lundi 2 septembre 2019
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Le Menteur d’Orléans, roman

Plus on connaîtra l’affaire Moix dans les moindres détails, moins cette petite crapule sera libre de mentir.

Fin juillet 2019, dans une vidéo publiée sur le compte YouTube des éditions Hachette (maison-mère de Grasset), Moix parle d’Orléans sans aucune distance entre le Moix du roman et le Moix que l’on voit parler de Moix… « Dans la famille, j’étais humilié par les parents. À l’école, j’ai souvent été humilié par les filles par exemple. Donc c’est un roman d’humiliation comme il y a des romans d’initiation. […] J’ai laissé faire ma nature, c’est-à-dire que je ne me suis forcé à rien, les dates et les événements ont surgi tout seuls du passé. Ils se sont actualisés à mesure que j’écrivais, et je n’ai fait quasiment aucun effort pour me concentrer sur les souvenirs ». On n’est donc plus dans le roman, mais dans le livre de souvenirs. Intéressant… Encore une fois, Moix allait pathétiquement dérouler le récit de son enfance orléanaise, avec papa qui tape, maman qui crie et frérot qui n’existe pas.

     Puis, le 10 août, sur le site de la La Règle du Jeu, la revue de Bernard-Henri Lévy, Laurent-David Samama, un larbin-copain du groupe, tombait dans le piège de Moix en faisant un article d’éloge d’Orléans :

     Ainsi, Samama prend le roman pour un récit autobiographique, un témoignage comme ceux que collectait Claude Lanzmann quand il réalisait Shoah ?… Lanzmann, approbateur (hélas décédé) de Nabe sur la question de la vérité en art, doit se retourner dans sa tombe ! Croyant appuyer sa propre sincérité, Samama précise : « Yann Moix, que je côtoie depuis dix ans déjà, est un être complexe. » Mais c’est l’effet inverse qui apparaît : celui d’un article de complaisance publié sur le site de la revue du parrain de l’édition, ou du moins qui est perçu comme tel par ceux qui veulent faire carrière plutôt que d’avoir du talent : Bernard-Henri Lévy.
     Le 18 août 2019, Moix a été invité dans le quart d’heure d’interview-confession-intimiste-émotionnelle-cucul-la-praline de Sept à Huit, diffusé sur TF1 le 18 août 2019, et introuvable sur Youtube et Dailymotion. Voici donc la retranscription intégrale, pour qu’on comprenne bien la perversité d’un Yann Moix…

