mardi 15 août 2017
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Docteur Marty a réponse à tout !

     Rendez-vous chez le DrMarty, forumeur, qui éduque à longueur de journées les âmes perdues, avec une clarté et une science qui font du bien.

      Fougnac : Fini le premier tome nabien. Les Porcs tourne au journal intime un peu gonflant sur la fin, je me fous éperdument d’Audrey Vernon, du fils de Taddéï, du Carlos d’Assayas ou même du vrai dans sa cage, du prix Renaudot qui va lui échapper…

De façon intelligente, Nabe arrive cependant à relier tout ça à son fil rouge(-brun) quand le maître Logogolos étale son racisme bas du front, et que les piques téléguidées de Nabe font mouche à chaque fois. Très convaincu en revanche par sa fine analyse du Parti Antisioniste, du financier Gouasmi et son grossier échec, ainsi que par son démontage en règle du Master privé de Châtillon pour cause de connerie aggravée. Les ultimes pages du pavé relancent l' »énigme » : qui va définitivement clouer le bec aux tarés de la Dissidence ?

     DrMarty : Le passage sur Carlos et le film d’Assayas est construit de la même manière que le passage de Meyssan chez Ardisson. Description du mensonge dans un chapitre, puis démontage du mensonge. Nabe montre que ne taper que sur les complotistes est une erreur. Au contraire, si on est pour la vérité, il faut traquer le mensonge partout, y compris dans le « système ». La vérité pour tous, y compris pour un terroriste comme Carlos, dont la tendance à tricher avec le personnage et son histoire est plus forte qu’avec un autre.
     On voit aussi dans le livre l’anarchisme nabien, tout le monde est au même niveau. C’est un des fondements de son journal intime, il parle de la même manière des « gens » « connus », « inconnus », bientôt « connus », plus « connus ». Pas de « grand », de « petit ».
     Je ne sais pas si c’est un journal, ce livre. Il n’a pas été écrit au fil des évènements, il y a des renvois à des passages à venir dans le livre (ou dans un autre livre). Certains éléments du récit sont éclairés par des rencontres ultérieures (cf. agression de Soral dans la librairie). C’est un genre de récit particulier, où tout est vrai. Il y a des documents, comme des tracts de Nabe, textes de Soral, SMS, mails, conversations. Ce n’est pas un roman, mais ça y ressemble.
     Le récit est bien construit, et le rythme est bien tenu sur 1000 pages. La_pugne a raison, tout le monde s’en prend plein la gueule. C’est ce qui fait le style de Nabe, et le fait qu’il est irrécupérable par personne (cf. Soral qui le voit en indic de police…) ni classé dans un genre ou un mode de pensée.
     Quelques clins d’oeil de temps à autre : de mémoire, le récit de la soirée des 3000 lecteurs de l’homme qui est rédigé en un seul paragraphe sur trois-quatre pages, comme le roman est écrit sans chapitre.

     hyenal1 : Non mais les gars…. vous postez des extraits, tous sont des roulages dans le caniveau à base de bite, de cul et de pipi. Du coup la seule idée que vous donnez du livre c’est celle-là. Quand on vous le fait remarquer, pas la peine de monter sur vos grands chevaux.

     DrMarty : Le livre vaut plus que ce simple paragraphe (celui sur Ryssen). On ne peut parler que ce qu’on connait, donc je vais parler des cent premières pages. Nabe analyse tout, il raconte l’époque depuis 2000. Il évoque son propre parcours qu’il mêle à celui de Dantec, Soral, Dieudonné (le livre s’ouvre sur l’émission « Tapage » de juin 1999), Moix et Blanrue (p.31 : « Un couple d’inséparables qui s’entendraient sur tout, et d’abord pour me casser le contenu entier des usines Beghin-Say sur le dos !… » ).
     Nabe analyse bien le Dieudonné d’avant Mes Excuses. Il y a beaucoup de choses que l’on connait (d’autres pas du tout), mais il y a surtout une histoire, une évolution, qui est raconté. Comment cette bande d’individus ne se connaissant pas (Moix, Blanrue, Dieudonné, Soral, Dantec, Laïbi, et le reste) se sont connus pour incarner la dissidence. Puis, j’imagine que dans les tomes à venir, il y a l’histoire de l’entrée dans la folie de ces personnages, les ruptures et les carrières solos. Ce n’est pas un pamphlet gratuit, avec une outrance bête sans fondement, des insultes pour rien, de l’aigreur, mais un lent démontage d’une machine qui fait qui a fait du complotisme un business.
     Vous auriez tort de passer à côté de ce livre, qui est aussi très drôle. Sinon, tant pis pour vous… Je pense qu’il faut le lire sans chercher la pépite sur untel ou untel. Nabe fait ce qu’il sait faire, c’est-à-dire travailler sur le présent, la réalité, l’actualité, les individus.

     sherrinford : Okay, on peux dire que la qualité du bouquin de Nabe semble être au rendez-vous.
Rien à voir avec les révélations en carton humide de pisse de la libre panse.

