jeudi 7 juin 2018
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

L’alibi de Laïbi

Après avoir réglé son compte au poids mi-mouche Loffredo, la super-plume Nabe est partie affronter, le 9 février au Palais de Justice de Paris, le poids ultra-lourdingue Laïbi. Bancs musicaux cette fois-ci car c’est Nabe qui oblige son adversaire à se présenter devant les magistrats. 

Le cadre de l’attaque en justice de Nabe contre Salim Laïbi est la destruction filmée et diffusée sur Internet, en 2013, d’un portrait du jazzman Charlie Mingus, tableau offert en 2005 par Nabe à Laïbi en guise de cadeau pour services rendus par Salim en tant que webmastrice du défunt site alainzannini.com.

     Le tableau a été réclamé par Nabe finalement lassé après de longues années d’attaques et de calomnies venant de Salim envers sa personne, estimant que Salim ne méritait plus pareil présent. Vexé dans son ambitieuse admiration comme un gros putois possessif, Salim a préféré brûler le tableau (qu’il appelait sa « petite merveille » dans une autre ridicule vidéo)… Ce que Salim ne savait pas, ou n’avait cure de savoir dans son misérable acte crématoire, c’est qu’un tableau appartient toujours moralement à son créateur, même s’il a été offert ou vendu à un tiers. De plus, dans ses horribles Naboscopies, Salim s’ingénie à essayer de reproduire stupidement de sa grosse main même des tableaux de Nabe, ce qui est punissable par la loi pour « contrefaçon », dénigrant par-dessus le marché en paroles l’un des nombreux talents de celui qu’il vouait à tous les cieux.

La valise du cercueil ambulant

     Le lieu, cette fois-ci, n’est plus la 17ème chambre (dite de la Presse) mais la 31ème, qui se trouve un étage plus bas, où les rayons du soleil n’ont plus cours.
     Ce 9 février 2018 neigeux, donc, Nabe, parapluie à la main, son fils Alexandre au bras, arrive le premier dans le hall aux cent pas de la 31ème. Dimitri, Anthoine, Valentin et Julien sont déjà là, David les rejoindra quelques instants plus tard. Une légère tension à peine palpable brume nos héros dans l’attente de l’arrivée (ou non) de Salim…

     D’ailleurs, le voilà qui arrive, accompagné d’une clique de cloportes qui ne ressemblent à rien, pas même à des cloportes. Salim est patibulaire et l’obscurité des lieux rajoute au méphistophélisme gargantuesque du dentiste délirant. Il a l’air fatigué et malade. Il traîne derrière lui une petite valise à roulettes, comme s’il était dans une gare au lieu d’un palais de justice. Triste comme un cercueil (une cercueil ambulant), il ne quitte pas sa valise… Chose étrange, tout se passe très lentement, presque au ralenti. C’est l’énorme masse amorphe qu’est Salim qui doit générer cette impression de néant diffus…

     Dans sa bande de ploucs nerveux, on croit encore distinguer une vieille femme accoutrée comme une exorciste amazigh, affublée qu’elle est d’une bijouterie des plus curieuses. Toujours est-il qu’elle va prier sur un banc devant l’entrée de la Chambre avant d’y entrer.

     Après des conciliabules de part et d’autres du hall, les sales soutiens de Salim pénètrent tous dans la 31ème.

