vendredi 29 janvier 2021
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Lettre ouverte à une tête de con

Alors, Sam, t’es content ? T’es une star de la Liberté d’Expression désormais ! C’est ce que tu voulais, non ? T’as l’air malin maintenant sans ton corps… Sur le bitume, ta tête est posée là, comme un ballon de rugby, maculée de ketchup antiraciste, à moins que ça ne soit de la confiture « bien-pensance-islamophobie », parfait mélange sorti tout droit du vieux pot de Charlie Hebdo… Il est bien temps de crier « Bonne maman ! » D’ailleurs, tu en es resté bouche bée, on voit que ça t’a coupé le sifflet. Ah, il t’a pas loupé, le Tchétchène ! Figure-toi — et ça va te faire rire — qu’il y a des fantasmeurs qui ont dit partout qu’Anzorov t’avait directement coupé la tête en pleine rue, comme le daechiste Jihadi John celle de James Foley en 2014… Il aurait fallu pour cela que tu restes bien tranquille à genoux… Quel manque de réalisme ! Bien sûr, Abdoullakh (18 ans) t’a sauté dessus par surprise, il ne t’a même pas laissé ôter ton masque… On aperçoit encore les élastiques derrière tes oreilles… Bien observant de la loi, dis-donc ! Tu voulais pas te prendre une amende à 135 euros pour non port de masque, pas vrai ?… Tu n’auras donc jamais eu le coronavirus, la chance !
     C’est donc après t’avoir tué d’un coup de couteau qu’Anzorov a scié soigneusement ta tête avant de la déposer sur le trottoir pour qu’elle fasse sa pute sur les milliers de comptes twitter qui ont relayé la photo qu’il en avait prise avant de la poster… Et chapeautée d’un commentaire adressé à Macron (avec coquille à la clé) : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De Abdullah, le Serviteur d’Allah, À marcon, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad ﷺ, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment… » Sur cette photo interdite — puisqu’on est passible, si on la regarde, de 35 ans de prison ferme et 650 000 euros d’amende — je remarque aussi que tu as les yeux ouverts ! Pour une fois que tu les ouvres sur le monde. Ça aurait été mieux que ta gueule… Trop tard !
     Parce que c’est quand même ça le fond du problème occulté par tous : ta jactance obstinée de prof laïcard sûr de ses petites idées de merde, propagandiste désinformé bourrant le crâne de gosses de 13 ans jusqu’à les exaspérer eux et leurs parents. Qu’est-ce qui t’a pris de vouloir faire un cours sur les caricatures au moment même où le procès inique des attentats de janvier 2015 provoqués par ces mêmes caricatures se tenait à Paris ? Faut avoir rien dans la caboche !
     Tu te croyais investi d’une « mission » pour éduquer les enfants sur la Censure, c’est ça ? Un sujet que tu ne maîtrises pas, pas plus que celui de la caricature, ni celui de l’islam ! Un peu d’humilité, Sam ! À l’évidence, tu ne connaissais rien au Proche-Orient, pas plus à al-Qaïda qu’à Daech, ni aux Arabes en général qui se font massacrer ou humilier et voler chez eux depuis si longtemps. Tu as remarqué que personne ne fait jamais le lien entre ces exactions colonialistes et les réactions épouvantées, et donc épouvantables, des « terroristes » qui en viennent à frapper, par pure vengeance, les Blancs oppresseurs  sur les terres mêmes de ces derniers… En voilà, une révélation éducative que tu aurais pu inscrire à ton programme : « quelles sont les raisons qui poussent les terroristes à perpétrer des attentats » plutôt que « pourquoi les vilains islamistes fous en veulent à notre noble civilisation ».