L’interview de Moix à Sept à huit

Yann Moix : Le fait de faire tomber un yaourt par terre pouvait me faire passer une nuit dehors. Le fait de faire peur…
Stéphanie Davoigneau : À quel âge ?
Y. M. : Je sais pas… Six ans, cinq ans, six ans… Faire une bêtise, par exemple, j’avais été sonner chez tous les voisins, à la sonnette de tous les voisins dans mon immeuble. Ça, c’était des sanctions, puni par exemple par des coups de fil électrique, des rallonges électriques.
Ça, c’est la chose que j’ai le plus reçue, ce sont des coups de rallonge électrique. J’étais en pyjama en général que je les recevais. C’est une chose assez spéciale. C’est-à-dire qu’au moment où vous recevez le coup, vous ne sentez strictement rien. Rien du tout ! Pendant deux secondes. Et ensuite, au bout de deux-trois secondes, il y a comme une sorte de fraîcheur intense, comme si vous étiez recouvert de menthe. Et ensuite, ça brûle. Ça brûle très très longtemps. Ça brûle, ça reste quoi, ça imprègne.
C’était des choses qui étaient toujours dans la disproportion. Ma mère me poursuivait dans la cuisine avec des couteaux de boucher, par exemple.
S. D. : Pourquoi ?
Y. M. : Ça, je ne peux pas vous le dire.
S. D. : En vous disant quoi ?
Y. M. : « Je vais te tuer », « Le plus beau jour sera quand je serai devant ta tombe », « Mon plus beau rêve est ton décès », « Vivement que tu meurs », etc., etc. Et j’ai gardé pendant, jusqu’à l’âge de 36-37 ans la particularité bizarre qu’à chaque fois que quelqu’un faisait un mouvement brusque à côté de moi, j’essayais toujours de me protéger le visage avec les bras et les coudes. C’est un réflexe que j’ai gardé jusqu’à très très tard.
S. D. : Vous savez aujourd’hui où cette violence a trouvé son origine ? Enfin… Est-ce que vous avez compris d’où venait cette violence ?
Y. M. : Oui, je pense que mon père lui-même avait dû subir des violences qu’il a répétées. Ce qui n’est pas du tout le cas de ma mère. Ma mère était un peu… comme une collabo. C’est-à-dire qu’elle informait régulièrement la Kommandantur des exactions que je pouvais commettre, et comme c’était toujours très amplifié, ça j’ai souvenir qu’une erreur, une faute, une bêtise que je faisais, était au téléphone amplifiée jusqu’à ce que l’autorité paternelle devienne fou de colère de la bêtise commise. Et quand j’entendais le bruit du portail et les phares de la voiture clignoter derrière les volets, j’attendais d’être débarrassé de l’obligatoire correction que j’allais recevoir.
Et puis, il y a des choses plus étranges. C’est des raclées sans la moindre raison. Vous êtes au petit déjeuner, tranquillement, et là, au petit déjeuner, on renverse toute la table et vous vous faites cogner comme un cambrioleur, à coups de pied, de poing. Vous venez de vous faire casser la gueule et vous êtes en interro de maths, à faire des trucs sur les espaces vectoriels, les mains tremblantes, et point. Point.
S. D. : Dans cet inventaire, qui semble ne plus finir, il y a ce que je considère être un climax, c’est votre père qui a une forme de scatologie quand même.
Y. M. : Y a une punition par l’excrément, oui, qui, à mon avis, doit venir du fait que lui-même devait se considérer, excusez-moi d’être aussi prosaïque, comme de la merde, et donc sa descendance doit être considérée, à mon avis, comme souillable, et comme souillée. Il est vrai qu’à l’âge de quinze-seize ans, quand je rentrais chez moi… Quinze-seize ans, j’étais quand même en quatrième-troisième, j’avais des bonnes notes, je lisais beaucoup, je commençais à être un peu un intellectuel. Eh bien, l’intellectuel qui vous parle se vidait complètement de sa matière en rentrant chez lui. Il fallait bien que je trouve une solution pour, comment dire, dissimuler mon méfait. Donc j’ai essayé de trouver des cachettes, et mes cachettes étaient toujours trouvées et là, je me faisais refrapper ou rehumilier. J’étais barbouillé avec mes excréments, avec mes, comme dire… mes caleçons, quoi. Totalement barbouillé, ou bien, et ça je le dis dans le livre, ou bien un soir j’ai retrouvé dans mon assiette mes excréments, en fait, un soir où une jeune fille qui me plaisait était invitée avec ses parents.
S. D. : Et personne ne réagit autour de la table ?
Y. M. : Non, pas plus que ça, non. Pas plus que ça. Dans mon souvenir, il y a eu un moment peut-être d’étonnement, de gêne, et puis la soirée a continué. C’est pas des gens qui se sont dits « On voit plus jamais ces malades ! »
S. D. : Personne, à un moment, n’a compris la maltraitance dont vous faisiez l’objet ?
Y. M. : Non, tout le monde était dans le déni le plus total. Mais parce que la situation, je crois, était considérée comme étant la norme. Avec une époque très étrange, celle des années 70, où lorsque vous allez à la piscine, par exemple, et que votre dos est lacéré, les profs, les maîtres, le voient. Et personne ne dit rien. J’ai souvenir notamment d’une professeure de mathématique. Elle passe près de moi, j’avais le visage tuméfié, parce qu’on devait faire signer les copies de maths par les parents. « Ah, ça s’est pas bien passé, hier », enfin, elle faisait allusion au fait que la note que j’avais eue m’avait fait avoir ce visage tuméfié, et tout allait bien.
S. D. : Vous avez rompu aujourd’hui avec vos parents ?
Y. M. : Ah oui, bien sûr, bien sûr. J’ai arrêté de les voir parce que je me suis aperçu qu’à chaque fois que j’allais les voir, accompagné de ma petite amie du moment, je me séparais de la petite amie quelques jours ou quelques semaines plus tard. C’est-à-dire qu’en allant sur le chemin, j’étais pas sympathique, là-bas j’étais méchant, et en revenant, en général, j’étais quitté. Il se passait là-bas quelque chose où j’étais méchant. Très très méchant. Dans les mots, je précise. Dans les mots et effectivement, là-bas, c’était un réacteur à… toutes les particules étaient encore en place.
S. D. : Vous dites que lors des ruptures, vous souhaitez à chaque fois la mort de vos parents, parce que vous les tenez responsables.
