dimanche 15 décembre 2019
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Affaire Moix : Le Roman d’un menteur (suite), par Dr Marty

On croyait l’« affaire Moix » éteinte depuis le retrait médiatique de Yann Moix (et son retrait tout court du prix Goncourt)… Mais on ne se débarrasse pas si facilement des personnages des Porcs ! Après Yann, c’est son frère Alexandre qui a récupéré la place de Moix. Maintenant, « Moix, c’est lui ! ». L’aîné est trop occupé à imaginer ses contre-attaques (et son journal intime, toujours chez Laffont en 2020 ?) et probablement un bouquin pour revenir sur toute l’affaire… Enfin, « revenir », il va certainement faire sa littérature habituelle : écrire mal ce qu’il n’a pas vécu !

Onfray is back !

     Dans la longue file en rang d’oignon de soutiens prêts à faire pleurer sur les malheurs romancés de Moix, on trouve Michel Onfray ! Lui qui avait déjà fait sa petite tribune de soutien fait maintenant sa petite vidéo de soutien ! Depuis 2016, Onfray fait son Soral et distribue sa bonne parole par vidéo payante ! C’est une mode chez les omniprésents des médias : monter leur structure payante pour gloser sans contradicteur, l’exact contraire de Nabe’s News qui est gratuit, que Nabe paye cher, mais qui est son seul lieu d’expression, qu’il ouvre à d’autres rédacteurs ! Bref, le 6 septembre, installé dans son fauteuil, devant sa bibliothèque, Onfray redéfend Moix, en prenant Orléans comme un témoignage (couvert par l’appellation « roman » pour se blinder juridiquement). Onfray est moins virulent que dans sa tribune (déjà analysée dans Le menteur d’Orléans), surtout quand il donne les raisons de son inimitié avec Emmanuel Pierrat, qui avait défendu avec succès un éditeur contre Onfray, mais répète que l’avocat a demandé à ce qu’on fouille les poubelles de la famille (exit donc les allusions à Pétain/de Gaulle…). Il s’élève contre la « meute », avant de préciser « la meute des réseaux sociaux », puisque la vraie meute médiatique a mordu tous ceux qui s’attaquaient à Moix, et non le contraire !
     Onfray raconte avoir reçu Orléans bien avant sa sortie et avoir conseillé Moix avant son passage chez Ruquier… Passage qu’il critique, en particulier les excuses envers Bernard-Henri Lévy, et dit qu’il aurait préféré une analyse des raisons de l’antisémitisme et du révisionnisme de Moix. Pour Onfray, Moix a été antisémite et révisionniste à cause de l’enfance racontée dans Orléans : « ce garçon a été un enfant frappé, un enfant maltraité, un enfant détesté par ses parents, surtout par sa mère ». L’antisémitisme comme traduction de l’enfance battue ? C’est intéressant de voir comment les deux publications se répondent à trente ans d’intervalle, puisque Orléans (aout 2019) justifie Ushoahia (1989-1990). C’est parce qu’il a raconté avoir été un enfant martyr qu’il a fait trois numéros d’une revue dégueulasse. Et si Ushoahia était sorti du temps de son livre sur Michael Jackson ou son doc sur Calais ? Il faut prendre Ushoahia comme l’expression d’un aspirant artiste qui veut percer par la provoc’, mais qui n’a pas le talent ni l’épaisseur pour le faire. Rien à voir donc avec la généalogie nietzschéenne…
     Comme si ça ne suffisait pas, Onfray est revenu le 13 septembre sur l’affaire Moix dans une vidéo de 20 minutes ; hélas, elle n’est disponible que pour ses quelques abonnés… D’après un tweet, Onfray s’en est pris à Marc-Édouard Nabe, mais pas le courage de diffuser l’intégralité du propos.

Ruquier expédie le droit de réponse d’Alexandre

     Attendu pour le 7 septembre, le droit de réponse d’Alexandre Moix aux saloperies et insinuations de son frère s’est transformé en non-droit de réponse, mettant hors de lui l’avocat Pierrat, qui avait explosé sur Facebook ! Finalement, après des tractations avec la productrice Barma, c’est une version expurgée que Ruquier a accepté de lire « bien volontiers » une semaine plus tard… Lu après une heure quarante-cinq d’émission (soit vers une heure et demi du matin…), entre le sketch des « Décaféinés » et l’interview de Gaël Tchakaloff, voilà comment Ruquier a évacué le droit de réponse d’Alexandre Moix comme on se débarrasse d’une saloperie qui reste sur l’estomac. Après lecture, Ruquier a fait son petit commentaire : « on lui a accordé le droit de réponse qu’il souhaitait, qu’il méritait, puisque chacun a le droit de donner sa vérité ». Chacun ?
     Aucun journaliste, pas même Renaud Revel, Laurent Telo ou Jérôme Dupuis qui figurent parmi les bons, n’a publié après le droit de réponse d’Alexandre Moix pour informer le public qu’il en manquait un… Oui ! Marc-Édouard Nabe avait son propre droit de réponse, bien calibré pour les deux minutes, mais Ruquier n’a pas voulu lire ! C’est encore une fois les Suisses, le quotidien 24 Heures et le journaliste François Barras, qui l’ont mentionné dans leurs pages, et pas seulement sur Internet !