     Nabe et ses fringants amis entrent en derniers. Les protagonistes se répartissent comme suit, en entrant : les débiles mentaux à droite… Le gang de Nabe à gauche. Laurent James, just on time, qui a déjà eu à en découdre avec le prévenu, est venu exprès de Marseille lui aussi rejoindre ses compagnons. Il y a aussi Florian, Aziz, Fred, Eliès, et Nicolas qui sont venus pour Nabe.
     Trop impatient et très nerveux, Salim, qui avait même posé par mégarde ses affaires sur la tablette de l’avocate de Nabe, s’excuse comme un enfant et les ramasse… On a du mal à se dire que c’est un des inoubliables héros de L’Homme qui arrêta d’écrire et des Porcs qui est assis là, gigotant de la cuisse, entouré de sa morne petite grappe de potes… Son regard est agité, il scrute au loin le début de l’audience tout en se cramponnant à sa valisette noire à roulettes d’où dépasse une sorte d’énorme biberon blanc à capuchon rouge…
     Mais foin d’impatience puisque le docteur ès pataquès est très vite appelé à la barre : il se lève et traîne sa valise jusqu’au devant des juges. Marc-Edouard y est déjà, à droite, sur le banc de la partie civile, impassible. Salim sort de sa valisette des fardes pleines de feuilles et de photocopies, dont les Patience. Les avocates se placent derrière leur client respectif. L’avocate de Salim est, curieusement, une belle Algérienne aux cheveux de feu : Maître Haoulia… Celle de Nabe a l’air d’une contractuelle, appliquée et mignonne comme un sou neuf. Drôles de duos. L’audience commence.

« Je n’ai jamais vu un peintre vendre des tableaux pour financer des livres. »

     La présentation des faits est exposée excellemment par l’assesseur, à gauche pour nous, et qui ressemble un peu à Jean Yanne, et qui, lui, dit correctement « Nabe », à l’inverse de la présidente qui ne décolle pas de son « Nabé », une casserole de plus à Marc-Edouard. C’est à son tour de relever d’abord les problèmes maladroitement niés par Salim survenus avec la juge qui l’a mis en examen lors de sa première comparution sur Skype à Marseille (car l’obèse Laïbi a prétexté des problèmes médicaux pour ne pas venir à Paris) et somme alors le prévenu de se présenter devant la cour.
     Mais au moment de répondre, Salim, avachi à la barre, est subitement pris d’une violente toux. C’est alors dans les glaviots qu’il expectore grassement (d’où le parapluie de Nabe) ses différentes activités comme autant de boules de poils mal digérées : « éditeur, écrivain, prothésiste dentaire, scientifique, lanceur d’alerte, artiste » etc. Ça en fait des cordes effilées a son arc cassé avec lequel il essaie d’envoyer ses petites flèches tordues depuis tant d’années. Il a bien évidemment oublié « complotiste internet », alors que c’est cette activité justement qui lui octroie sa petite notoriété de bonimenteur numéro 1 du monde virtuel. Salim vante son site et ses presque deux millions de visiteurs mensuels pour faire croire qu’il dirige un organe de presse.
     À la deuxième question du juge sur ses finances, Laïbi débite sans conviction, et à grand renfort de glaires raclées, qu’il gagne environ 3.000€ net par mois et qu’il ne travaille plus qu’à mi-temps comme prothésiste dentaire à Marseille. Salim profite aussi de cette lucarne économique pour dire, en toussant, au sujet des bourses de Nabe, qu’il « n’a jamais vu un peintre vendre des tableaux pour financer des livres ». Ah, bon ? Comme si fabriquer de fausses dents pour financer des pensums fiatluxement édités à la gloire de fausses théories criminogènes sur les esprits était courant !

     Salim souligne ensuite que Nabe engueule ses fans de ne rien acheter, alors qu’il a pourtant gagné beaucoup d’argent avec ses tableaux. Salim tente de discréditer Nabe en arguant qu’il n’est pas SDF comme son site l’indique puisqu’il aurait vendu 34 tableaux à Aix en 2013 (79 en vérité, Laïbi confond avec l’expo 2007 à Paris). Le problème, c’est qu’entre payer un loyer et payer son imprimeur, Nabe a choisi, mais qui le sait dans le prétoire ?
     Salim en vient à minimiser le talent pictural de Nabe, en informant la Cour qu’il a visité les plus grands musées du monde, comme pour justifier en expert auto-proclamé des arts son acte anti-artistique au possible : « J’ai vu les plus beaux musées du monde, Venise, Rome, Le Louvre etc. Nabe lui n’a pas changé de style en 25 ans ! » Comme s’il suffisait de visiter des musées dispendieux aux quatre coins du globe pour savoir estimer l’art… Quant aux multiples styles de Nabe en peinture, c’est sur cinquante ans qu’ils se constatent !

