vendredi 18 décembre 2020
Anciens numéros
Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Recensions par Docteur Marty et Youssef de Meknès

Maître Zannini, avocat de Marc-Édouard Nabe

Par Docteur Marty

On n’y croyait plus et pourtant, l’audience en appel du fameux « procès du tableau brûlé » s’est bien tenue le 16 septembre dernier ! Pour rappel, après quatre ans et demi de procédure, la justice a condamné Salim Laïbi en mars 2018 pour avoir détruit en juillet 2013 un tableau représentant Charles Mingus offert à lui par Nabe en avril 2005. Pour ce geste filmé et diffusé par « Le Libre Penseur », Laïbi a dû payer 1 500 euros de dommages et intérêts et 3 000 euros de frais de justice, montant trop faible quand on le compare au catalogue de Nabe, où un portrait du même Mingus format raisin (50×65 cm) peut s’acheter 3 500 euros. C’est donc Nabe lui-même qui a interjeté appel pour obtenir une aggravation méritée de la peine de Salim. Fait rare dans les archives de la justice, car le « vainqueur » d’un procès n’ose rarement contester un jugement rendu en sa faveur…
     Le procès en appel était donc fixé le mercredi 16 septembre à 9h, une audience à ne pas manquer pour les nabiens ! Deux annonces avaient été lancées sur Twitter, qui ont entraîné une réponse menaçante de Lotfi Hadjiat, dont l’éditeur n’est autre que Salim Laïbi qui se sert de Lotfi comme un porte-flingue sur les réseaux sociaux…
     Le jour du procès, j’arrive avec Marc-Édouard en taxi devant le désormais « ancien » Palais de Justice, sur l’île de la Cité. Masque sur le nez, nous entrons dans la file d’attente où nous rejoignent rapidement « Visio Nostra » (qui m’a immédiatement reparlé d’une vieille altercation sur Twitter en juillet 2019), Frédéric Capron, David Vesper, Anthoine Carton et Paco Balabanov (Bastien Montès arrivera plus tard). À 9h, nous sommes encore à l’extérieur de l’enceinte du palais alors que le procès doit s’ouvrir. Heureusement, Aziz l’Arabe, arrivé en avance, fait patienter les juges. Par téléphone, il nous signale que l’avocate de Salim était déjà présente… Et l’avocat de Nabe ?
     Dehors, nous nous impatientons. À cause du Covid, il n’y a qu’une seule entrée pour filtrer les nombreux convoqués et leur public. Nous sommes là depuis 8h30 et ça n’avance quasiment pas… Quel bordel ! Quand Nabe dénonce la désorganisation française auprès du flic chargé de gérer la file, un quadragénaire se retourne soudainement pour le sermonner et l’enjoignant d’aller à Dublin… Tout de suite le réflexe cocardier, touche pas à ma France !… Sait-il seulement que l’organisation des files d’attente est bien meilleure à Londres, à Édimbourg ou à Dublin qu’à Paris ? Que les Anglo-saxons ne se massent pas comme des cons pour entrer dans un bus et que les seuls qui grugent les files autodisciplinées sont ceux qui parlent français ? Ah, non, il ne le sait pas ! L’échange ne dura pas longtemps, ce pauvre type considérant que son amour de la France valait tous les arguments…
     Nous avançons lentement, passons les contrôles de sécurité et trouvons la salle d’audience après cinq minutes de jeu de piste dans un labyrinthe judiciaire… Ouf ! Il est 9h15 et nous pénétrons la salle 1-D-20 dans un double soulagement : les juges sont en effet là et celle qu’Aziz avait pris pour Haoulia n’était que l’avocate d’une autre affaire jugée dans la même salle… Naïma n’est pas donc montée pour défendre son grand ami Laïbi ? Pourquoi ? Tout ce beau monde est rigoureusement surveillé par 6 flics bordant le public de part et d’autre des bancs. Aucune trace du prévenu Laïbi, mais il fallait s’y attendre : la veille, il faisait encore à Marseille un live sur le Coronavirus devant ses 110 000 abonnés YouTube (il en a depuis gagné 12 000…) depuis son « bureau d’éditeur » qui doit certainement jouxter son cabinet dentaire. Monsieur le procédurier qui veut envoyer tout le monde aux Assises n’a pas dit un mot à son public de cette affaire honteuse pour lui : un appel qui relance l’affaire du tableau brûlé qu’il a toujours occultée en faisant croire que c’était lui le plaignant !