     Donc, quand on accuse Alexandre Moix d’être d’extrême-droite, il peut être défendu (même si Ruquier se moque de lui en évacuant le texte au milieu de l’émission, quand les téléspectateurs, déjà pas nombreux, se sont tous barrés après le « sketch » pas drôle), mais Nabe, non. Rappelons que l’auteur des Porcs (aujourd’hui épuisé) avait servi de bouc-émissaire dans Le Point, sous la plume pourrie de Saïd Marhane, qui laissait entendre que c’est Nabe qui balancé à Dupuis les dessins et textes débiles du « jeune » Yann. Il en manque toujours un, c’est Marc-Édouard Nabe. C’est presque son rôle attitré : celui de l’Absent. Celui qui est tellement là qu’on peut le négliger.

Moix sur BFMTV

     On pensait en rester là… Moix retiré des médias pour ruminer sa vengeance dans l’ombre… Le 16 septembre, c’est Alexandre Moix qui prend le relais médiatique et fait lui aussi sa petite interview intimiste à la Sept à Huit. C’est plutôt sept et huit puisqu’il fallait aller sur le canal 15 de la TNT pour le voir en exclusivité sur BFM TV, sous la supervision d’Emmanuel Pierrat. Toute sa ligne est démonter le récit de son frère en ramenant la réalité et en racontant que le bourreau était Yann, et lui la victime. Il rappelle qu’en 2006, dans Libération, son frère avait contesté l’appellation d’« enfant martyr ». C’est vrai : dans le portrait que lui consacre Luc le Vaillant dans l’édition du 2 août 2006, Yann dit : « Pas enfant martyr, pas frappé de façon systématique, pas mis au placard, mais frappé de façon disproportionnée par rapport à mes conneries ». On lit également, récoltée par Le Vaillant auprès d’une source inconnue, la même anecdote scato des sous-vêtements merdeux découverts par la maman et exposés aux parents de la petite amie. D’autant plus intéressante que la scène est intégrée en 2019 dans Orléans avec toujours les parents de la petite amie, mais cette fois, les slips merdeux sont servis sur assiette ! Et Moix raconte qu’il se faisait aussi barbouiller la gueule avec ! Preuve qu’Orléans est loin du témoignage absolument véridique comme le disait Yann Moix lui-même en août dernier…

     Sur BFM TV, Alexandre raconte l’anecdote de la baie vitrée, telle que décrite dans Orléans : le père jette Yann dans le verre, qui se brise, avant de le rouler dans les tessons. Julie Martin, la journaliste qui l’interroge, veut connaître la nature des punitions infligées par le père : « des claques, des coups de pied dans le derrière, des corrections très sévères », en réponse à la violence de Yann, pour la contenir. Et Alex raconte (encore une fois) l’anecdote des ongles perdus dans les persiennes. Petite musique de film d’horreur pour illustrer les images d’enfance de Yann et Alex… Il rappelle les pressions de Yann pour empêcher sa carrière. Sur Ushoahia, Alexandre balance que Yann écrivait sa revue chez ses parents, scandant son titre comme sa grande trouvaille. Et quand la journaliste l’interroge sur sa responsabilité dans les fuites, Alexandre dit qu’il n’en est absolument pas responsable, tout en affirmant qu’il aurait pu le faire « mille fois ». C’est qui alors ? Alexandre apporte de la nuance, et il est bien le seul à le faire. Répétons-le, sans nous lasser : Orléans est un roman, et surement pas le témoignage d’une victime, qui, rappelons-le, a déjà exploité son enfance dans ses livres, et qui le fait cette fois-ci à la façon torture porn. Si Yann Moix n’avait pas tout mélangé, la fiction et la réalité, le roman et le témoignage, bref, s’il était un vrai écrivain, il n’aurait pas provoqué toute cette affaire…

Le Quotidien d’Alexandre Moix

     Mais ces évidences énoncées n’empêchent pas des soutiens, des amis, des copains, de venir sauver Moix. De lui-même ? Sûrement pas ! Dès le lendemain de la diffusion par BFM TV de l’entretien de Moix, chez Hanouna, Benjamin Castaldi (qui s’y connait en déballage familial, lui qui a raconté en 2004 dans un livre que sa mère, Catherine Allégret, fille de Simone Signoret et adoptée par Yves Montand, aurait entretenu une relation amoureuse avec son père adoptif) cherche à mettre en doute la parole d’Alexandre en affirmant qu’il a été payé 5 000 euros pour faire son entretien avec Julie Martin. Le 19 septembre, avec son avocat sur le plateau de Quotidien, Moix conteste, et Pierrat parle de défraiement de l’équipe venue sur place. Pendant vingt minutes, Alexandre reprend l’essentiel de ses propos tenus trois jours plus tôt sur BFM… Yann Barthès intervient pour montrer le mot « roman » et l’assimiler à la fiction : sous-entendu, Yann Moix a tous les droits. Très justement, Alex précise que Yann fait une promo dans laquelle il dit que tout est vrai. C’est pourtant pas compliqué à comprendre… Pierrat intervient pour accuser Yann d’entretenir lui-même le flou entre roman et réalité pour obtenir le Goncourt, et réclamer un droit de réponse dans le livre.

