofana ! Dommage, le tragique William (comme Shakespeare bien sûr) n’a pas souligné une autre homonomie, celle de Traoré : en effet, le Noir meurtrier de sa sœur s’appelait comme la célèbre victime liquidée en 2016 par les flics qui le nient encore aujourd’hui, Adama, et dont on a fait, sa sœur aux gros nichons en première ligne, une icône militante de façon tout à fait honteuse.
     Ça n’a l’air de rien, mais ça dit beaucoup sur les Noirs bien sûr et sur leur vision du Juif satanique, même si celle du premier Fofana, Youssouf, était tout aussi fausse mais plus pragmatique, fondée sur le fantasme que ces martyrs de la Bible, qui se sont trop pris pour des prophètes, devaient être obligatoirement en possession de fric… Pour Kobili Traoré, c’était déjà plus mystique, la preuve en est sa fixation sur la Juive « sheitan du quartier » dont des voix, comme celles à Jeanne d’Arc, lui auraient dicté de débarrasser le 11ème arrondissement. C’est entendu : Traoré était un abruti par le shit, un pied dans la schizophrénie, l’autre dans la mosquée Omar dont certains trouvent qu’on n’a pas assez parlé et d’autres trop. Ce sont surtout ses démons qui le persécutaient, qui lui jetaient des sorts comme pouvaient s’en plaindre un Strindberg ou un Artaud des leurs, et qui ont fait de Traoré ce soir-là, veille de Pessah, un assassin brutal, tel qu’on en trouve dans Les Chants de Maldoror écrit par un certain comte de Lautréamont, né un certain 4 avril, jour du crime ! On peut aussi rapprocher l’acte de Kobili du sacrifice d’une « chienne » du genre de celui qu’on voit effectué par un « maître-fou » dans le film de Jean Rouch. Traoré aurait mangé Sarah Halimi, ce n’aurait pas été moins étonnant. N’oublions pas que la veille, il avait déjà injurié une infirmière haïtienne (pas juive du tout) et l’avait accusée de lui lancer des sorts vaudous…
     La France de 2017, préoccupée par l’élection imminente d’Emmanuel Macron, a préféré ne pas insister sur l’antisémitisme, craignant toujours la même stigmatisation du musulman, de surcroît noir, pouvant être rallié à la longue liste des salafistes antiséms possiblement terroristes sur son sol. C’est plus tard que l’affaire a pris du relief. Quand il s’est agi d’insister sur l’aspect psychiatrique du Malien, pour ne pas dire du Malin, car Traoré a toujours dit que c’est quand il a vu le diabolique chandelier à 7 branches dans l’appart’ de sa voisine qu’il a été pris d’une « bouffée délirante » et l’a tuée… Trop simple, et je suis encore d’accord avec William, même si lui pousse un peu trop mémé juive dans les orties jusqu’à imaginer un repérage par Traoré la veille afin de s’assurer que la porte-fenêtre de sa sœur Sarah était bien ouverte la nuit pour que le lendemain il puisse s’infiltrer chez elle, la démolir et la jarter par-dessus la jambe et le balcon. Car Monsieur se serait senti investi d’une mission, anti-judaïque d’ailleurs plus qu’antisémite, celle de détruire une satane bien mémère chez qui il allait prendre une sorte de thé de temps en temps quand il habitait le même immeuble (leurs boîtes à lettres étaient l’une à côté de l’autre) qu’elle. Mais Attal a raison de rappeler qu’aucune reconstitution n’a été faite ni aucun fouillage dans le téléphone de Kobili pour savoir si cette bouffée délirante aiguë était exceptionnelle et subite cette nuit-là ou bien si l’enfoiré en était coutumier.