     Si Salim a fait le choix de mépriser l’institution judiciaire en restant au chaud à Marseille, au milieu des covidés enfiévrés qui se multiplient tout autour de lui, sa présence doit malgré tout être assurée par un avocat. Surprise ! Nabe apprend par la bouche de la greffière, Lisa Dubois, que l’avocat de Laïbi, cette fois maître Aristote Toussaint, et pas maître Naïma Haoulia, a transmis aux juges la veille au soir une télécopie pour signaler son absence. Motif ? Un de ses proches a contracté le Covid-19 et lui-même pourrait être cas contact ! Direct à l’isolement ! L’avocat de celui qui nie l’existence du Coronavirus utilise le virus pour ne pas se présenter devant la justice. C’est comme si Faurisson conseillait à son avocat de prétexter une visite des chambres à gaz d’Auschwitz pour sécher le tribunal… Stupeur dans la salle d’audience ! Marc-Édouard fulmine, lui qui est venu spécialement de Lausanne pour assurer seul sa défense ! En l’absence du prévenu et de son conseil, l’audience pourrait être tout simplement ajournée…
     Nabe s’avance vers les 3 juges sous l’œil méfiant des 6 flics surveillant la salle (nous sommes moins nombreux que la douzaine de fonctionnaires réunis ce matin). Il explique s’être déplacé de Suisse et que ni lui ni eux n’ont à se plier aux exigences du « Laïbi-Toussaint » ! Les juges demandent l’avis de l’avocat général, Yves Micolet, qui étonnamment se range du côté de Nabe, en déroulant avec calme un raisonnement logique : maître Toussaint transmet par télécopie (un fax… en 2020 !) une lettre sans valeur, et avec une raison invérifiable, quelques heures avant l’ouverture des débats. Finalement, la cour se retire à 9h25 pour délibérer sur un éventuel report de l’audience. Après cinq minutes, les juges reviennent pour rendre leur décision. « Quand ils ont décidé de couper la tête de Ranucci, ce n’était pas plus court ! », nous lance Nabe. La juge Florence Perret annonce que l’affaire est prise, le procès va donc avoir lieu ! Soulagement sur les bancs. Dans ta gueule, Salim ! Lui qui vante dans ses vidéos d’avoir une solide connaissance de la justice aurait dû savoir qu’elle est imprévisible et que les juges détestent les coups en douce. Laïbi, aussi piètre juriste que toubib, lanceur d’alerte, éditeur, conférencier, etc.
     Avant de s’attaquer à l’appel du tableau brûlé, la juge passe à une seconde affaire à laquelle personne ne comprend rien… Les fenêtres sont ouvertes, les voitures et les travaux écrasent les voix de tout le monde. Depuis les bancs, il faut tendre l’oreille pour choper trois mots dans le désordre. Heureusement, ça ne dure que cinq minutes… La justice va vite, l’affaire est déjà renvoyée ! Le juge Pascal Cladière peut prendre la parole pour procéder à la vérification de l’identité du plaignant « Nabé » et rappeler toute l’affaire du tableau brûlé, de sa destruction en 2013 à la condamnation de Laïbi en 2018. Assis à la gauche de la juge Perret, Cladière est détendu et bienveillant à l’égard de Nabe, lui souriant même plusieurs fois. Sa collègue affiche plutôt une « poker face » que je trouve hostile, mais ce n’est pas l’avis des amis venus soutenir Nabe qui la trouvent plutôt attentive et intéressée par la question. Il y a une troisième juge, Valérie Morlet, qui gardera le silence pendant toute l’audience… Cladière rappelle que Laïbi a été webmaster de Nabe et que le tableau de Mingus était un cadeau, « ce qui veut dire qu’ils s’entendaient bien », en conclura-t-il avec ironie. Monsieur le juge, tout est honnêtement raconté dans le premier tome des Porcs, hélas définitivement épuisé… Tout sympa qu’il soit, on comprend vite que Cladière a construit sa présentation des faits en piochant dans les conclusions remises par l’avocate de Salim lors du procès en première instance. Comment la justice peut-être être « impartiale » si ses propres mots sont déjà ceux d’une des deux parties ? Ça pourrait mal commencer, mais ne tombons pas dans le procès d’intention…