     Quand Yann Barthès rappelle que Yann Moix a accusé son frère d’être à l’origine de la publication fin août dans L’Express de ses textes et dessins antisémites. Alex parle de « secret de polichinelle » et explique « tout Paris les a, ces journaux ». Ah bon ? Pourquoi depuis la révélation de leur existence par Nabe en 2017 dans Les Porcs (premier tome, et non Les Porcs 1 comme le disent les journalistes qui reprennent Wikipédia…), personne n’a osé les sortir ? Pierrat regrette que les parents Moix n’aient pas envoyé Yann Moix en psychiatrie, mais Alexandre avoue à demi-mot avoir eu recours à la thérapie…

C à BHL

     Le 19 septembre, c’est au tour de Bernard Henri-Lévy d’être interrogé sur Yann Moix dans C l’hebdo, animé par Ali Baddou. Jean-Michel Aphatie prépare son interview en demandant à monsieur Grasset la date de son « explication musclée » avec Moix, au sujet de ses écrits et dessins révisionnistes et antisémites. BHL reste volontairement flou en parlant d’« une quinzaine d’années », qu’Aphatie corrige en « au début des années 2000 », mais Lévy ne relève pas. L’éditorialiste évoque la préface de Blanrue de 2007, la pétition anti-Gayssot de 2010 et le documentaire sur Faurisson en 2013 (Aphatie reprend l’explication de Blanrue du titre, Un homme, trouvé par Moix), pour invalider le texte de Lévy du Point, publié dès le lendemain du passage de Moix chez Ruquier. Malin, Lévy esquive en attaquant la validité de la parole de Blanrue, pour enquiller immédiatement sur la vidéo de Dieudonné racontant son entretien avec Moix en 2010. Comment jeter le discrédit en nommant des « infréquentables »… Sur la pétition, Moix n’a pas signé, dit BHL, il a « dé-signé »… Trop fort ! BHL explique que Moix aurait signé une pétition contre la loi Gayssot, parce qu’on lui aurait promis la signature de Robert Badinter (c’était finalement un autre Robert…), ce qui veut dire que si Badinter est contre la criminalisation du révisionnisme, Moix est contre, mais sinon, il est pour… Le plus étonnant, c’est que ni BHL ni Aphatie ne disent qui est l’initiateur de la pétition signée, puis dé-signé, par Yann : c’est Paul-Éric Blanrue lui-même !

     Pour BHL, il y a des parcours qui sortent des individus de la damnation. C’est joli, mais quel rapport avec Moix ? BHL voit dans l’apprentissage de l’hébreu, la lecture du Talmud et l’étude du judaïsme (non, Baddou, il ne se convertit pas !) les preuves de la rédemption de Moix, mais oublie qu’il a été en même temps proche de types considérés comme antisémites. BHL défend l’attitude de Yann Moix, qui a consisté à n’avouer la faute qu’en privé, aux gens influents de son réseau, sans vouloir la rendre publique… Comment réduire tout le « parcours juif » de Moix à une stratégie pour plaire à ses éditeurs, Bernard-Henri Lévy et Jean-Paul Enthoven… BHL cite le nom de Blanrue, ça a dû lui faire drôlement plaisir d’entendre son nom articulé par Lévy, à l’ancien pote de Robert Faurisson et l’actuel de Salim Laïbi… Tout ça pour évoquer l’explication de Moix, « pathétique et vraie » : Moix était tenu par les couilles par Blanrue et, plus largement l’extrême-droite, qui savait arracher un selfie en menaçant de balancer d’Ushoahia. C’est débile ! En 2012, Soral avait parlé de manière évasive de textes révisionnistes produits à Sciences Po, mais n’était pas entré dans le détail, ni n’avait pu en dire davantage. En 2018, si Blanrue parle d’Ushoahia, c’est que Nabe l’a fait un an avant ! Personne n’avait les textes et les dessins et ce n’est qu’avec Jérôme Dupuis qu’on a pu lire leur contenu.

Éric Naulleau, le converti moixiste radicalisé

     Tout semblait se calmer… Et non ! Le 23 septembre, toujours dans Touche pas à mon poste, Cyril Hanouna tease son public en dévoilant un coin de scoop : l’interview de la grand-mère maternelle de Yann Moix ! Rebondissement ! Éric Naulleau a eu accès à la mamie par un intermédiaire mystérieux et a pu l’interroger face caméra pendant plus de 80 minutes. Le lendemain, le site de Paris-Match diffuse une retranscription partielle de l’entretien, avec un chapô qui coiffe l’article mais également la tête des parents Moix : « un nouveau témoignage recueilli par Eric Naulleau confirme la maltraitance »… D’accord, mais est-ce que ça confirme le récit d’Orléans ? Sur C8, Hanouna diffuse clip par clip des morceaux choisis de la mamie de 92 ans qui glorifie Yann, « enfant adorable » mais « anxieux », en accablant les parents qui « ne l’ont jamais aimé », et le frère « jaloux » qui « l’embêtait tout le temps ». Tout est construit pour opposer Alexandre, le chouchou des parents, qui tous les trois persécutent Yann, qui est la victime éternelle…