     Je vais te les refaire, moi, tes cours, ballot ! Oui, tu aurais mieux fait d’éclairer les petits ignorants sur les saloperies de la colonisation en Algérie pendant 130 ans ! En classe d’Histoire on ne leur apprend jamais ça, aux élèves, et exprès, de peur qu’ils comprennent pourquoi les descendants des martyrisés, exploités, spoliés de là-bas ont encore la rage, ici, deux cents ans après… L’Éducation Nationale préfère formater les futurs beaufs de droite aux « bienfaits de la colonisation », au refus de la « repentance », aux « torts partagés », et autres fariboles propagandiques…
     Autre sujet à bucher : qu’est-ce qu’une caricature ? Tu croyais sincèrement que les crobards débiles de Luz, Coco, Riss, Charb, Jul et les autres toquards étaient des caricatures ? Mais non, ce sont des caricatures de caricatures, banane ! Puisque tu étais prof d’Histoire, pourquoi n’as-tu pas montré aux élèves de vraies caricatures, celles de Daumier, Forain, Ferdillo, Gill, et fait aussi la distinction avec les dessins d’humour de Jossot, Chaval, Bosc, Siné, puis avec les bandes politiques (encore autre chose) de Reiser, Fournier, Gébé etc… Tes idoles du Charlie années 90-2010 sont des nuls notoires, voyons, des caricatures d’humoristes, je te dis, des caricatures d’êtres humains ! Sans aucun talent graphique, ils ne sont habités par aucun sens de l’humour véritable, que par la bêtise et la méchanceté, aux premiers degrés. Et c’est leurs déjections que tu exhibes à des mioches ? Mauvais goût criminel !
     On ne sait jamais ce que les gens disent. C’est comme les insultes d’Alexia Fouillot à son mari pédé qui a fini par l’étrangler pour qu’elle ferme sa gueule. Eh bien, avec toi c’est pareil, on aimerait bien savoir ce que tu leur as dit aux écoliers, sur Charlie, sur les frères Kouachi, sur la presse et la religion pour en arriver à leur projeter en grand dans ta classe deux très mauvais dessins… Les versions des vrais et faux témoins divergent et toi, il faut te croire sur parole : « Dans ce cours, vingt mi­nutes sont consacrées à une situa­tion de dilemme autour de la question des caricatures de Maho­met : faut-­il ne pas publier ces cari­catures pour éviter la violence ou faut-­il publier ces caricatures pour faire vivre la liberté ? » De quel dilemme tu parles ? De quelle « liberté » ? Et quelle question con !… Tout est à revoir dans ton éducation à toi ! Tout ça c’est dans ta tête, quelles confusions ! Ah, Anzorov n’a pas choisi de te couper le pied, ou les couilles… Tu connais le proverbe chinois ? « Le poisson pourrit par la tête »…Tu as dit aussi : « Un travail sur les arguments est ensuite mené où je déconstruis les arguments isla­mistes. Par exemple, il n’y a pas de blasphème car la République est laïque. » Rien que ça ! Monsieur le déconstructeur d’islamisme, où tu as vu qu’il n’y avait pas de blasphème en République ? Il n’y a même que ça, seulement les sujets changent selon les époques…
     Par exemple, aujourd’hui, ce serait un blasphème de porter atteinte à ta figure saintement laïque. Les faux-culs exigent qu’on blasphème les figures saintes des religions mais pas celles de leur religion à eux, la République sacrée… Chacun mes tabous ! Exprimer sa liberté d’expression en montrant ta tête coupée équivaut à faire l’apologie du terrorisme, tu te rends compte ! Ceux qui interdisent qu’on retweete la photo postée par ton assassin sont les mêmes qui s’offusquent que les musulmans interdisent les caricatures de Mahomet. D’ailleurs, les libertaristes d’expression professionnels n’ont pas voulu non plus refaire circuler ces caricatures, mais pas pour préserver les musulmans, pour se préserver eux, et toi ! Finalement il y a deux images qu’il est interdit de montrer : ta tête coupée et Mahomet vu par Charlie ! C’est un jeu de voilements successifs de la réalité. On est en pleine contre-apocalypse iconoclaste ! C’est quoi toutes ces apories byzantines ? Le dessin est caché d’abord parce qu’il ne pourrait que nuire à ton image de saint Paty en dévoilant que tu étais un sacré enculé d’avoir imposé ça aux gosses, mais aussi parce qu’il ne pourrait qu’attirer les foudres des Arabes en l’exhibant une fois encore ! Comme ça, les médias ne risquent rien, comme d’habitude. Résultat : deux images, pourtant indispensables pour comprendre toute l’affaire, sont censurées au nom de la liberté d’expression. Apologie du terrorisme ou apologie de la caricature : on n’a pas d’autre choix en France en 2020…