Y. M. : Oui, parce que je pense qu’à chaque fois que je me fais quitter, c’est de leur faute. J’ai remarqué que la position physique que je choisissais quand j’étais en état de rupture sentimentale était la même que celle qui suivait les coups de fil électrique, de rallonge de fil électrique. C’est une position physique, par terre, recroquevillé, avec les mêmes hurlements, les mêmes pleurs, les mêmes hurlements, c’est exactement la même chose.
S. D. : Vous hurlez ?
Y. M. : Oui, je hurle. Et longtemps, longtemps, longtemps, la rupture était la seule manière que j’avais trouvée pour me martyriser moi-même. J’aurais pu me scarifier, je ne l’ai pas fait.
S. D. : Vous droguer ?
Y. M. : Me droguer, je l’ai jamais fait. J’aurais pu tomber dans l’alcool, je ne l’ai pas fait. Je suis tombé dans la rupture sentimentale, si vous voulez. Ma manière de me martyriser est celle-là. Et j’ai mis très très longtemps, jusqu’à l’âge près de 40 ans, en commençant une analyse, à comprendre que tout ce que j’avais vécu n’était pas normal. Ça m’a pris quarante ans quand même.
S. D. : Qu’est-ce que ça a détruit chez vous ?
Y. M. : Tout. Ça a absolument tout détruit. Vous allez peut-être pas le croire, mais c’est la dévaluation perpétuelle et intellectuelle.
S. D. : Oui, on a du mal à vous croire, parce que vous avez une image plutôt d’arrogance même.
Y. M. : Je n’ai aucune estime de moi. Zéro ! À chaque fois que je vais quelque part, je pense être la personne à la fois la plus laide et la moins intelligente de l’endroit où je me trouve.
S. D. : Et les succès, les prix, la reconnaissance, les ventes ?
Y. M. : Ça ne prend pas, en fait.
S. D. : Ils ne font rien ?
Y. M. : Ça n’imprime pas.
S. D. : Vous avez retourné la violence que vous avez reçue à un moment contre d’autres ?
Y. M. : Non, contre moi. C’est-à-dire qu’il m’est arrivé par exemple, lors de scènes de ménage par exemple, il m’est arrivé d’avoir voulu gifler la femme avec qui j’étais. Eh bien, je me suis moi-même couvert de gifles. C’est moi qui me frappe. Je me fous des gifles. Voilà, c’est moi que je frappe, ça se retourne contre moi.
S. D. : Vous faites un lien entre une certaine forme d’agressivité que vous pouvez avoir, notamment en télé, et les coups que vous avez reçus ?
Y. M. : Il est possible qu’effectivement, ça ressorte à ce moment-là. C’est une hypothèse tout à fait plausible. Je sais que je suis quelqu’un à fleur de peau, qui peut être très agressif. En fait, je suis caractériel. Caractériel. C’est-à-dire qu’un moindre petit truc et je m’en vais, ou je provoque un scandale, sur n’importe quoi.
S. D. : Est-ce que vos provocations, c’est pas une manière aussi finalement de recevoir des coups, d’être détesté ?
Y. M. : C’est tout à fait possible.
S. D. : Vous imaginez que vos parents lisent votre livre ?
Y. M. : Ah, c’est bien possible, c’est bien possible. Mais vous savez, mes parents, quand j’ai eu le prix Goncourt…
S. D. : Vous l’avez écrit pour ça ? Pour qu’ils le lisent ?
Y. M. : Non ! Non, non, non, non, non, non ! Pas du tout ! Mais vous savez, ils m’ont toujours interdit d’écrire, ils ont toujours déchiré, sabordé, brûlé tous mes manuscrits, mes bandes dessinées, mes pièces de théâtre depuis toujours. C’était un crime ! Écrire, c’était un crime. Et je vois, le jour du Goncourt du premier roman, remis à Blois, mes parents hilares dans la salle, venant recevoir finalement des lauriers d’un type dont tout d’un coup ils ont été extrêmement fiers et faire dans le révisionnisme le plus total, en considérant que j’avais toujours été, à la Sartre, dans Les Mots, le petit génie qu’on avait encouragé à être publié un jour, alors qu’en fait, c’était le résultat précis de tout ce qu’ils m’avaient empêché de faire depuis que j’étais sur terre : écrire.
S. D. : À aucun moment, ils n’ont verbalisé la violence et la maltraitance qu’ils vous ont fait subir ? Vous avez réussi à parler de ça avec eux ?
Y. M. : J’ai tenté à plusieurs reprises. Déni total. C’est comme si le foyer familial, parfois, était une sorte de trou noir, qui aspire toute la lumière, toute l’intelligence, toute la logique, toute l’éducation, toute la civilisation, et que ces mêmes personnes, une fois sorties de chez elles, à la fois les enfants battus et les parents qui battent, reprennent une vie normale, mais ils sont peut-être, je dis pas pour ça excuser quiconque bien sûr, mais c’est comme un aveuglement. Comme si à l’intérieur, on ne voyait pas ce qu’on faisait.
S. D. : Vous, vous avez envie, à un moment, d’accorder votre pardon aux parents ?
Y. M. : Non, mais ça n’a aucun sens, en fait !
S. D. : Ça n’a aucun sens ?
Y. M. : Je considère qu’ils n’existent plus, j’en suis plus là, en fait, ça m’intéresse plus tellement… Je souhaite pas leur mort, étant donné qu’ils n’existent plus ! Ils vivent dans un livre, à la seule condition que le lecteur puisse se faire frapper par eux. Que ce soit maintenant le lecteur qui se fasse frapper, et plus moi. Je passe le relais si vous voulez. C’est pas très sympathique, mais le lecteur, lui, peut refermer le livre, il peut arrêter à tout moment.
Je voudrais pas avoir l’impression de pleurnicher. Je suis content de faire cette émission avec vous, cette interview avec vous, parce que, à l’heure où on parle, il y a des enfants, là, à l’heure où on parle, qui viennent de se faire massacrer par leur père, alcoolique ou pas, parce que ça peut être aussi un informaticien catégorie professionnelle supérieur qui frappe son enfant.
S. D. : Votre père était kinésithérapeute.
Y. M. : On peut frapper des enfants dans tous les milieux sociaux, à tout moment. C’est vraiment, pour moi, on a tous une sorte de hiérarchie des gravités. Pour moi, la chose la plus grave sur la terre, c’est pas les guerres, c’est les violences commises sur les enfants. Sexuelles, physiques, psychologiques. Pour moi, la chose la plus grave sur la terre, c’est quand un adulte s’en prend à un enfant.