     Éric Naulleau a trouvé là son témoin massue qui doit définitivement assommer les « anti-Moix » comme il doit se les imaginer. Surtout qu’elle balance deux bombes : Alexandre a effectué un séjour de plusieurs mois en hôpital psychiatrique et a été proche du groupe d’extrême-droite auquel appartenait celui qui voulait flinguer Chirac à la carabine le 14 juillet 2002 (en réalité, Maxime Brunerie était tout seul). Naulleau a dû en bander d’extase : sur le plateau, il affirme, sur la seule base des propos nébuleux de la grand-mère (elle rapporte les propos d’« un monsieur faisant partie des renseignements généraux », qui craignait qu’Alexandre Moix fasse partie de l’attentat), qu’Alexandre Moix était « fiché aux renseignements généraux pour appartenir à une mouvance terroriste ». Rien que ça !
     Éric Naulleau ne cherche pas à confirmer le récit d’Orléans, en interrogeant des témoins capables de confirmer la véracité des anecdotes, mais veut donner raison à Moix en discréditant tous les autres ! Il oublie d’appliquer ses méthodes d’enquêteur à un personnage : Yann Moix lui-même ! En réalité, Naulleau cherche une sorte de vérité relative : c’est vrai si aucun autre témoignage ne peut prouver l’inverse. Quitte à s’arranger avec le témoignage censé appuyer le propos de Yann, puisque même la grand-mère dit que Yann Moix ne se faisait pas martyriser physiquement ! Ce qui compte pour Naulleau, c’est de faire passer Alexandre pour un fou, sous camisole chimique, crevant de jalousie contre son saint frère, et la réaction de la famille, qui a naturellement balancé Ushoahia, qui ne réagit que par dépit d’avoir été dévoilée…
     Quel merveilleux attaché de presse zélé de Grasset, ce Éric Naulleau ! Qui aurait crû que celui qui ironisait sur les maisons d’éditions et les prix littéraires il y a encore dix ans allait perdre ses couilles pour devenir le gardien du harem de Grasset ? Sur le plateau, Christophe Carrière (de L’Express) intervient, l’air bien informé, pour évoquer la vénération de la grand-mère pour son petit-fils, sa pièce tapissée de photos de Yann, le livre qu’elle a elle-même achetée. Et il pose la bonne question : c’est qui, l’intermédiaire, puisque la grand-mère est sur liste rouge ? « Une très jolie jeune femme », dit Naulleau, mais Carrière ne se laisse pas démonter : pourquoi Naulleau n’a-t-il pas interrogé le père de Yann Moix ? Excellente question ! Hélas, Naulleau esquive, comme souvent quand sa pauvre rhétorique est prise à défaut…
     Naulleau s’interroge à voix haute sur la remise en cause de la parole d’un enfant battu. Mais quel con ! Si demain, Christine Angot (prenons une femme de lettre de l’acabit et de la notoriété de Moix) affirme que son père, non seulement l’enculait, mais la prostituait, lui bouffer de la merde et la droguait, vingt ans après avoir écrit L’Inceste, on se demanderait si elle exagère. Yann Moix ne fait pas autre chose : il a pris son enfance comme thème littéraire et changé la perspective de certaines scènes en fonction des livres. Non, des claques dans la gueule, ce n’est pas un barbouillage de face avec de la merde ! De même qu’un main au cul, ce n’est pas une main dans le cul ! Nuance, nuance ! Naulleau touche le fond au lieu d’aborder le fond (autre facilité naullienne).

L’Instant N

     Putain, encore Naulleau ? Sur France Inter, cette fois-ci ! Le 26 septembre, dans L’Instant M, il répète les coulisses de l’entretien avec la grand-mère déjà racontées chez Hanouna, et dit avoir été « convaincu littérairement » par la vérité d’Orléans, qu’il n’a fait que vérifier en interrogeant la grand-mère. Ça ne suffit pas ! Pour lui, Orléans est la vérité et Ushoahia est un détail de l’œuvre de Moix, avant de plaider une sorte de prescription… Ce qui ne trompe pas Sonia Devillers : comment peut-on parler de rédemption alors qu’il fréquentait un négationniste comme Blanrue et qu’il était intéressé par son documentaire sur Faurisson, encore en 2013 ? Naulleau botte en touche et invoque le texte, avant de mettre de côté la remarque pertinente de Devillers en réclamant que l’on cesse d’emmerder Moix qui a changé… Raisonnement à la BHL : ce qui compte, c’est qu’il se soit rapproché du judaïsme, ce qui doit agir comme le pardon d’une faute postérieurement avouée contre le gré du fautif… Jacques Fesch a effectué son parcours chrétien après le meurtre d’un flic, ce qui lui a valu une condamnation à mort et un actuel procès en béatification. Moix a tout fait en douce, pour s’arranger des soutiens en prévision d’une éventuelle mise sur la table de ses torchons…

     Naulleau croit le récit de Yann, c’est là sa grande bêtise ! Pourquoi, après tant d’années à se foutre ouvertement de la sale gueule de Yann, se range-t-il à ses côtés ? S’il n’y avait que lui, on pourrait évoquer des raisons strictement personnelles, mais même un Michel Onfray s’est fait niquer. Ils tombent tous dans le pathos ! Ils défendent tous un texte dans son ensemble alors qu’ils ont opéré eux-mêmes une sélection, puisque des scènes de torture, ils ne retiennent que l’idée d’un enfant battu. Naulleau a tellement changé qu’il considère que la perte d’une émission de télé et l’absence dans les prix Ushoahia est un élément négligeable, mais pas la supposée collusion d’Alexandre Moix avec l’extrême-droite meurtrière ratée de président de la République ; Orléans est vrai, mais le témoignage d’Alexandre est invalidé par son séjour en psychiatrie. Avec cette façon de penser, ce n’est pas étonnant que Naulleau ait échoué à être convaincant face à Alain Soral (on y reviendra) dans leurs Dialogues désaccordés
     Pour être sûr de bien rentabiliser la grand-mère, Le Point publie le 2 octobre une version rallongée de l’entretien retranscrit déjà publié par Paris-Match le 24 septembre… Ça flaire la stratégie d’occupation du terrain, menée par le général Naulleau. Mais pourquoi tant de zèle, Éric ? Pourquoi ?