     Le moment est venu de la plaidoirie de l’avocat de Nabe… qui n’est autre que lui-même ! Il se lève et d’emblée, utilise le micro à sa disposition. Enfin, nous allons entendre correctement dans cette salle ! Aziz, seul sur les bancs d’en face, trouvera Nabe très pro dans sa façon d’utiliser son micro. Après tout, il les utilise depuis qu’il est enfant… Nabe explique qu’il assure sa propre défense, car Emmanuel Pierrat, son avocat en première instance, est trop cher (« Vous connaissez les avocats… » lancera-t-il, complice, à des juges impassibles) et ne l’aurait certainement pas mieux défendu en appel. Nabe se lance alors dans une longue plaidoirie travaillée, reprenant les termes précis (atteinte au patrimonial et au moral, ). C’est un véritable travail d’avocat qu’a réalisé Nabe, pas un monologue lyrique, improvisant sur la trame de notes qu’il avait rapportée et qu’il étale devant lui sur le pupitre. Maître Zannini, défenseur du plaignant Nabe, rappelle les arguments de Laïbi/Haoulia dans leurs conclusions de défense : la destruction du tableau n’était pas délictueuse, mais une œuvre d’art contemporain, Transcendres, destinée à être déclinée sous plusieurs formats… Salim Laïbi, dentiste, éditeur, lanceur d’alertes et maintenant artiste ! Haoulia expliquait même en 2018 que Salim composait des chansons et des contes… Ridicule !
     Après ce rappel, Nabe résume ce que Salim Laïbi lui a fait ses dernières années pour expliquer aux juges les raisons de cet appel. D’abord les vidéos réalisées par Salim contre lui depuis 2010, en particulier celle de 2013 du tableau brûlé. La vidéo était prête sur mon iPad, mais les juges ont décliné la proposition de visionnage faite par Nabe… Puis, entre septembre et novembre 2013, Laïbi a écrit une série de 10 vidéos intitulée Naboscopie (dont le texte a été « édité » par Salim en novembre 2015, juste après sa mise en examen). Après la publication du premier tome des Porcs, Laïbi, aidé d’autres « porcs », a passé son été 2017 à alimenter des dizaines d’articles de blog orduriers et diffamatoires où l’on voyait ce qu’un cerveau malade (un vrai) était de capable de faire par colère ou dépit… Salim Laïbi diffusait des photos volées, s’en prenait à la famille de Nabe, menaçait son entourage, le tout dans une vulgarité inouïe. L’ire de Laïbi ne s’est pas arrêtée là : entre octobre 2017 et juin 2018, le « lanceur d’alerte » a fait convoquer Nabe trois fois à la Brigade de répression de la délinquance sur personnes de Paris pour des motifs aussi variés que « diffamations et injures raciales », « apologie du terrorisme », « menaces de mort » et « apologie de crimes contre l’humanité »… Ecce Laïbi !
     La plaidoirie était préparée en vue d’une confrontation que Laïbi voulait éviter à tout prix ! Nabe prévient donc les juges de ce que Salim aurait pu dire pour sa défense : Laïbi aurait agité les numéros de Patience pour prouver que Nabe est un apologiste du terrorisme ; il serait passé pour le persécuté et il aurait même contesté le lien entre son geste destructeur et les autodafés nazis, sous prétexte qu’il est lui-même Kabyle (et un Kabyle ne peut pas être nazi ?)… Vous voyez le niveau ! Pendant la plaidoirie, la juge Perret interrompt Nabe pour lui demander, au sujet de Laïbi : « Il a une activité professionnelle ? ». « Il est dentiste », lui dit Nabe, dont la réponse laisse la juge perplexe et renfrognée, si peu commode à écouter Nabe… Nous aussi, on se demande comment Salim Laïbi fait pour être à la fois hyperactif sur YouTube, Twitter et Facebook, tout en poursuivant son activité de dentiste… Pour dépasser son propre cas, Nabe avait aussi quelques exemples de l’activité de « lanceur d’alerte » que Laïbi prétend exercer. Par exemple, le Médiator de Servier contre lequel Laïbi prétendait lutter depuis longtemps, alors qu’il ne faisait que reprendre les articles de la revue Prescrire… et qu’il trouvait pertinent de souligner qu’il y a deux pyramides, sous-entendus franc-maçonnes, dans le logo !