     Quel comédien ! Il arrive à reprendre son rôle de 2013, celui qui lui avait permis d’avoir le prix Renaudot pour Naissance. En 2006, dans Panthéon, il avait déjà évoqué le thème de l’enfance maltraitée, mais ça n’avait pas pris. Pas assez bon, ni pour un prix, ni pour un César… Quand il défendait son livre chez Ruquier, il faisait marrer tout le monde, y compris Guy Bedos. Évidemment qu’il n’est pas sincère, et encore moins cohérent dans son discours… Dans Sept à Huit, Moix dit que ça lui a pris 40 ans de comprendre l’anormalité de ce qu’il avait « vécu ». Pur bobard, puisqu’à 38 ans, il publiait déjà un livre où il se plaignait de son enfance, et c’était Panthéon ! Yann Moix a aujourd’hui tout ce qu’il voulait en entrant dans le monde des lettres : la reconnaissance, des prix, du réseau, du pouvoir, de l’argent, des filles… Mais il en veut plus ! Il veut le graal des graals, il veut le Goncourt ! Et pour ça, depuis 2015, il prend d’assaut la télévision, en étant chroniqueur chez Ruquier. En 2018, plutôt que d’arrêter, il va chez Ardisson, après avoir envisagé un temps d’intégrer Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna, comme un vulgaire Éric Naulleau… Il a maintenant sa propre émission sur Paris Première où il a sous son contrôle des « invités permanents » comme Arnaud Viviant, Marc Weitzmann, Patrick Klugman, Dominique Sopo ou Eliette Abecassis ! En stratège, il occupe à présent la rentrée littéraire avec un livre sur ses malheurs, pour faire pleurer dans les serviettes de Drouant…
     Moix reprend la posture de l’écrivain détruit, en espérant que la grande famille (au sens de mafia, bien sûr) des lettres ait pitié de lui et lui donne le Goncourt. C’est tout ce qu’il lui manque. Il en serait tellement ravi ! Au point de fêter la remise avec ses parents ? Qu’est-ce qu’il en rajoute, Moix… À la moindre bêtise, il se faisait corriger à la rallonge électrique ? Ses parents détruisaient ses « œuvres » ? Ce ne serait pas plutôt la découverte de Marc-Édouard Nabe, le 15 février 1985, qui a électrocuté le jeune puceau d’Orléans, foudroyé par le talent de son frère aîné rêvé (qu’il nie autant que son cadet réel), au point de perdre la raison qui lui aurait dicté de ne pas se mesurer à lui, au lieu d’essayer de le copier aussi bêtement… À propos de feu, Moix aurait sans doute apprécié que ses parents détruisent toutes ses œuvres, ça lui aurait certainement évité d’être dans la merde trente ans plus tard, mais ne brûlons pas les étapes si vite…
     L’interview a davantage l’air d’être celle d’un grand traumatisé qui témoigne de sa vie que d’un artiste qui défend son œuvre. Il n’a aucune distance, aucun décalage. Le Moix « vivant » et le Moix de papier sont un seul et même Moix. Il veut être plaint comme étant la victime de sévices qu’il raconte lui-même dans un roman ! Aussi, Moix déclare, pensant trouver là l’épigraphe parfaite d’une biographie sur lui, que les violences sur les enfants sont plus graves que les guerres. Mais n’est-ce pas lui qui a publié en 2009 Cinquante ans dans la vie de Michael Jackson, livre dans lequel il disculpait le chanteur de tout acte de pédophilie, envers et contre toutes les preuves l’accablant (ça lui fait un point commun avec Salim Laïbi…). Moix avait trouvé l’excuse ultime, et forcément stupide venant de lui : Jackson ne peut pas être pédo, puisqu’il n’a jamais été adulte… Et il l’a même répété en tant que chroniqueur de Thierry Ardisson, dans Les terriens du samedi, le 9 mars dernier, au moment de la sortie du doc Leaving Neverland : « c’est ne rien comprendre à Michael Jackson, car Michael Jackson était un enfant. Or, un enfant ça ne couche pas avec les autres enfants. Un enfant ça ne couche qu’avec les adultes qui forcent les enfants à coucher avec les enfants. » Si ça se trouve, Papa Moix, c’est juste un grand enfant qui joue avec son frère, Yann…