Une pub hallucinante !

     Dans l’édition du Monde du 3 octobre, Grasset s’est payé un encart pub sur la dernière page du quotidien pour vanter Orléans. Faut-il que le livre ne se vende pas pour que l’éditeur de Yann Moix paye 10 000 euros pour espérer écouler les 30 000 copies qui dorment chez les libraires, à défaut d’endormir des lecteurs… Pourquoi ne pas les brûler dans un feu de cheminée tout en frappant Yann Moix ? Le petit coin du Monde est rempli de citations qui ont bien jaunies, datant de l’été dernier, autant dire d’une éternité… Garcin a l’honneur d’être cité en gros : « Un livre hallucinant ». Pour bien donner envie d’acheter le livre, Grasset rassure le lecteur : « Dans toutes les listes de meilleures ventes »… Comme si c’était un gage de qualité !

     Le problème, c’est que deux jours plus tard, dans ses propres colonnes, Le Monde déchire la pub en publiant un article du tandem Chemin-Telo qui révèle le coût total de l’encart, et pas seulement pour Grasset… Aucun des critiques n’a été prévenu de l’usage publicitaire, qui les fout dans l’embarras depuis la révélation d’Ushoahia ! On apprend notamment que la plupart des textes ont été écrits avant les vacances d’été, même en juin pour Maurice Szafran… Tout était en place pour permettre à Yann Moix de battre la concurrence ! Garcin, pourtant servile avec Moix, grince et admet qu’il lirait le livre autrement aujourd’hui. Quel faux-cul ! Ce n’est pas la révélation des mensonges de Moix qui le fait chier, puisqu’il a enregistré son Masque et la Plume après l’interview de José Moix dans la République du Centre. C’est le passé révisio-antisémite qui lui pose problème alors même qu’elles n’ont rien à voir avec le fond d’Orléans ! L’affaire Moix montre, pour ceux qui en doutaient, à quel point la critique juge un texte à l’aune de la réputation de son auteur… Il n’y a que Beigbeder qui assume à fond sa critique, mais ça peut se comprendre, il ne va pas attaquer son collègue de chez Grasset…

     Grasset prétend défendre Moix comme d’autres auteurs, mais glisse que la promo s’est faite avec l’accord de Yann Moix. On est loin de ce qu’en dit sa mamie chérie… Détruit, Yann Moix ? Au contraire ! Il n’a pas passé 25 ans à se constituer un réseau pour lâcher comme ça ! C’est justement parce qu’il savait qu’un jour ses saloperies allaient sortir qu’il s’est fait une protection béton ! Il perd des plumes, n’ayant plus son émission, ni son entrée au Goncourt, et alors ? Ce n’est pas le Milieu qui va le lâcher. L’abandonner, ce serait s’arracher un morceau d’ADN. Naulleau l’a bien compris et se concentre sur le texte pour réhabiliter Yann Moix, qui doit passer pour un écrivain victime, et pas le sale petit con d’Ushoahia et le lèche-cul servile des Juifs qu’il a sali… C’est pas gagné : Grasset est désespéré et cherche tous les moyens possibles pour évacuer les exemplaires, jusqu’à envisager de lui faire obtenir le prix de Flore ! Moix a 51 ans ! Même ce prix, au jury pourtant composé de Frédéric Beigbeder et d’Arnaud Vivant (ex-chroniqueur de Chez Moix), l’a refusé ! Bravo, Christophe Tison !

Soral répond à côté

     Quel branleur, ce Soral… Sortir un audio le 6 octobre, pour parler péniblement cinq minutes de l’« affaire Moix », alors qu’il y a toute une cascade d’événements depuis la mi-août, si passionnante à analyser, et qui ne tarit pas puisque je peux alimenter la suite du Menteur d’Orléans, roman ! Pour Alain Soral, « BHL n’a pas la haute main sur toute la communauté juive » et n’a pas pu sauver le soldat Moix. Encore un con qui tombe dans le panneau du Moix cramé… Son éditeur Nora (Juif ou pas, Alain ?) a lâché 10 000 euros pour une pub dans Le Monde, en mouillant les critiques enthousiastes d’Orléans. Soral croit que BHL était au courant, mais chacun des trois qui ont été dans la confidence (le trio de Grasset, évidemment : Nora, Enthoven père et BHL) n’a été informé des écrits que par Moix lui-même… Il les a donc bien manipulés, en ne leur communiquant pas l’intégralité des pièces balancées par Dupuis et Pierrat…