     Les faits ! Ce soir-là, Traoré va dormir comme souvent chez son pote Kader dans l’immeuble collé à celui de Sarah. En pleine nuit, il monte d’un étage, et sonne chez des voisins qu’il connaissait, les Diarra, des Maliens qui portent le même nom que sa mère à lui (ça continue), en prétextant qu’il avait des problèmes, puis il déboule pieds nus et leur pique les clés sur leur porte. Affolés, les Diarra s’enferment dans leur chambre pendant que Kobili va faire ses ablutions dans la cuisine car il a apporté son tapis de prière. On est vers 3h du matin, Traoré enjambe alors le balcon des Diarra (qui l’ignorent puisqu’ils ne le voient pas) pour atteindre celui de la bâtisse mitoyenne de l’Halimi. Il entre chez elle et c’est ensuite qu’il commet son crime, en hurlant soi-disant « Salope ! Pute (Attal n’ose pas dire les mots en entier, il épelle les insultes à sa sœur « p.u.t.e. ;  s.a.l.o.p.e. »), Sheitan ! Allah Akbar !… », bref, toute la panoplie lexicale du terroriste, car là-aussi c’est une fausse piste que les médias esclaves de Twitter ont suivie bien sûr : c’est là où je m’insurge comme je m’étais insurgé pour l’autre affaire Halimi : il n’y a aucun terrorisme là-dedans ! Ce n’est pas par islamisme évidemment que Traoré a dessoudé sa voisine. Les Diarra ont appelé la police quand ils ont vu que Kobili n’était plus dans leur appart’, et c’est chez eux logiquement que les flics sont arrivés et n’ont pas pu ouvrir la porte, puisque l’autre avait subtilisé les clés, mais l’ont défoncée. Perte de temps avant de comprendre que Kobili était dans l’immeuble d’où tout le monde entendait les cris de Sarah qui hurlait sous les coups de Traoré jusqu’à ce qu’il la balance par la fenêtre, et pas comme un ange qu’il savait très bien incapable de voler par ses propres ailes jusqu’au Paradis qui pour lui était un Enfer. D’après William, à cheval sur des précisions que parfois il invente, Kobili a défenestré Sarah parce que les voisins d’en face le regardaient faire et qu’il voulait qu’ils le voient en train d’expulser une Juive de la Terre !
     Tout ça c’est bien joli (si on veut), mais l’affaire a pris un tour encore plus hystérique que pour celle d’Ilan Halimi en 2006, car ce n’est pas à la découverte du corps de Sarah écrabouillée au pied de son HLM que le pays a eu un haut-le-cœur, mais c’est au « jugement » de 2021 de son assassin que le scandale s’est déclaré. Le type a été en quelque sorte acquitté. En tout cas au bout de trois ans, il a été définitivement jugé, et jusqu’en cassation, comme irresponsable de son acte ! Tollé général ! Mort à la Justice ! Pour une fois, les mêmes qui trouvent ça très juste d’habitude, la Justice, se sont déchaînés contre l’institution judiciaire qui a osé considérer au final Kobili Traoré comme un fou dont l’assassinat, non causé mais accompagné par sa consommation de cannabis, ne faisait pas de lui autre chose qu’un schizo, certes antisémite, mais qui, à l’instant même de son entrée dans l’appartement de la diablesse a été pris, donc, de cette fameuse bouffée délirante.
     Les mots continuent à communiquer : c’est à une véritable bouffée délirante de vengeance contre la bouffée délirante aiguë du mec qu’on a assisté dans la société française au moment de la décision finale qui a été prise pour une absolution par ces soi-disant non antisémites de Français ! Toute la question était de savoir si le discernement au moment des faits de Traoré avait été altéré par la drogue ou aboli carrément par sa bouffée délirante. Des manifs ont été organisée, au Trocadéro entre autres, avec tout le kébab suintant de graisse people des Boujenah, Arthur, Gad Elmaleh, Enrico Macias, Patrick Bruel, Alexandre Arcady, réclamant que soit réparée cette « erreur judiciaire » à la Dreyfus mais à l’envers : il ne s’est pas agi pour de méchants juges de faire d’un innocent un coupable mais de faire passer un coupable pour un innocent !