     Hélas, le rythme de la plaidoirie et l’attention des juges sont cassés au bout de 25 minutes par l’entrée peu discrète d’une avocate venue s’adresser à la greffière avant de repartir aussi sec ! La juge Perret en profite alors pour demander à Nabe, sèchement, mais sans méchanceté, de s’en tenir à ce que Laïbi lui a fait. Son collègue Cladière la soutient : « on juge des faits, on ne juge pas un homme ». Nabe s’en défend : il faut connaître l’homme pour comprendre l’acte. Il sabre dans sa plaidoirie pour en arriver à sa demande : son tableau pouvant être vendu 3 500 euros sur son catalogue, il en réclame 7 000, plus 3 000 euros de frais de procédure et 4 000 euros de dommages et intérêt. Avec un total de 14 000 euros, on est loin, très loin même, des 110 000 euros réclamés en 2018 par Emmanuel Pierrat (enfin, par son cabinet, Monsieur ayant délégué Anne-Charlotte Plèche pour assurer la défense) !… L’avocat-général Micolet, qui avait déjà soutenu Nabe dans sa demande de maintien du procès, défend également les demandes financières de Nabe, trouvant anormal qu’en première instance, seule la moitié du prix du tableau lui ait été consentie ! Cladière, affiché comme le président de séance, et Micolet aux côtés de Nabe, ça laisse présager un résultat plus favorable…
     Nabe a essayé d’éclairer les trois juges sur le complotisme de Laïbi, mais aucun ne semblait conscient du sujet… Une lubie d’écrivain, se sont-ils certainement dit. C’était à se demander s’ils avaient seulement vu la vidéo de Laïbi détruisant le Mingus en multipliant les allusions aux attentats du 11-Septembre… Même les propos de Laïbi sur la justice « franc-maçonne » ne les intéressaient pas plus que ça. Pour conclure sa plaidoirie, Nabe a rappelé, et insisté, que l’article 27 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse sanctionne la diffusion de fausses nouvelles… Un délit de fake news avant l’heure. Une loi qui correspond exactement à l’activité complotiste de Salim Laïbi depuis 2006 !
     Avant de se retirer pour délibérer, la juge Perret remarque que dans le dossier de défense de Laïbi, son geste de 2013 est comparé à une autre destruction par le feu, commise cette fois-ci par Nabe lui-même. Elle demande des explications. Nabe répond que le dossier fait allusion à la couverture du numéro d’avril 2010 de Chronic’Art où on le voit tenir un livre édité par Gallimard en plein feu, dans le contexte du lancement de son anti-édition. Il précise que le livre en question est signé Philippe Sollers, « un vieil ami de 83 ans », ajoute-t-il… Il aurait fallu que Nabe brûle le manuscrit original de Sollers (pour faire TransSollers ?) pour que son geste ait un quelconque rapport avec celui dégueulasse de Laïbi et surtout, le geste de Nabe avait du sens : il détruisait symboliquement l’édition classique avec son anti-édition !
     À la fin de plaidoirie, Nabe remet aux juges ses documents judiciaires, les notes pour sa plaidoirie et un dossier de 200 pages de chronologie sur l’activisme complotiste de Laïbi de 2007 à 2020 que nous avons concocté ensemble, dont il a puisé certains arguments qui ont fait mouche ! Quatre semaines de travail à analyser des centaines d’heures et d’articles de Salim Laïbi entre 2007 et 2020. Les juges se retirent alors pour décider de la date du rendu de la décision, qui est finalement fixé au 7 octobre, 9h… Et c’est à 10h25 que nous sortons confiants de la salle d’audience pour débriefer ce procès qui s’est tenu quand même malgré la manœuvre laïbienne de désertion en vue d’une annulation jugée comme certaine… Mais comme la guerre de Troie, l’annulation n’a pas eu lieu !

« Docteur Marty »

Une journée Nabienne

Par Youssef de Meknès

Nous sommes Mercredi 16 septembre, il est 5h et pendant que “Paris s’éveille…”
     Aubervilliers ( cette ville que feu l’ancien maire Jack Ralite définissait comme “Dure et tendre à la fois “, oui..il ne s’est pas foulé ) ne s’endort toujours pas, il y a ici une densité de population telle qu’il y a toujours des gens dehors, les uns partent au boulot quand ils en ont un, certains comme les vendeurs de cigarettes du bled y sont déjà, et les autres en reviennent, et entre les deux il y a les errants, toxicos, clochards, alcoolos et autres fous (pour certains tout à la fois), toute cette cour des miracles déambule du matin au soir et du soir au matin entre la mairie d’Aubervilliers et la si bien nommée station de métro des quatre chemins ( qui soit dit en passant mènent tous les quatre à des culs de sac) .