     Ça, évidemment, il ne peut pas le savoir, avec son équipe de larbins d’E&R tout juste capable de faire un article soi-disant compromettant pour Moix mais qui le sert complètement en reprenant sa justification hara-kirienne (fausse, bien entendu) d’Ushoahia… C’est bien beau de vouloir jouer les courageux anti-Juifs, en leur attribuant un pouvoir exorbitant pour mieux jouir du statut de martyr… Mais Soral passe quand même pour un lâche en reprochant à Moix de l’avoir traité d’antisémite tout en balançant que d’Ardisson va être le prochain à tomber, et en bipant en post-prod les adjectifs juifs de « communauté juive » et « pouvoir juif »… Il n’assume même pas son esquisse de salut nazi en 2004 à la fondation Dubuffet, dans la célèbre photo avec Nabe et Moix ! Le secret de Soral est là : son antisémitisme n’est qu’une épice forte dont il saupoudre ses interventions pour cacher qu’elles manque de quoi se nourrir intellectuellement. Find the Jew, et c’est tout ! Comment peut-on continuer à écouter ce mec, surtout pour rigoler ? C’est comme la télé-réalité, on tombe dans le piège quand on croit que l’on regarde pour se moquer, alors que c’est spécifiquement fait pour ça.
     Soral continue à enfoncer les portes ouvertes, en racontant que Ruquier a couvert Moix, parce qu’il a la même productrice. Mais non, ducon : Ruquier l’a couvert parce qu’il l’aime bien, son Moix, et Barma a préparé le plateau pour ne surtout pas le mettre en danger, pour ne pas perdre son émission sur Paris Première (raté !). Il voit des soumis partout, l’ex-larbin du FN période Marine… Soral attaque ensuite Naulleau, la « salope », pour son soutien à Moix au nom de son talent, que Soral conteste, le qualifiant de « verroterie »… Tiens, tiens : « verroterie », c’est exactement le même terme employé par Moix en 1994 pour s’en prendre à… Marc-Édouard Nabe ! Alors, Alain, on lit Nabe’s News en cachette et on n’assume pas ? Tout ce que Soral a été capable de faire contre Moix, c’est de sortir un extrait d’une vidéo de 2012 où il parle d’écrits révisionnistes (réducteur) à Sciences Po (faux, à Reims), mais il n’avait pas été capable d’en produire la moindre ligne ! Bof… À part traiter Naulleau de « salope » et Ruquier de « gay abruti », Soral produit que dalle ! Fainéant, va !

Jérôme Dupuis fait le bilan

     Le 5 octobre, sur le site de L’Express (puis dans la version papier le 9 octobre), Jérôme Dupuis fait le bilan de l’affaire Moix… Intéressant, mais on n’apprend pas grand chose : tout a été dit dans Nabe’s News ! Dupuis est quand même le journaliste français à ce jour à publier dans un hebdomadaire que Nabe a bien rédigé un droit de réponse destiné à être lu dans On n’est pas couché ! Encore un inédit qui sortira un jour, tout comme la désormais célèbre lettre ouverte de juin 2018 adressée à Naïma Haoulia, avocate de Salim Laïbi, qui a été censurée (avec condamnation de Marc-Édouard Nabe à 7 500 euros d’amende, rien que ça !).
     Le papier de Dupuis (aidé de Camille Vigogne Le Coat) est intéressant quand il raconte les effets des révélations sur les écrits négationnistes sur les personnalités juives. Elles aussi se sont faites bien avoir par Moix, par son faux-philosémitisme et par son sionisme exacerbé (comme si c’était un service à rendre de défendre les crimes d’Israël…). Ils peuvent maintenant manger leur kippa, et en particulier celle que Moix avait osé se mettre sur la tête chez Ruquier en janvier 2016… Le producteur Jérôme Corcos envisage de porter Orléans au cinéma… Ça ne lui a pas suffi de financer l’énorme ratage financier qu’était Cineman ? Un budget de 19 millions d’euros, pour une recette de même pas deux millions et demi… À peine 300 000 spectateurs en France ! On va finir par croire que Yann Moix est le plus grand antisémite de France : il séduit des Juifs éditeurs et producteur juste pour leur faire perdre de l’argent en finançant des œuvres vides ! Yann Madoff !
     Dupuis a eu de la chance d’avoir des précisions sur le séjour de Moix le fuyard à Tanger par l’intermédiaire de quelqu’un qui se trouvait par hasard avec le négationniste dans l’avion. Bravo L’Express ! Mais bravo aussi Nabe’s News, car nous pouvons identifier ce témoin : il ne s’agit de rien d’autre qu’une bonne connaissance de Nabe, proche d’Houria Bouteldja, déjà évoqué dans le premier tome des Porcs (il le sera aussi dans le deuxième !), et qui a même eu des démêlés avec Salim Laïbi ! Certains vont finir par comprendre que tout est dans Les Porcs et que Les Porcs sont dans tout !

L’avis terne de Jacques H.

     Même Jacques Henric y est allé de son petit papier pour Orléans… Pas très clair son article dans le numéro d’octobre d’Art Press… Il ne tranche pas le débat de la liberté de l’écrivain ; il n’a pas terminé Orléans donc n’en parle pas en détail, mais se permet d’attaquer la critique, « assemblée de pleureuses devant les gros bobos causés à un enfant martyr » ; il parle des productions antisémites de Moix mais préfère lui donner des conseils de défense ! Gêné que son pote se soit fait gauler comme antisémite (et avec un dossier hyper lourd !), Henric ne fait qu’évoquer « la mise au jour du passé antisémite de Moix ». Pourquoi ne pas consacrer les quatre colonnes de son article bancal à ce fameux passé ? Problème de temps ? Il ne faut pas plus d’une semaine pour bien comprendre l’affaire : c’est largement suffisant pour écrire Le menteur d’Orléans !