     DrMarty : Laïbi n’est pas rigoureux. Il pense ce qu’il croit être, alors qu’il faut dire ce qui est. Dans les Éclats récents, Nabe revient souvent sur cette idée : on s’en fout de ce que l’on pense, l’essentiel, ce sont les faits. Ce qui lui permet d’être juste : il peut critiquer d’une manière virulente Siné, qui est une de ses idoles de jeunesse, et faire la part des choses, ne pas être dans l’acceptation des défauts au nom de l’amitié.
     La position de Nabe est la meilleure, parce qu’il est fâché avec un monde qu’il a côtoyé. Il est donc libre de dire ce qu’il pense de chacun. Ce que Blanrue ne peut pas faire, c’est ce qui explique pourquoi il n’a rien dit sur l’agression de Soral en 2004 (celle-là, j’ai vraiment du mal à l’imaginer, tellement c’est dégueulasse de laisser une librairie qui organise une signature pour un auteur être fracassée et poussée à la ruine par ce même auteur qui sait ce qui l’attend et qui ne fait rien contre. Et après, cet imbécile parle de survie, de résistance, de dissidence !).

     Code 44 : J’ai jeté mon regard sur quelques lignes des Porcs, c’est effectivement très intéréssant. D’autant plus quand on voit à quel point Soral était imbriqué dans la jetset, en compagnie des Ardisson, des Moix, des Blanrue et les autres.
Le Master n’est au final qu’un loser qui a été éjecté de cette petite bande branchouille, et qui a reformé sa cour grâce à Internet.

     DrMarty : Quand je lisais, je m’imaginais Soral seul chez lui, qui sort de temps en temps pour rejoindre la bande, et jouer les cakes. C’est quelqu’un qui a besoin d’être dans un groupe pour ne pas être seul, d’où la liste en anti-sioniste, d’où ER, d’où le compagnonnage avec Dieudonné. Soral est un parasite, il s’accroche à ceux qui ont plus de talents que lui pour se rendre indispensable. Il a trouvé Dieudonné pour jouer le rôle, lui qui s’en fout de tout, qui n’a aucune conviction. On peut choisir de croire ou non à des faits…
     Comme il ne sait pas grand chose, que c’est un colérique, il a basculé dans le gourou complotiste. Le complotisme, c’est facile, on brode, on invente, on a un super méchant qui décide de tout. On nourrit soi-même le monstre. Et comme on est le seul à le comprendre, des curieux et des naïfs écoutent un discours qu’ils n’entendent pas ailleurs. On peut critiquer les médias minestrime, mais les faits sont là.
     Ce qui est fort, c’est que Nabe n’a pas fait que Soral lui a fait. C’est-à-dire descendre une réputation en racontant du faux. Nabe raconte la réalité (point Azrail) de Soral, et c’est encore pire. Soral est bloqué, il ne peut pas coincer Nabe sur un mensonge. En plus, Nabe raconte aussi des échanges avec Soral qui sont calmes et respectueux (sur les tracts ou l’anti-édition).

     Mathematics : Tu le connais ? Tu es trop intelligent pour nous faire croire que tu es idiot, je parle évidemment de Nabe.

     DrMarty : Je lui ai rendu visite à la galerie comme n’importe quel visiteur peut le faire. Quand j’allais à Paris pour les archives, je prenais le temps d’aller sur le terrain des Éclats (parfois les yeux explosés par plus de six heures de microfilms dégueulasses…). J’ai beaucoup de respect pour son oeuvre et son travail (littérature et peinture), que j’ai découvert en janvier 2014, grâce aux complotistes ! Je les détestais depuis des années (quelques sketchs de Dieudonné me faisaient rire, et je prenais Soral pour un bouffon confus) et quand j’ai écouté le discours de Nabe sur eux, je me suis réjouis et ai attendu le livre en découvrant tout (livres et alainzannini.com). Je n’ai jamais vu un type comme ça, complètement passionné, cohérent, sachant faire partager son amour de l’art. J’arrête là, on va me traiter de fanboy de Nabe, un fanabe ?
     Je profite de la parenthèse ouverte pour évoquer la sortie récente de Satirix (fin avril), qui consacre son 27e numéro aux dessins de Nabe période Hara-Kiri. Le journal se trouve en kiosque, mais aussi sur internet : http://satirix.fr/ Seize pages, grand format (29×36), beau papier. Le numéro coute 5 euros en kiosque, 8 euros en commande française (12 euros à l’étranger), 100 euros pour l’édition numérotée beau papier, 2000 euros pour l’édition luxe simili cuir fers dorés numérotée de 1 à 10 sur beau papier avec une aquarelle originale de Nabe. Une seule page de texte (l’éditorial), les quinze autres de dessin grand format. Lucien Grand-Jouan a fait l’effort !