     C’est dans ce joyeux bordel et le cri des mouettes (oui il y a aussi des mouettes à Aubervilliers) que je me réveille, aujourd’hui au programme c’est tribunal, et pour une fois ça n’est pas moi qui serai sur la sellette.
     C’est Marc-Edouard Nabe qui est non pas l’accusé mais le plaignant de ce procès en appel contre l’infâme et dégoulinant Salim Laibi.
     Il y a une forme de panache à faire appel d’une décision jugée favorable, mais jugée favorable par qui ?
     Certainement pas par Nabe qui juge à juste titre qu’il n’a pas eu “réparation” ni gain de cause à la hauteur du préjudice subi, et je soupçonne que plus encore que la “réparation” c’est la PUNITION de ce porc complotiste de Salim Laïbi qui lui importe.
     J’avais déjà tenté par le passé de me rendre à l’un des procès de Nabe ( D’un procès l’autre comme écrivait L’AUTRE…) qui se déroulait d’ailleurs dans l’horrible nouveau tribunal de Paris situé à la porte de Clichy, trois parallélépipèdes énormes posés les uns sur les autres et qui confère à cette horreur une forme de botte comme pour rappeler sa fonction première de botter le cul de qui ne se soumet pas, et dont les architectes mériteraient dans un monde parfait le peloton d’exécution pour avoir commis pareil crime esthétique .
     Malheureusement le port du bracelet électronique m’en empêcha, malgré une lettre à la juge lui expliquant l’intérêt historique d’y être pour mon ” travail “; que nenni, elle ne prit même pas la peine de me répondre; éternelle suffisance de cette caste qu’est la magistrature.
     Sur la route je passe chercher Fred C, un Nabien-Bloyen ( et non des moindres) qui habite, ô merveilleuse coïncidence qui n’en n’est pas, à deux cents mètres de chez moi, dans un bâtiment à l’architecture stalinienne et aux allures de château fort et qui en ferait chier plus d’un dans son froc tellement c’est le Ghetto; des Noirs, des Arabes, et un Blanc…lui.
     Frédéric est ( tout comme l’ornithorynque ), une bizarrerie de la nature; un paradoxe vivant, ils est en effet composé (si j’ose dire) d’éléments apparement aussi inconciliables qu’antinomiques mais qui ont tous trouvé refuge dans la caboche de ce monsieur qui ne ressemble à aucun autre.
Fredenstein !
     Imaginez un Visage de Viking ( il est Normand ) ,avec une crinière blanche ( je suis jaloux de ses cheveux ), barbu, l’oreille percée d’un anneau en or, tout cela posé sur une grosse carcasse robuste et massive mais emballé dans une chemise zébré pourpre… avec une voix de stentor (le mot est faible) …mais une démarche chaloupé de pédé qui roule du cul.
     Le tout déambulant à Aubervilliers en pompes rouges.
     C’est aussi ça Frédéric, il fait autant pédé qu’il ne l’est pas .
     Il m’ouvre la porte frais et guilleret, portant une de ses chemises aux couleurs improbables dont il a le secret et qu’il fait faire sur mesure par des tailleurs africains.
     Après un café nous nous engouffrons dans le métro direction la station “Cité” sur la ligne 4, me voilà retrouvant mon ancien quartier, à l’époque où j’étais riche.
     Mon dieu que j’aime Paris, et ses îles, j’aime revenir en “pèlerinage” voir mon quartier de l’ile Saint-Louis où j’avais l’habitude de croiser le nullissime Jamel Debbouze qui me démontra un jour en voulant faire le malin sur le sujet qu’est ” l’enfant roi”; qu’il ne connaissait rien à Françoise Dolto (que je déteste) .
     On se balade dans le quartier en fumant une de ces cigarettes exotiques qui font rire et qui détendent, ( et qui ont aussi le mérite de soutenir l’économie marocaine ) cigarettes à l’allure si innocentes et dont Fred a le secret, elles sont comme lui…personne en les voyant ne soupçonnerait ce qu’il y a l’intérieur.
     Nous guettons la présence baveuse du gros Laïbi et de son avocate. tout en nous dirigeant vers l’entrée, quand Paco Balabanov ( l’acteur qui joua et jouera encore “Aux Rats des pâquerettes”) arrive masqué ( comme tout le monde ! ) en lançant arrivé à notre niveau: ” Tiens donc !”