     On attendait Henric plus mordant, mais il a dû paumer ses dents, puisqu’il mâchouille l’affaire Moix en la noyant de sa bave, beurk… Il avoue quand même qu’il croyait Moix juif, et alors ? Ça suffit à ne pas prendre en compte la production ? Dans Art Press, on ne peut que se tromper :  magnanime avec un Moix aux dizaines de pages ouvertement racistes, antisémites, révisionnistes et littérairement nulles (on ne peut qu’être nul en étant révisionniste…), mais, rappelons-le, féroce avec Marc-Édouard Nabe en 1985, dans un article immonde titré « Je suis partout 1985 » (juste signé ArtPress) et illustré par deux femmes juives (avec étoile) sous l’Occupation en France, tout ça pour faire croire au retour des années 30 après le passage de Nabe à Apostrophes

     L’article de Henric permet de bien dégager un fait : Yann Moix est pardonné avant même d’avouer, tandis que Nabe, sans faute, ne sera jamais pardonné. Il restera toujours l’auteur « sulfureux », celui qui a une sale réputation…

Alexandre Moix envoie Naulleau au poste

     Après les accusations lourdes de Naulleau pour enfoncer Alexandre Moix, ce dernier se devait de réagir ! Il a également demandé un droit de réponse à C8 qui lui a été tout simplement… refusé ! Finalement, c’est le 15 octobre, sur le site internet de Télé-Loisirs, Alexandre réagit et révèle que l’interview exclusive de la grand-maman-Moix par Naulleau a été téléguidée par Yann Moix, lui-même : ce n’est pas un scoop à tomber de sa chaise, mais il fallait que ce soit lui qu’il le dise. Du coup, l’image du pur Naulleau qui vient au secours de la littérature en prend un sacré coup… La « très jolie jeune femme » qui a transmis les coordonnées de la mamie, c’était Yann Moix ! Alexandre répond aux deux révélations de la mama d’Orléans : aucune preuve ne corrobore sa participation à la tentative d’assassinat de Chirac en 2002 et son séjour en hôpital psychiatrique à l’âge de 19 ans a duré quelques semaines. Pour conclure sa réponse, Alexandre Moix annonce poursuivre Éric Naulleau en justice !

Touche pas à mon poste ne pouvait que réagir, et dès le 16 octobre, Cyril Hanouna raconte que le droit de réponse n’a pas été refusé puisque la production de TPMP avait préféré l’interviewer, mais qu’Alexandre avait renvoyé à son agent et aurait réclamé de l’argent… Oh, le joli tour de passe-passe ! Hanouna se la joue grand prince, affirme avoir voulu donner la parole à Alexandre Moix, que ce manant qui a refusé ! C’est complètement faux sur le plan des faits et de la chronologie : l’invitation évoqué par Hanouna est largement antérieure aux propos de la grand-mère et de Naulleau, objets du droit de réponse. L’invitation faite à Alexandre a été lancée fin août, puisque Hanouna évoque l’émission du 2 septembre à laquelle Emmanuel Pierrat, avocat d’Alexandre et de ses parents, a participé. À aucun moment, Cyril Hanouna ne parle d’une invitation lancée après l’émission du 24 septembre. Voilà comment on s’arrange avec la vérité à la télévision… Écœurant !

     Naulleau répond en réaffirmant qu’il y aurait de la gêne chez Alexandre après les révélations de la grand-mère qu’il a (semble-t-il) redécouvert en la recontactant après l’émission du 24 septembre. Alexandre aurait donc dû accepter les propos de son frère et de sa grand-mère comme une vérité intangible et s’y soumettre comme l’ont fait Naulleau et ses soutiens… Face à la menace d’un procès, Naulleau agite… une menace de procès, s’estimant diffamé quand Alexandre Moix dit qu’il a été téléguidé par Yann Moix. Naulleau se défend : il y a une intermédiaire qui l’a mis en contact et accompagné. Et alors ? Téléguidé veut bien dire guidé à distance, Moix est au Maroc ! Enfin, Naulleau se cache derrière des « documents » qui corroborent les affirmations de la grand-mère, qu’il menace de révéler en cas de procès… comme si un Éric Naulleau attendait d’être dans un prétoire pour balancer de quoi défendre Yann Moix !
     La séquence est conclue par Hanouna qui affirme que C8 a effectivement reçu une demande de droit de réponse qui n’était pas conforme juridiquement, avant de lancer une nouvelle invitation à Alexandre Moix. Habile, l’Hanouna, mais pas si con l’Alex : il flaire le guet-apens et ce n’est pas demain qu’il ira dans une émission aussi pro-Yann.

Alexandre Jardin : l’anti-Moix

     Dans cette même année 2019, décidément riche en rebondissements et en masques qui tombent dans le milieu littéraire, il est à noter qu’Alexandre Jardin, qui lui aussi a été souvent démasqué par Nabe avant que les médias eux-mêmes ne s’en chargent, a publié en juin dernier un livre dont Yann Moix aurait bien inspiré de s’inspirer : Le roman vrai d’Alexandre Jardin. En effet, malgré tout ce qu’on peut reprocher à Alexandre Jardin (son faux talent et ses mensonges), au moins le chouchou best-seller des années 80 chez Gallimard n’a jamais copié personne d’abord et, rongé par un mal-être qui a fini par exploser en plusieurs étapes (notamment le reniement de sa propre famille, mais d’une façon différence que celui de Moix de la sienne), a fini par sortir un livre d’aveux où il reconnaît avoir été un escroc du début à la fin en s’inventant de toutes pièces une personnalité, et en trichant avec part en part. La promotion, d’ailleurs très écourtée par des médias apparemment qui ne lui ont pas plus pardonné sa confession qu’ils n’ont absous les turpitudes de Moix, a donné lieu notamment à une prestation médiatique chez Yann Barthès, dans l’émission Quotidien, le 6 juin 2019. Extrait :