« Non »

     Quand la juge lui demande quand a commencé sa collaboration avec Nabe, Laïbi hésite avant de se tromper sur les dates. Sur ses relations à Nabe, Laïbi insiste : « J’ai lu tous ses livres moi, c’est rare en France. Des milliers de pages !  » Puis ça s’est dégradé, mais uniquement à cause Nabe qui s’en est pris à l’honorable M. Laïbi dentiste marseillaise qui est (dixit lui) un simple « lanceur d’alertes ». Ben voyons ! Son souci à Laïbi, c’est de prévenir les quartiers défavorisés de Marseille, dont il s’invente sauveur-docteur, contre les horribles thèses de Nabe qui pourraient infiltrer les jeunes cerveaux. Car son axe de défense, ainsi que celui de son avocate, sera de faire dévier les débats vers le caractère politique et la dangerosité pour la société française du soi-disant prédicateur daeshien qu’est Nabe. Foin de son autodafé mingusien ! Selon lui, Nabe n’a d’admiration pour Daesh et Al-Qaida qu’en ce qu’ils « tuent des gens dans la rue ».

     Salim et son avocate, qui demande la relaxe pure et simple de l’affaire, prendront alors la parole tout au long de l’audience chacun à leur tour. Je ne savais pas que le prévenu et son avocate pouvaient ainsi couper la parole des juges et de l’assesseur… « La démarche de Laïbi est salutaire. Il sait comment le discours nabien peut être tentant — je reconnais moi-même la qualité de l’écrivain Nabe — mais aussi comment il faut informer contre cette escroquerie intellectuelle. » dit Haoulia. C’est l’HP qui se fout de la Charité !

     La juge remet — mais vainement —  nos deux comédiens algériens à leurs places en leur faisant remarquer que l’audience porte sur la destruction du tableau et non sur des questions d’ordre politique. Maître Haoulia tente encore d’interpeller Nabe avec une question concernant les droits d’auteur en France, lui demandant s’il était prêt à donner son point de vue sur la question. La réponse est brève, et Nabe évite d’un mot le piège certainement espéré par Salim que pourrait être une hypothétique joute publique pour le sortir de son misérable monologue : « Non. »

Transmerdes

     L’assesseur insiste revient au sujet :
     — Vous admettez bien avoir détruit ce tableau ?
­     — Oui… sussure le gros pyromane.
     —  Pourquoi ?
     C’est son avocate qui répond. Elle présente Transcendres : un petit sac plastique rempli de cendres soi-disant du tableau de Nabe brûlé, « une œuvre d’art à part entière  appelée à être vendue sur différents formats »… Et qui s’est faite en deux temps. Argumentaire frauduleux qui se voit démonté par la juge lorsque celle-ci fait remarquer à Salim qu’il n’en a étrangement diffusé que la partie où il brûle le tableau, argument sur lequel il ne trouve qu’à bégayer.
     Nabe d’éclater de rire lorsque Salim dit que Transcendres va être exposée. Où ? Ça, il n’en sait rien encore… Dans ses chiottes sans doute…
     C’est ça l’alibi de Laïbi ? Transcendres pour justifier le Mingus détruit ? Pauvre type… Concernant le droit moral de l’artiste sur son œuvre (c’est-à-dire de Nabe sur son tableau offert à Salim), Maître Haoulia ose clamer que c’est la rupture entre Salim et Nabe qui a rendu impossible la demande d’autorisation de crâmer l’œuvre, généreusement offerte, dans une petite cour minable à Marseille. Ce geste était comme « la fin d’une amitié », un passage obligé « pour faire renaître de ses cendres le Phœnix (?) ».
     Elle ose affirmer aussi que Nabe voulait récupérer le tableau pour le vendre mais qu’il n’aurait pas pu car il était dédicacé. L’assesseur dit : « Ça existe les repentirs ! »
     — Mais ça l’aurait dégradée ! dit l’avocate.
     Nabe répond alors : « C’est toujours mieux que de la détruire ! »