     Bien sûr Traoré était antisémite, mais il était fou également. C’est l’avis du psychiatre Paul Bensussan chargé d’établir le dossier médical et qui en a pris plein la gueule. Sacrilège de lèse-majesté juive ! Ça l’a choqué le Bensussan, pourtant très clinicien et juridique, d’être brutalement traité par d’autres Juifs comme un traitre à la « Cause », comme si toute l’affaire n’impliquait que la Cause, au détriment de la folie propre à l’époque, car il ne s’agit que de ça. Le psy fin a eu beau expliquer que ce gros con salaud malien de Traoré a soudain été « submergé » par une efflorescence de démence, ce qui ne l’exonère pas d’une détestation vague, globale et ignorante des Juifs, Bensussan s’est retrouvé victime d’une sorte d’antisémitisme, « en tout cas de discrimination » a-t-il dit, de la part de toute la smala des Pieds-noirs en rage qui lui ont reproché de ne pas avoir apporté son avis favorable à ce qu’un procès « normal » se déroule pour punir l’assassin tout à fait sensé puisqu’antisémite de Sarah Halimi, et qui ont estimé, en bouffant tous leur kippa, qu’en tant que juif, c’est ce que Bensussan (quel nom, là aussi !) aurait dû faire.
     Mais bande de bigleux bibliques, c’est Bensussan qui a raison ! Que penser d’autre lorsque cette vieille crapule de Francis Szpiner, avocat des parties civiles, l’a traité de « Diafoirus de la médecine », lui, cet Arnolphe du Barreau ! Il a jugé Bensussan pas assez juif pour avoir évité à Traoré 35 ans de taule en tant qu’assassin islamiste purement antisémite ! Ils oublient tous que le Malien va quand même se taper au moins 20 ans d’hôpital psychiatrique qui ne seront pas vraiment des vacances non plus.
     Le fantasme le dispute à l’ignorance. Pour les détracteurs de Bensussan et les critiqueurs de la Justice, l’antisémitisme est rationnel, donc si le mec est antisémite, il ne peut pas être fou. Il fallait considérer uniquement Traoré comme antisémite et même pas comme un drogué irresponsable qui aurait pris du cannabis juste avant son crime comme ce qu’on raconte aussi connement au sujet des combattants de Daech qui se bourraient soi-disant de Captagon avant d’aller commettre leurs attentats. C’est toujours ça : directement concernés ou pas, les commentateurs de l’affaire Halimi sont victimes de tous les courants fantasmatiques qui circulent en ce moment. Ils en sont irradiés et ils dégorgent cette lumière destructrice par tous les pores de leur vilaine peau sans se rendre compte que Traoré, c’est eux, bien sûr, mais pas eux devenus fous, ni antisémites, ni schizophrènes, mais eux en négatif, en noir, en visible…. Kobili a été, exactement comme Patrick Bruel ou BHL, imbibé des questions mal posées de notre époque mais en tant que fragile il a fait exploser tout ça dans un acte assassin et suicidaire qui ne pouvait, par une sorte de logique que Léon Bloy avec moi aurait tout à fait comprise, que se cristalliser sur la dernière personne apparemment à laquelle on aurait pu penser pour pouvoir incarner la judéité satanique dans l’esprit commun : la pauvre petite vieillotte Sarah Halimi !