Alexandre Jardin : Quand vous ne supportez pas le réel, vous le réinventez radicalement, et vous payez le prix fort, parce que toutes les libertés que vous gagnez en même temps vous enferment.
Yann Barthès : Est-ce que c’est un crime de vouloir enjoliver la vie ?
A. J. : Vous le payez très cher.
Y. B. : Comment ?
A. J. : Dans votre vie privée. À un moment, il faut vivre avec le réel. Le chemin que je raconte, cette évasion du mensonge, de l’enjolivement, je la fais pour moi, c’est ce que je vous disais pendant l’interruption, je la fais aussi contre une époque. Je ne supporte plus de regarder à la télé des gens qui jouent des rôles. Je ne supporte plus ! Je ne sais pas comment vous le vivez vous, mais on sait très bien que ce sont des rôles. Je ne supporte plus de voir DSK raconter des conneries en disant « Pardon Anne », alors que tout le monde sait que ce n’est pas vrai. Je ne supporte plus les débats politiques. Tout à fait, vous avez passé Pécresse, elle joue un rôle. Tout le monde le voit ! Mais pas plus elle que BHL qui finit par se produire sur une scène de théâtre sans voir qu’il est sur une scène de théâtre. À un moment, j’ai aussi écrit ce livre pour qu’il y ait quelqu’un qui passe et qui arrête ! Mais qu’on arrête ! On ne va pas passer toute notre vie dans un jeu de rôles. On ne va pas avoir un président produit par une boîte de prod qui s’appelle « En marche ! ». Il y a un moment où les gens doivent être absolument cash !
Y. B. : Quand vous dites que c’est bien qu’on dévoile notre vie privée, ce n’est pas dangereux ?
A. J. : À un moment, il va falloir qu’on réapprenne en société, pour que la conversation civique redémarre dans le pays, il va falloir qu’on soit des gens réels. Donc, quand on ment, qu’on le dise ! C’est pas si grave ! Qu’on sort de nos rôles, qu’on reprenne l’habitude de voir à la télé des personnes, pas des personnages. Vous le savez très bien, parce que ça vous arrive tout le temps d’interviewer des gens, vous voyez bien lorsque le personnage est en face de vous. Ça doit vous arriver.
Y. B. : De voir qu’on joue un rôle, oui.
A. J. : Mais si vous le voyez, les gens qui regardent l’émission le voient.
Y. B. : Ils le voient aussi.
A. J. : Tout le monde le voit ! À un moment, il faut que ça s’arrête.
Y. B. : Ça s’appelle aussi de la représentation, de la vie sociale.
A. J. : Ça a pris des proportions totalement délirantes. La bulle s’est aggravée. C’est aussi la crise de confiance française. Hier, je rencontrais pour ce livre des journalistes de la presse régionale. Il y a une femme qui me dit « Moi ça m’a fait beaucoup de bien votre livre, parce que vous faites partie des gens qu’on voit à la télé, à Paris, on voit que vous mentez, on voit que vous jouez tous des rôles, et le fait qu’il y en ait un qui arrête, ça m’a fait du bien ». Les livres doivent être aussi des révoltes, mais pour pouvoir le dire, il faut se l’appliquer.
Y. B. : Tout le monde ne joue pas un rôle à la télévision.
A. J. : Beaucoup. Et tout le monde le sait ! Y compris parmi vos confrères. Tout le monde le sait !
Y. B. : Ça vous fait peur, la vie sans mensonges ?
A. J. : Juste avant de rentrer, oui.
Y. B. : Et là ?
A. J. : Moins.
Y. B. : Ça va mieux ?
A. J. : Oui.
Y. B. : J’ai servi de…
A. J. : De décompresseur ! (Rires) C’est souvent l’idée qu’on s’en fait. Une fois que c’est fait, c’est fait. Mais la vie sans mensonges, non seulement ça va mieux, mais elle est magnifique. On n’a pas besoin d’en rajouter. Romain Gary n’avait pas besoin d’en rajouter, c’était un vrai héros, c’était un Français libre qui s’était battu. C’était un vrai héros, il n’avait pas besoin de se réinventer. Comme j’ai beaucoup réinventé un homme que j’aime foncièrement, qui est mon père, dans des livres, dans le Roman des Jardins, dans le Zubial. Ça me ferait plaisir que vous lisiez ces vrais livres, sans passer par mes mensonges. Il s’appelle Pascal Jardin. Ça me toucherait.

      Dans la même émission, Jardin revoie une vidéo de lui très jeune racontant face caméra que son père, Pascal Jardin, touché par le fait que son fils dépité avait « perdu » une jeune fiancée en la laissant repartir dans son pays la Roumanie, avait aussitôt pris son fils Alexandre par le bras, et l’avait emmené à l’aéroport pour sauter avec lui dans le premier avion pour Bucarest afin de retrouver en surprise la Roumaine forcément foudroyée d’amour pour ce geste fou… Problème : tout était faux… Sur le plateau, Jardin a au moins l’honnêteté d’avouer que tout a été inventé : la réaction du père, l’avion, la Roumanie, et même la fille !
     Voilà le genre de révélation dont Yann Moix est incapable ! On n’avait plus de nouvelles de lui depuis la fin août, après son passage chez Ruquier (et aussi chez Marc Weitzmann, ne l’oublions pas trop vite !). En octobre 2019, il n’y avait plus que Cyril Hanouna et ses chroniqueurs pour disserter sur la famille Moix et distribuer les bons points…

Dr Marty

À suivre…