     Après quelques salutations, nous arrivons dans la file où Nabe (que je n’ai pas vu) se trouve déja, masque sur la bouche et porte document rouge à la main, accompagné de David Vesper, chic et au visage impassible avec ou sans masque, ainsi que d’un grand rouquin dont Fred le premier reconnaît la nuque, puisque c’est la seule chose que nous ayons vu du fameux Dr Marty dans Nabe News, fidèle à comme je l’imaginait mais en plus cool.
     Il a fait un travail admirable en créant WikiNabia.
     C’est la deuxième fois dans ma vie que je rencontre Marc-Edouard Nabe et comme pour la première fois face au “Petit Journal”, il apparaît par surprise, toujours au moment où je me retourne et relâche mon attention, toujours au moment où j’ai la garde baissé; ” Ah voilà Frederic ! ” lance t’il, puis il se tourne vers moi en souriant: “Oui j’me souviens, merci d’être venu”, je ne trouve rien d’autre à répondre que: “quelle mémoire ! ” tout en le soupçonnant de bluffer et de ne pas se souvenir, mais je suis démenti quelques instants plus tard lorsqu’il me dit en référence à mes déboires judiciaire “oui toi tu sais de quoi je parle, tu l’as vécu “.
     Il se souvient bien.
     L’attente se fait longue, Nabe trépigne d’impatience et le fait savoir aux flics à l’entrée, j’aime ça.
     Nous finissons par entrer dans ce lieu chargé d’HISTOIRE et d’histoires, on est aux antipodes de la serre aseptisée de la porte de Clichy.
     Il y a d’autres Nabiens qui arrivent, je reconnais Aziz (vu dans les éclats) que je croise pour la première fois, il s’assoit à l’écart,il y a aussi Antoine,un type qui semble habité par je ne sais quoi et au visage serein et souriant même lorsqu’il ne sourit pas, (il sourit donc tout le temps ? Mais à qui ?) et que j’avais déja croisé lors d’une représentation d'”Aux Rats des paquerettes”, Bastien Montès arrive lui aussi, cool et sympa, c’est un acteur qui a réalisé un travail sonore admirable avec “K-O et autres contes” , ça rappelle france-culture et aussi l’Agence Des Voyages Sonores de feu “Philippe Krootchey” sur Radio Nova), et puis il y a ceux que je n’ai jamais vu, on doit être un dizaine.
     C’est triste, me dis-je, que seule une dizaine de personnes viennent soutenir cet écrivain ( et quel Écrivain ! ), triste de passer à côté de l’Histoire, et puis je me console en me disant que finalement ça doit être comme ça et qu’au moins j’y suis.
     On entre dans cette salle dite de la chambre 14, pôle 5, porte 1D-20, des flics antipathiques ( un pléonasme) nous y ” accueillent “.
     A gauche au fond de la salle, la greffière, hautaine, la morgue incarnée, elle aussi antipathique, annonce à Nabe d’entrée de jeu que le gros pyromane et sa clarinettiste d’avocate ne seront pas présent et que l’on se dirige probablement vers un report du procès. La veille, cette Sydney Bechet du barreau qui s’ignore s’est en effet faite portée pâle (n’y voyez aucune référence au blanchiment d’anus qui lui fut proposée dans cette délicieuse liste publié dans Nabe News lui suggérant des idées pour dépenser son argent si mal acquit).
     Nabe s’insurge, un flic bodybuildé qui me rappelle les 2Be3, s’empresse de l’éloigner de la greffière en “l’invitant” à rester derrière la barre, puis, nous trouvant trop dissipé, vient nous faire le même numéro avec un “merci messieurs” trés sec à la fin, histoire de nous montrer qu’il n’en fait pas trop…en en faisant trop .
     La présidente, suivie par le reste de la cour arrive (je n’ai jamais compris la surreprésentation féminine dans la magistrature, tomber sur un juge homme est devenu une rareté et un luxe) .
     La juge prend acte de l’absence des ” Thénardiers ” et semble s’agacer de n’avoir été prévenue que la veille par une lettre sans aucun certificat médical, Nabe rebondit dessus pour dire à quel point c’est inacceptable pour lui qui vient de Suisse à ses propres frais, que c’est un manque de respect pour la cour et le procureur (chose rare à cette étape) lui fait écho en acquiesçant .