     Salim utilise ensuite le cas de la couverture du Chronic’Art d’avril 2010 où l’on voit Nabe, espiègle, en train de brûler un livre de Sollers chez Gallimard, briquet à la main. Un juge rappelle très simplement qu’il s’agissait là d’une copie, ce qui n’a rien à voir avec un tableau original, il revient toujours à l’artiste de donner l’autorisation d’une possible destruction de son œuvre. Autorisation d’aileurs jamais demandée par Salim.
     Nabe ne parle toujours pas. Le public est lui aussi silencieux…
     Mais on voit bien que Salim fuit la thématique du tableau brûlé. Il n’est pas là pour ça (alors qu’il n’est là que pour ça), il est là pour dénoncer Nabe, le monstre pro-terrorisme ! Même un Blanc anti-arabe de base n’oserait pas faire preuve d’une si grande mauvaise fois de lèche-cul de la République à des fins de vengeance personnelle…
     « Là vous le voyez ce monsieur respectable, très bien habillé, mais il écrit des choses qui sont hyperviolentes, hyperviolentes ! »
     Et le voilà répéter encore et encore, comme un gros perroquet déplumé enroué, ce qu’il a déjà dit et écrit cent fois sur son blog Le Libre Penseur et dans ses minables Caca’s de Nabe : à savoir que si Nabe n’a aucun ennui en publiant ses « immondices pour se faire de l’argent », c’est qu’il est protégé. Il aura même l’audace de poser la question d’une hypothétique protection d’État envers Nabe ! Le docteur débile est décidement envasé jusqu’au double menton dans son univers secret américain…
     Salim veut également faire peur en faisant semblant d’avoir peur : il dit à la barre craindre une descente de nabiens salafistes qui mettraient en danger les « clients » et la « secrétaire » de son cabinet dentaire rue Labro à Marseille.
     « Je ne suis pas tout seul, ça peut sulfater dans mon cabinet »… La juge, logique, et ironique, dit à l’accusé : « De toute façon, si c’était le cas, il y aurait de forts soupçons sur monsieur Nabe… »

La parole est à l’attaque (molle)

     C’est alors au tour de l’avocate de Nabe, Anne-Charlotte Plèche, de recadrer les débats. Elle mentionne que Salim dénigre les œuvres de Nabe dans ses Naboscopies, arguant qu’il est facile de faire la même chose, et comparant ses sales contrefaçons aux œuvres originales avant de leur donner un prix moqueur. Plèche souligne aussi que l’approche satirique de la destruction est exclue, étant donné l’absence d’objectif humoristique ou parodique : les paroles des Naboscopies démontrent clairement l’intention acharnée et pathologique de nuire à Nabe. L’avocate remarque que l’acharnement avec lequel Salim efface la signature du tableau dans la vidéo plaide en faveur de la sourde vengeance.
     Mais le clou de son réquisitoire est de comparer l’acte de Laïbi à celui d’un autodafé digne des plus véhéments SS envers l’art dit « dégénéré » (dont faisaient partie Picasso et Chagall) dans les années 30 en Allemagne, ajoutant que le prévenu avait déjà évoqué dans ses vidéos « la vertu purificatrice du feu », revendiquant la mutilation et la destruction du tableau. Il s’agit sans équivoque d’un geste inadmissible et répréhensible. Voilà pourquoi les sommes demandées en réparation sont importantes.

La parole est à la défense (dure)

     Vient le tour de Naïma Haoulia de plaider pour son gras chouchou à qui il ne manque que la chicha tant il est vautré comme un porc sur son banc d’infamie, à l’ombre de sa valise, sa gourde-biberon dans une main et, dans l’autre, les Patience de Marc-Edouard Nabe droit comme un « i », lui, dans son beau costume bleu nuit, sur son banc de gloire !
     Trop déchaînée contre «  M. Nabe » pour être tout à fait honnête sur ses réels sentiments, la Naïma Haoulia ! Elle souligne d’abord l’influence de Nabe sur Laïbi, elle refait le coup de l’œuvre de Laïbi, l’artiste contemporain, son paquet de cendres, dont elle fait passer une photo aux ricanements de Nabe.