     Les journalistes et les politiques commentateurs se sont bien gardés de spécifier quelles étaient exactement les caricatures du Prophète que tu as foutues sous le nez des marmots… Pourquoi ? Parce que tous ont honte pour toi et ils font passer ça pour une consternation devant la réaction des islamistes à de « simples dessins  ». Simples dessins ? Il y en avait un de Luz le connard, mais surtout un autre de Coco (je les avais déjà décrits dans mon Patience 2, publié en 2015 – 30 euros à commander avant que cette parenthèse ne se referme sur marcedouardnabe.com)… Au moins, quand Michel-Ange peignait le cul de Dieu (sic) au plafond de la Chapelle Sixtine, c’était beau et pas rabaissant, au contraire, montrer Dieu de dos courant en plein ciel, c’était puissant  : voilà pourquoi aucun Vatican ne s’en est choqué !… Tandis que les cacaricatures anti-islamo-pornos du tandem Luz-Coco sont parmi les pires issues du beaufisme raciste de base c/o la lutte contre l’islamisme politique… Il est très probable que les Kouachi ne les aient jamais vues, celles-là, d’ailleurs. Saïd n’avait identifié que Cabu en le voyant apparaître dans un reportage sur Dorothée à la télé… Pour liquider la rédac’ de Charlie, les deux frères justiciers n’ont pas eu besoin de les connaître toutes. Toi-même as qualifié celle de Coco de « trash »…
     T’as joué au con, Sam. Et tu le sais ! Tu aurais pu dire: « Je vous les montre mais je vous avertis, elles sont dégueulasses et stupides », mais non ! Tu les trouvais super ! Tu les as justifiées au contraire, ainsi que la republication des gribouillis danois de 2006 à la une du Charlie 2020 ! Republier ces merdes pour ouvrir leur procès, c’était déjà un crime irresponsable. On le sait que les musulmans ne supportent pas la caricaturisation de leur prophète, c’est comme ça, quel intérêt de le faire quand même ? Pour se sentir libre, alors que sur tout le reste — société, mœurs, arts, morale, argent, sexe… — , toi et tes collègues en laïcité, vous êtes des prisonniers, et volontaires en plus ? Où est l’enjeu ? Par principe ? Rien de plus con qu’un principe. Où est la provocation quand elle n’a pas de sens ? Cet entêtement cache quelque chose. Publier des caricatures anti-islam à répétition est pour les bien-pensants le critère de la « liberté d’expression » comme nier les chambres à gaz est celui de la « subversion » pour les révisionnistes.
     Sam, tu le sentais que tu cherchais la merde. Voilà pourquoi au premier cours du lundi, tu as proposé aux élèves arabes de ta première 4e (la 5) de sortir de ta classe. Pas par égard pour eux, mais par un vilain mélange en toi de trouille et de mauvaise conscience nappé de jus d’arrogance, occidentale bien sûr… D’ailleurs, tu t’es bien gardé de recommencer à les « inviter » à quitter ton cours la seconde fois. Parce qu’il y a eu une seconde fois, le lendemain, aux élèves de ta seconde 4e (la 4) cette fois, tu as remis ça ! On l’a oublié un peu vite… Ce ne serait pas parce qu’il n’y avait pas l’AESH (pas Daesh !) dans ton cours, ce jour-là ? C’est sans doute sa présence la veille qui t’avait fait pousser des ailes de grand délicat… Le mardi, comme il n’y avait que des gosses devant toi, leur suggérer de fermer les yeux comme des poupées qu’on penche suffisait au confort de ton intégrité morale !