     L’assesseur ( que Fredecric C prend pour une femme à cause de sa voix) aux côtés de la juge commence un récapitulatif des faits, il prononce Nabé… il ne le connait donc pas.
     Il y aurait tout un chapitre à écrire sur ce fameux NABÉ, sur cet accent qui change tout, entendu tant de fois et rarement en d’amicales circonstances, et sur ce que ça dit de celui qui le prononce.
     Je passe sur tout ce qui fut dit lors de ce procès puisque tout sera certainement décrit de façon plus précise dans Nabe News; mais j’ai particulièrement aimé regarder les visages de la cour, leurs yeux et leurs regards complices échangés au gré de la plaidoirie de Nabe, car oui, il est venu sans avocat pour le défendre, et quel meilleur avocat que lui même…
     J’ai aimé voir plus qu’ une lueur d’intérêt s’allumer dans leurs yeux à l’écoute de l’évocation par Nabe de Wolinski, de Sollers, de ses début à Hara-Kiri, j’aime l’idée qu’a ce moment ils et elles aient pensé :” Bon apparemment il semblerait que nous ne jugeons pas n’importe qui”. Qui sait ?
     J’ai ri aussi à certaines des interventions de Nabe, mais contrairement aux magistrats présents, sans me retenir.
     Le final; avec un procureur que j’aurais aimé avoir dans de telles dispositions à mon procès, presque un avocat tellement il a souscrit à ce que disait Nabe.
     Verdict le 12 Octobre si mes souvenirs sont bons.
     Puis nous sortons tous, l’ambiance est à la satisfaction, d’abord d’avoir évité un énième report, puis de la façon dont Nabe à plaidé .
     Toute cette bande que nous formons décide d’aller boire un verre au café “Le Départ” pour un petit débriefing.
     Je regarde tout ce pti monde autour de Nabe et j’ai l’agréable surprise de n’y voir aucun phénomène de cour, pas de lécheurs de bottes ni de flagornerie, pas d’idolâtrie, juste de l’admiration souvent et du respect sûrement .
     Pareil, le soir lorsque nous nous revoyons vers 21H à montparnasse après des indications et un parcours aussi changeant que celui pour se rendre à une rave party clandestine.
     On finit par se poser dans une brasserie, je commande un rhum, oui je sais, je suis musulman, je prie, je vais à la mosquée et je ne devrais pas, je sais que je déconne mais je travaille sur moi, et le premier qui tenterait avec ses gros sabots manichéen de me dire que tout cela manque de cohérence, que c’est hypocrite, aura la réponse sans nuance qui sied à merveille au bourrin capable de se poser pareille question.
     J’y rencontre Jean-Baptiste C, un Nabien-Bloyen, ( ça va souvent ensemble) de retour d’amérique du sud, pharmacien, cultivé, sympa, souriant et presque “précieux” ( fred C n’est pas d’accord avec moi pour le coté précieux), il me rappelle comme on remue un couteau dans une plaie ma phrase regrettable sur Raoult au tout début et posté sur facebook : “l’histoire lui donnera raison”, ok je me suis emballé par réflexe sans même le connaître et juste par posture …méa culpa.
     Petit moment drôle où je suis le seul à voir Jean-Baptiste C se prendre un vent mémorable, il se tourne vers Nabe pensant avoir son attention pour lui dire “En tout cas ça fait plaisir de vous voir “, Nabe, déjà prit par un autre interlocuteur n’entend rien, et bien évidemment je ne peux résister au plaisir de lui dire en riant à l’oreille que j’ai adoré cette scène à la fois touchante et drôle et dont je fus le seul spectateur.
     Autre belle rencontre avec Gregory B (qui forme avec Jean-Baptiste C et Frederic C ce triumvirat Normand ), un prof de math,vif, passionné et enthousiaste, un ” trés bon élément ” pour reprendre ce que disait Nabe de Catsap .
     Tout ce beau monde réuni autour d’une table par et pour Nabe, en verité pour la vérité, et sans tomber dans le pathos d’une “sous cène”.
     Bah croyez moi, c’était beau à voir pour qui a les yeux pour le voir.
     J’aime les gens qui ne font pas de manières.
     J’ai adoré cette journée .

Youssef de Meknès.
(Ouais j’me suis choisis un nom a particule, qu’est ce qu’il y a ?! )