     Elle aussi (elle a eu des instructions) revient sur les numéros de Patience qu’elle montre l’air scandalisé.
     Puis, pour justifier que son client s’est senti le droit de pirater les œuvres de Nabe, elle lit ensuite un extrait des Porcs pour essayer de planter Nabe sur sa tendance à passer outre les droits d’auteur en théorie dans ses livres, mais pas dans la réalité quand il s’agit de Laïbi… Elle a mal (ou pas du tout) lu L’Homme qui arrêta d’écrire surtout…

Le mot « Enculer » ne sort pas

     Salim, lui, feuillette Patience 3 sur son banc, dans son coin, comme un gros boutonneux de 14 ans et demi qui regarde le Penthouse de son papa en cachette, jusqu’au point de se faire maternellement surprendre et sermoner comme un sale gamin par la juge d’un « ça vous intéresse ? » Il arrête sa lecture, grondé, et fait mine d’écouter le plaidoyer de son avocate.
     L’argument nazi, ayant visiblement touché Salim au vif, ce dernier, qui se qualifie sans sourciller de honte d’ « éditeur », se lève et brandit Patience 3 en expliquant à l’envers la couverture atroce, et avec pour tout commentaire : « C’est qui le nazi, je ne sais pas. » Et de surenchérir : « Franchement, nazi… Il suffit de voir mes origines. »
     Il va même jusqu’à instrumentaliser Céline, dans sa lettre à Paraz, et tenter de le faire passer pour un conspirationniste, comme lui… Comme si le méchant Kabyle avait la moindre chose en commun avec le génial flamand !
     Diligente, Maître Haoulia fonce dans la voie, déjà bien ouverte d’une diabolisation de l’accusateur pour minimiser les dégâts de son client. Elle montre la photo du Nabes New’s n°5 montrant Salim et Blanrue en porcs dans la boue « en train de… comment dire, en train de s’… » Haoulia n’arrive pas à prononcer l’acte-blasphème, et Nabe, se retournant, amusé depuis son banc par l’hésitation gênée de l’Algérienne sexy, mouline espiègle de l’index en sa direction comme pour faire apparaître de sa bouche le mot magique qui ne viendra finalement pas.
     Elle fait même mine de se fâcher sur Nabe (« Je ne vous ai pas interrompu, merci de ne pas interrompre ma plaidoirie ») pour ce geste des plus sympathiques et replonge la tête dans ses notes, ayant été quelque peu perturbée par l’intervention maïeutique de Nabe !

La Vérité à la mèche d’argent

     Se lève alors la procureure de la République, à droite de la Cour, jeune quinqua aux cheveux courts et à la mèche argentée. Elle aussi rabroue directement le détournement de fond de Salim en précisant que son réquisitoire portera « uniquement sur la contrefaçon et la destruction du tableau » car selon elle « on déborde sur d’autres éléments, et la discussion porte en fait sur le motif de la destruction ». Elle tranche : avoir utilisé les cendres de Mingus pour une soit-disant nouvelle œuvre est un « argument artificiel, spécieux » et donc « irrecevable ». Elle veut que cela soit clair : « Ce n’est pas sa création qui est en cause mais la destruction » ; « Il a diffusé le tableau et sa destruction sans autorisation » et surtout « le but informatif ne peut faire échapper à la répression », dit-elle encore avec justesse et diligence. Pour répondre à Laïbi qui disait qu’il fallait que ce soit les vraies cendres de Mingus-Tableau pour construire son « Œuvre » à lui, la Proc’ fait la métaphore de la couleur rouge qu’à ce compte un artiste devrait aller chercher directement dans le sang d’une potentielle victime, pour obtenir la bonne couleur !
     N’est pas recevable non plus l’excuse de la provocation, selon la règle infantile qui veut que « s’il le fait, alors moi aussi », permanente dans les agissements, qu’il croit symétriques, de ce copieur de bas-étage complexé.  Bien qu’il déclare avoir agi en tant que « lanceur d’alertes » (encore ?), la procureure estime que « même les organes de presse ont des limites ». Elle pose même la question pertinente de savoir « quelle nécessité à un lanceur d’alerte de brûler un tableau ». « A force de tout mélanger, M Laïbi a été amené à franchir les limites » et la procureure argentée réclame donc pour l’État 10.000€ avec sursis contre Salim Laïbi. Peine légère pour un malfrat aussi têtu !