     Même les Israéliens se sont cassé le nez sur le sens de l’affaire. Ils ont proposé, sur l’influence de la créature franco-frankensteinienne de Netanyahou Meyer Habib (soutenu par le zozoteur poivre et sel de la Mer Morte Gilles-William Goldnadel), rien moins que de kidnapper Traoré de son asile comme Eichmann l’avait été d’Argentine en 1960 pour l’amener de force et être jugé à Jérusalem !… Fantasme encore ! Pour eux tous, la Justice a fait un déni par peur de l’islamisme. N’importe quoi ! Je résume, en suivant Bensussan : la vérité psychiatrique, c’est que Traoré, ce Noir psychotique, était fou et antisémite. C’est un fou qui par ailleurs commet un crime antisémite, point. L’antisémitisme est une circonstance aggravante, pas le mobile du crime. Ça, « les belles âmes » ne l’acceptent pas. Pourquoi ? Si Traoré avait tué n’importe qui dans la rue de pas juif, dans une même bouffée délirante, est-ce qu’on aurait trouvé injuste qu’il soit enfermé à vie dans un asile plutôt que dans une prison ? Là aussi un autre fantasme joue, celui de la prison, comme si elle réparait tous les deuils en souffrance. Ceux qui accusent la Justice d’avoir fait un déni d’antisémitisme (ou d’islamisme, pour eux c’est pareil), moi je les accuse de faire un déni de délire. Car c’est ce délire même qui n’a pas été assez étudié, même par Bensussan qui a quand même soulevé que Kobili n’a pas pu créer son délire avec le shit, car le shit ne fait pas délirer, il ne peut que provoquer une « ivresse cannabique » passagère mais pas de délire. Un mec a beau s’enfumer la tronche à coups de pets, il ne tuera pas pour autant, et encore moins par antisémitisme ! Mais c’est reparti… Haro sur le bedo ! Traoré ne s’est pas construit un alibi en fumant, voyons ! La beuh comme alibi ? L’alibeuh ? Beuh…
     Non, son délire vaudou de Vaucouleurs vient de plus loin, de plus bas, il est issu d’un faisceau intime de plusieurs forces en lui, et pas forcément contraires, qui se sont emmêlées dans la nature sans intérêt de ce pauvre type ignoble. Toute la journée, Traoré entend les mots « Juifs », « antisémitisme », « islamistes », « attentats », « Satan », « Noirs », « racisme », « femmes », « violence », « mort »… Il y a de quoi devenir fou et tout mixer, broyer dans sa caboche. Un Yann Moix n’est pas moins confus quand il revomit en vrac tous les thèmes de ce début de millénaire, et Yvan Rioufol non plus, qui croit que les « Arabes » envahissent sa France et confond Irakiens, Kurdes et Afghans… Les truistes n’arrêtent pas de dire que chaque époque a les artistes, philosophes, journalistes qu’elle mérite ; alors pourquoi pas les assassins ? Eux aussi sont à l’image exacte de leur temps.
     Une autre question : et si l’antisémitisme pouvait être aussi « jugé » comme une bouffée délirante ? C’est ça qu’on n’a pas osé dire et qui est sous-jacent à ce manque d’accusation véritable. Finalement, les intellos juifs qui se sont mêlés de l’affaire, les Finkielkraut, les Weitzmann, les Levy et Cie, ça leur brûle les lèvres (ce qui les rend tordants… de douleur !) qu’on ait pu détacher l’antisémitisme de la folie, car eux savent bien que détester les Juifs ne relève pas forcément d’une rationalité convaincante. L’antisémitisme d’Hitler n’est-il pas lui aussi une bouffée délirante prolongée et incurable ? Et même celui de Céline, allons-y ! Ils crèvent d’envie de poser la question, et c’est à moi encore, le grand révélateur de l’âme noire du juif qui me déteste, de le dire !