     C’était pas très malin non plus de la part de la principale de virer pour « absences répétées » la petite Zaïna, une élève de ta 4e4 qui a cafté aussitôt ce que tu avais montré dans ton cours. Que de gaffes ! C’est mal connaître, pas les musulmans, mais les enfants qui sont d’une perversité et d’une aptitude au mensonge (c’est pas pour rien qu’on répète à satiété l’antiphrase « la vérité sort de la bouche des enfants ») notoires. Il était évident que Zaïna chercherait à se venger de son éviction en te foutant sur le dos la bonne vieille étoile jaune, ou plutôt l’écrouelle rouge, comme je viens d’en avoir l’image, puisque c’est dans le dos, de la discrimination ! En plus, comme vous l’accusiez tous d’absence, vous adultes infantiles, elle allait à coup sûr vous renvoyer dans la tronche sa présence, puisque vous la vouliez tant ! Sauf que c’est au cours du lundi qu’elle a prétendu être, alors que c’est à celui du mardi qu’elle aurait dû affirmer avoir assiter. Élémentaire, mon cher Lacan… Elle est plus psychologue que vous, la gamine… C’est vous, les cancres, les « absents ». Au radiateur, vite !
     Autre gaffe de la marmaille adulte de l’Éducation nationale : quand la principale convoque la petite virée au collège pour une explication, elle voit arriver Zaïna Chnina avec sa sœur jumelle ! Et cette imbécile de principale ne pose à cette dernière aucune question, pas même la principale (c’est le cas de le dire) : « Est-ce que toi, par hasard, contrairement à ta sœur, tu étais présente au cours de monsieur Paty ? » Non, la connasse se contentera d’interroger, comme dans une garde à vue miniature, la seule Zaïna qui lui confirme son gros mensonge sur sa présence au cours de SuperPaty le lundi (dont elle a sans doute eu des infos sans doute par ses petites camarades de la 4e5) !
     Tu imagines — mais là, il faudrait que les musulmans ne soient pas musulmans et que les Blancs ne soient pas blancs, ou alors blanc-bleu — si la sœur jumelle avait avoué que c’était elle qui était présente à un de tes cours et qu’elles s’étaient en quelque sorte amalgamées pour que l’absence de l’une corresponde à la présence de l’autre (dont on ignore toujours le prénom au passage) ?… Sur le fond, ça n’aurait rien changé : une sœur peut en cacher une autre, surtout à l’âge de 13 ans. Là, ce n’est plus un truc d’enfant, c’est un truc de femme… Hélas, je suppute que ta connaissance en « jumelles » n’a pas dû aller plus loin que Les Demoiselles de Cherbourg ou Les Parapluies de Rochefort ! Tu comprends, Sam, si tu t’intéressais un peu plus à l’islam qu’à la laïcité, tu aurais deviné que c’est pour avoir l’air plus clean islamiquement que Zaïna est venue avec son bouclier de gémellité qui lui permettait de mentir à moitié grâce à la caution de son double qui elle avait assisté à ton cours du mardi puisque dans la même classe. C’est comme lorsque le père Brahim Chnina dit que sa fille avait bien assisté au cours : il ne précise pas laquelle, Zaïna ou sa jumelle ? Ainsi, il ne ment pas mais ne dit pas l’entière vérité non plus ! Tous ceux qui ont approché les musulmans savent que la plupart, pour ne pas se dédire, ne disent pas la vérité, mais une partie d’elle, ce qui leur permet d’être halal vis-à-vis d’Allah. Mais ça, comme tout le reste, ne pouvait qu’échapper à ta tête de linotte de petit prof né poussiéreux et mort en mordant la poussière !
     Et tu as menti toi aussi, Sam : « C’est vraiment affligeant, d’autant plus que cela provient d’une famille dont l’enfant n’a pas assisté à mon cours et que je ne connais pas… » Une chose est de dire que Zaïna n’était pas présente à ton cours du mardi, une autre est d’affirmer que tu ne la connais pas ! C’était quand même ton élève de 4e4 depuis la rentrée, la preuve, c’est que c’est toi qui l’as balancée à la direction pour qu’elle soit punie pour ses absences répétées. J’invente ou je rêve ? Réponds, tête de con !