Nuire à Nabe

     Cela fait maintenant presque deux heures que l’audience a commencé et Nabe ne dit toujours rien. 

De toute façon, la dernière parole est toujours à l’accusé. Retour de Salim à la barre qui recommence son laïus anti-terroriste à coups de Patience brandis et demande tout haut « comment se fait-il que Nabe soit toujours en liberté, je ne comprends pas ». Salim veut absolument voir Nabe incarcéré, lui l’escroc notoire doublé d’un délateur infatigable. C’est son  obsession depuis trois, quatre ans, à coups de dénonciations à Pharos, le site de vigilance contre le terrorisme et autres articles sur LLP. org. La juge, exaspérée devant ses ridicules petites insinuations, décide alors d’en finir avec le docteur divaguant qu’elle surplombe depuis son pupitre en lui posant cette question méprisante en forme de colle, comme une prof à son cancre :
     — Pour vous, l’avenir c’est quoi ?
    — P…Pardon ?, balbutie un Salim étonné, toujours accroché à la barre comme à un bastingage de bateau en plein naufrage, changeant même de pied d’appui pour mieux soutenir le choc, n’en revenant pas au fond de se faire houspiller comme un vulgaire petit délinquant de la Seine Saint-Denis.
     

La juge réitère alors professoralement son mépris envers le docteur désobligeant avec plus de concision : « Pour vous, l’avenir, c’est quoi ? »
 Salim avait donc bien entendu : on se fout de sa gueule. Plutôt que de baisser les yeux, abattu, de prendre sa valise en carton et, enfin de quitter les lieux, il répond vaguement, en autiste ingrat, par les mêmes inepties daesho-conspirationnistes que depuis le début de l’audience : il n’est qu’un brave citoyen français qui essaie de protéger jusqu’au devant de l’appareil justicier français (rires) les jeunes Arabes des œuvres néfastes de Marc-Edouard Nabe !… La juge n’écoute plus.
     Salim Laïbi dira même cette phrase marmonnée : «  Si on me dit que ce n’est pas légal et qu’il faut que j’arrête, j’arrête… » Tu parles ! Un mensonge de plus !
     Nuire à Nabe (au lieu de le subir selon l’excellente formule restée célèbre de Bruno Deniel-Laurent) est devenu le sens de sa vie… Laïbi n’arrêra jamais d’en vouloir à Nabe sinon il en mourrait, et en même temps, il en mourra de ne pas avoir arrêté.

Sourire final

     Ainsi finit cette audience grotesque qui aura vu le complotiste marseillais s’enfoncer encore un peu plus dans sa folie. Nabe n’aura finalement pas prononcé beaucoup d’autres mots en dehors du non moindre de ceux-ci (« Non »). Salim range son barda fait de paperasses et de Patience dans sa petite valise-roulotte, cache sa gourde de scout du complot, et sort, tout petit, par la grande porte de la 31 e Chambre.
     Tout le monde se retrouve à nouveau dans l’obscur hall du TGI. Les amis de Nabe scrutent les bougres de Salim. Ceux-ci s’éparpillent vite.
     Laïbi, lui, toujours aussi inquiet et apparemment pas du tout rassuré de sa prestation, discute avec Maître Haoulia, qui déjà a enlevé sa robe.
     Au fait, Laïbi a-t-il seulement remarqué qu’avant de quitter la salle d’une démarche féline, Naïma a lancé un superbe sourire à Marc-Edouard ? À coup sûr, non.

Julien le Belge