     Je remercie Bensussan, encore lui, d’avoir avec l’affaire Traoré-Halimi ouvert une nouvelle perspective : oui, il se trouve qu’un antisémite peut avoir des bouffées délirantes qui font qu’il commette un crime antisémite, mais il n’empêche que c’est quand même une bouffée délirante, ce qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme, et ça ne se juge donc pas comme les autres crimes, puisque celui-là est sans discernement. C’est là où comme un seul homme tous les sous-hommes de Saint-Germain se lèvent de leurs banquettes en skaï rouge en hurlant : « Si ! il y avait discernement et même préméditation ! On ne peut pas être fou et antisémite, il faut choisir ! »
     Pourtant, c’est l’évidence : il y a eu abolition du discernement… Mais par quoi ? Je pose la question : est-ce le cannabis ou l’antisémitisme qui a aboli Kobili ? Ou les deux ? Une bouffée délirante jamais n’abolira le discernement ! Un bout de shit jamais n’altèrera l’antisémitisme !… Ils veulent une cohérence alors qu’on est en plein délire. Il y a un déni, mais plus que ça : un refus qui dit beaucoup de la folie de ces anti-antisémites professionnels qui n’ont pas réussi à récupérer cette nouvelle affaire Halimi. Un refus de considérer l’antisémitisme comme une maladie mentale : ou on est antisem’ (rationnel et conscient) ou on est fou, et là on ne peut pas être antisémite. En refusant que Traoré soit considéré comme fou, et en voulant qu’il ne soit qu’antisémite, ils avouent que pour eux l’antisémitisme n’est pas une folie alors que si, et elle peut prendre bien des formes, différentes selon la folie de l’époque qui influence cette vieille passion éternelle ! La preuve, les antisémites ne se ressemblent pas : quel rapport entre Eichmann, Merah et Traoré ? Vous voyez bien que c’est réducteur de ne faire de Traoré qu’un « antisémite »…
     Mais foin de ces nuances nabiennes ! Pour les Juifs, l’antisémitisme est le crime suprême, supérieur aux autres, d’autant plus qu’il est toujours rationnellement idéologisé et donc négativement par eux. Pour le sanhédrin vengeur (pléonasme), la faute expugnable de saint Paul Bensussan, c’est de l’avoir associé à un autre crime qui ne ressort que d’un trouble mental tout à fait commun. Il fallait évidemment creuser la voie d’une explication de l’antisémitisme comme corollaire presque toujours d’une folie, en effet, et pas forcément négative si elle entourbillonne de grands esprits dans son maelström céleste. Réfléchissez… L’antisémitisme, c’est toujours de la folie et c’est le minable noir Traoré qui en a incarné la double spécificité. Tous fous, et alors ? ai-je envie de dire comme Bernard Dimey se proclamait « ivrogne et pourquoi pas ? » Même chez les esprits supérieurs, l’antisémitisme est de l’ordre de cette folie qu’avec une grande charité, ils absorbent dans leurs propres vies et corps et qu’ils recrachent en langage répulsif. Folie qui ne les empêche pas d’être fins et lucides (voir Luther, Pound, Rebatet, Genet, Céline…).
     Tenez, Céline ! Il a été démontré jadis qu’un génie ne pouvait pas être un salaud. Grâce à l’affaire Sarah Halimi, une aporie voisine se profile : un antisémite ne peut pas être fou. C’est ce qu’assènent les enragés communautaires que le diagnostic de la folie ayant pu faire couper Kobili Traoré à un procès ulcère. Par exemple, on a vu BHL sur France Inter s’égosiller, derrière son masque trop épais qui le faisait parler comme un mongolien incompréhensible (ce qui finalement ne changeait rien aux autres fois), et que Lea Salamé lui a demandé de remplacer, à répéter que Traoré n’était pas fou mais antisémite, puis c’est vite devenu puisqu’antisémite. Ça eut l’air incompatible pour le philosophe peu logicien. Mais, une demi-minute après, BHL a la révélation suivante : « Est-ce qu’un antisémite ce n’est pas toujours quelqu’un dont le discernement a été aboli ? ». L’assassin de Sarah est bien un fou puisque tout antisémite selon Lévy désormais est un fou ! À ce moment-là, il n’est donc pas possible de le juger, non ? Et Lévy se niqua lui-même… Il en est arrivé contreproductivement à laisser entendre que tout antisémite étant fou ne doit pas être jugé responsable ! « L’antisémitisme, c’est une bouffée délirante » conclut justement BHL, oui mais lui, il le dit seulement dans le but de pouvoir condamner le fou-antisémite, de s’en débarrasser, et ainsi ne pas avoir à creuser cette question fondamentale.
     Bien sûr, Traoré est responsable et coupable, mais la société qui l’a fabriqué aussi, et pas parce qu’elle en a fait un misérable immigré défoncé et paumé qui a choisi d’immoler africainement sa voisine en holocauste, mais parce que la société est toujours responsable et coupable, ne serait-ce que de faire perpétrer ses crimes les plus horribles par des fous, antisémites ou pas.

Marc-Édouard Nabe