     Quant au père, pas besoin de le charger comme une mule du Maroc croulant au soleil sous des jarres d’eau croupie ! Délinquant, trafiquant de stups, taulard, radicalisé : c’est jamais trop pour les dizaines de millions de petits Zemmours français prompts à baver à la télé ou sur les réseaux sur les méchants grands remplaceurs. Vous avez tous caricaturé Brahim Chnina ! Dès que tu as découvert la vidéo menaçante qu’a tournée Brahim devant le collège avec son pote imam Abdelhakim Sefrioui (from Cheik Yassine’s club), tout ce que tu as trouvé à faire, c’est de courir porter plainte au commissariat pour « diffamation ». T’as pas honte ? Tu avais la haine, hein, contre lui mais aussi contre tes collègues qui trouvaient tous que ça puait, ton cours ? Tu as même signifié que tu allais faire appel à un huissier pour saisir les courriels « à titre de preuves éventuelles ». Joli monsieur procédurier !
     Quand ton slip a senti vraiment le roussi, tu as fait ta mauvaise tête : « Cela devient une rumeur malfaisante… » Et tu as ironisé en plus : « Je travaillerai l’année prochaine sur la liberté de circulation ou, peut­-être, sur la censure d’Internet en Chine ! » Ça te fait rire ? Et en plus, tu as ratiociné par mails au dirlo lorsque tu as vu que la vidéo de Chnina était retweetée par une foule de commentateurs (dans laquelle était tapi le Tchétchène…) : « Si je comprends bien, un indi­vidu menace de faire venir des musulmans devant le collège pour que leurs enfants (qui sont eux aussi je suppose musulmans) soient obligés de regarder les caricatures du prophète (me dic­tant au passage ce que je dois dire ou ne pas dire, ce qui n’est franche­ment pas laïc et il menace d’alerter la presse de cette situa­tion !!!) L’absurdité de la situation touche comme bien souvent au comique !!! »  Ris-donc, Paillasse !
     Finalement, tu méritais les hommages dégoulineux, cette sorte de sanctification laïque dont la République antireligieuse t’a gratifié… Ce paradoxe d’ailleurs ne fait plus bondir personne depuis que le « déiste » fanatique Robespierre a imposé le culte de l’Être Suprême en 1794… Intéressant à creuser, ce virage en pleine Terreur où les révolutionnaires en plein ratage, et à force de détester autant le catholicisme que l’athéisme, en sont arrivés à célébrer un Être Suprême… Tu étais censé savoir ça par cœur, toi, prof d’Histoire, non ? Je suis pas sûr… Bref, ce 21 octobre 2020, c’était toi l’être suprême d’un soir (comme on le dit d’une reine), érigé en star de la sacro-sainte Laïcité, autant dire du Déisme Roi (Veau dormant mais toujours présent dans la constitution des Droits de l’Homme). On t’a vénéré le temps d’une cérémonie grotesque nocturne devant la Sorbonne mobilisée. Les statues de Hugo et de Pasteur tiraient la gueule.
     Arrivée de ton cercueil porté par des gardes républicains masqués sur ta musique préférée : One, de U2 : encore une preuve de ton mauvais goût (de Coco à Bono !). La daube soupe de châtrés miaulant qui jouent comme les pieds qu’ils se prennent dans leurs cordes de guitares guimauves électriques au tempo binaire mou avec tambourin sur la charley : tout y était pour tirer les larmes des crocos de la Démocratie, de la démocracracrocodilerie !… Ils ont déposé ta boîte en bois agrémentée d’un joli coussin de velours rouge où était exposée ta médaille en caca-chocolat : ta Légion d’Honneur ! Ça te fait une belle jambe, sinon une belle tête qu’il est d’ailleurs évident qu’ils ont fourrée avec le reste de ton corps dans ton cercueil bien sûr ! Il n’y a que l’abruti phraseur Gilles-William Goldnadel pour avoir cru qu’on ait pu t’enterrer étêté… Mais non ! Elle était bien dedans, ta teuteute, nettoyée, à sa place… Qu’en aurait fait la famille sinon ? Un presse-papier ? Un bibelot, sur la cheminée ?… Ta photo en noir et blanc, en train d’« enseigner » devant un tableau noir (bientôt aussi célèbre que celle du Che) était tenue par un boy ému… Je te raconte, car de là où tu étais, tu pouvais pas tout voir, mon pauvre…
     On a eu droit à des interventions à vomir. Un pote prof à toi a cité du Jaurès, une petite conne a lu une lettre d’Albert Camus à son… instituteur !  Puis le président Marcon (comme disait Anzorov) s’est déplacé jusqu’à la tribune, masqué de noir, tel un sous-zorro zozottant, au garde à vous, et même à vues (combien sur le Net ?), la glotte nouée de fausse émotion, laïussant sur ta laïcité encore… « Un professeur est tombé parce qu’il avait fait le choix d’enseigner ». « Assassiné parce qu’il avait décidé d’apprendre à ses élèves à devenir citoyens », « à se forger une opinion par eux-mêmes. » Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! comme dit l’autre (moi)… Un quart d’heure de prêche sur le ton du curé qu’il est. Qui l’a écrit d’ailleurs, son discours ?  Philippe Besson ? Stéphane Bern ? Brigitte ? Yvan Rioufol ?… Victor et Louis sur leur piédestal sont restés sceptiques et circonspects… Stone face ! Macron est revenu sur Jaurès, autre assassiné pour avoir enseigné à être citoyens et le goût de la liberté… Péguy devait se retourner dans son arrière-boutique à côté. « Samuel Paty aimait passionnément enseigner », « faire des républicains, c’était la tâche de Samuel Paty », « Samuel Paty  aimait le savoir, les livres plus que tout »… Ah, elle devait être jolie, ta bibliothèque : La Vie de Mahomet par Charb, avec Zineb El Rhazoui (Les Échappés, 2013) ; Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes par Charb (Les Échappés, 2015) ; Éloge du blasphème par Caroline Fourest ( Le livre de poche, 2016) ; La Face crashée de Marine Le Pen par Riss, avec Richard Malka et Saïd Mahrane (Grasset, 2016) ; Une minute quarante-neuf secondes par Riss (Actes Sud, 2019) ; Le lambeau par Philippe Lançon (Gallimard, 2018) ; Le banquet : d’après l’œuvre de Platon par Coco et Raphaël Enthoven (Les Échappés, 2019) ; Éloge de l’irrévérence par Richard Malka avec Georges Kiejman (Éditions Grasset, 2019), et bien sûr, bien sous cloche, avec des cierges laïques brûlant devant en permanence : Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 2015) !
     Bref, à les entendre tous, tu étais donc plus qu’un prof, un « chercheur en pédagogie », un héros courageux, un martyr humble, un fils d’instits sacrificiel, et gorgé de toutes les qualités du monde… À quand le Panthéon ? À pleurer de rire quand on pense à tous les grands hommes français jamais honorés (et heureusement d’ailleurs) qui ont apporté quelque chose à la France, vraiment, je ne sais pas moi, en vrac et dans toutes les disciplines : Alfred Jarry, Roger de la Fresnaye, Christian Ferras, Raymond Duchamp-Villon, Jules Laforgue, François Rilhac, Jean-Jacques Pauvert, Pierre Repp, etc, etc… Quid d’eux, espèce de France pas reconnaissante ?
     Macron n’a pas oublié non plus de dire que tu avais « lu Le Coran ». Pas bien apparemment … « Nous ne renoncerons pas aux caricatures », « les islamistes veulent notre futur »… Gnagnagnaïe ! Résultat : à Toulouse, Montpellier, galvanisés par le va-t-en-croisade, les « autorités » ont pris l’iniative de projeter sur les façades de bâtiments des unes de Charlie Hebdo, ces nouveaux ex-votos de l’Êtrerie suprêmement con ! Tu m’étonnes que tout de suite après, le monde entier musulman ait brûlé rageusement des drapeaux de la France et que Macron, cramé, ait dû dare dare aller faire amende honorable sur al Jazeera !…
     Et, dans le mouvement, les sales lâches Blancs ont osé faire porter le chapeau de l’Intolérance au  Roi du Maroc et au Sultan Erdogan qui avaient eu le malheur de rouspéter, ce qui a fait monter le tollé ! Montrés du doigt bleu blanc rouge, les Turcs et les Arabes ! À entendre la Franfrance, tout le monde est responsable de l’escalade sauf Charlie ! Jamais les obscurantistes des Lumières ne mettent en cause Charlie, pas plus les caricatures que le procès. Pour ceux qui sont « entrés en guerre » contre l’islamisme (pouffements), les premiers coupables sont les laxistes islamogauchistes à la Plenel (bon boomerang, Edwy !), mais jamais, jamais Charlie ! Innocent Hebdo, ça devrait s’appeler ! Il y eu heureusement une parfaite définition du ministère marocain des Affaires étrangères : « La diffusion de caricatures sont une provocation offensant le caractère sacré de la religion musulmane ». Après, tu prends tes risques… Comme Abdoullakh qui a été abattu de neuf grosses bastos alors que lui les menaçait avec un pistolet à billes par les flics quelques instants après t’avoir supprimé… Lui aussi a donné sa vie pour une certaine idée de la liberté d’expression, non ?
     De toute façon, tu n’as pas fait l’unanimité, déjà au moment des événements. Personne au fond ne t’approuve, Paty… Évidemment, sur le coup, tout le monde t’a donné raison, mais depuis, ça se retourne et pas qu’un peu : beaucoup de profs mêmes pensent, et certains moins couards que les autres disent, que tu as eu tort de montrer ces dessins merdiques dans tes cours à la con. Sans parler des élèves qui en ont marre de subir des injonctions à rendre encore et encore « hommage à Samuel Paty »… Marcher au pas de l’oie de la Loi toute la journée devant ta mémoire, observer des minutes de silence longues comme des jours sans peine, faire des révérences de tout-va-très-mal-madame-la marquise à ton martyr, tout ça leur prend la tête. Sous prétexte d’enseigner la liberté de penser par eux-mêmes, on oblige les élèves à penser tous pareil ! « Le corps enseignant n’a pas fait bloc autour de Samuel Paty » reconnait-on trois mois après… Le corps en saignant ? « Non seulement notre collègue a desservi la cause de la liberté d’expression, il a donné des arguments à des islamistes et il a travaillé contre la laïcité en lui donnant l’aspect de l’intolérance, mais il a aussi commis un acte de discrimination : on ne met pas des élèves dehors, quelle que soit la manière, parce qu’ils pratiquent telle ou telle religion.»  Et l’Éducation nationale, elle, ne se remet pas en question pour autant ! Ah, c’est dur d’être éduqué par des cons !…
     Aujourd’hui, il suffit qu’un gosse de dix ans dise à l’école que si Paty n’avait pas montré ces caricatures, il n’aurait pas été assassiné, et il est immédiatement balancé par son propre prof au procureur de la République qui envoie une brigade chez l’enfant à 6 h du mat’ pour perquisitionner sa chambre devant ses parents, l’arrêter et le mettre en « retenue » avec une amende à la clé !… Quant au prof qui n’acceptera pas de montrer les caricatures, il sera pénalement poursuivable… Na!
     Sam Paty ! Décidément, tu n’étais qu’un petit Blanc sans envergure, un professaillon minable. Bien dans son rang comme laquais de « la Laïque »…  C’est par ce dernier mot, méprisant, que le premier critique (génialement « éducateur », lui) des tableaux de Van Gogh, le seul auteur de l’unique article du vivant du peintre, termine son éloge : « Vincent Van Gogh est, à la fois, trop simple et trop subtil pour l’esprit-bourgeois contemporain. Il ne sera jamais pleinement compris que de ses frères, les artistes très artistes… et des heureux du petit peuple, du tout petit peuple, qui auront, par hasard, échappé aux bienfaisants enseignements de la Laïque !… » (Gabriel-Albert Aurier, « Les Isolés, Vincent van Gogh », Mercure de France, t. I, n° 1, janvier 1890).
     Tout y est, même la pique aux « bienfaisants enseignements » de ta Laïque. Et Aurier savait de quoi il parlait : il sortait presque de l’école, il avait à peine 25 ans quand il a écrit ça… Prends-en de la graine, Sam ! Les ennemis de la Laïque ne sont pas tous des musulmans barbares arriérés mais ils peuvent être aussi des Blancs super raffinés connaisseurs de l’Art réel et moderne, conscients plus que personne que cette Dictature de la Médiocrité, pour laquelle tu travaillais, persécute, depuis toujours, et en toute conscience également, les plus grands artistes de tous les temps. Salut !

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