Papa Moix montre les dents

     La sortie du livre a été fixée pour le 21 août. Les éditions Grasset en ont imprimé 27 000 exemplaires, et les premières réactions ne tardent pas à arriver, toutes positives, évidemment… Tout se passait sans accroc. C’est le 17 août, dans la République du Centre, que le petit monde parisianiste des lettres françaises a été bouleversé par un intrus, qui a tenté de déglinguer la machine médiatique : José Moix, le père du fils indigne ! Papa Moix est furax : il en a ras-le-bol que son rejeton fasse passer la famille pour des nazis ! Yann Moix croyait avoir tué ses parents, mais juste avant tirer une troisième fois, José Moix tente d’enrayer le canon. Non, Yann Moix n’est pas l’enfant battu qu’il prétend ! Bien sûr que le père veut se garder le beau rôle, celui du « dur mais juste », du colleur de claques quand il faut, mais il y a dans son témoignage des éléments qui permettent de retrouver un semblant de vérité dans la bouillie de Moix.
     José révèle aussi que depuis 2013, aucun journaliste, à part David Creff de la République du Centre et Stéphanie Davoigneau de Sept à Huit (qui a bien enterré les propos du papa), n’a contacté la famille pour avoir sa version. Que José se rassure, si aucun journaliste n’a voulu vérifier, ce n’est pas par mépris pour Papa et Maman Moix tels que dépeints par leur « fils », mais bien parce que personne ne lit Moix et que tout le monde s’en fout… Malgré toute la promo du monde, sa gueule en chroniqueur et animateur, ses films et ses documentaires ratés, Moix ne vend rien ! Non seulement il raconte n’importe quoi dans ses livres, mais en plus, ses propos deviennent un discours médiatique taillé pour compenser sa médiocrité et tenter d’être accepté par la pitié en se fantasmant quasiment en enfant juif battu, échappant de justesse à la rafle (il dit que sa mère le balance à la Kommandantur), survivant d’un génocide parental à Auschwitz-Orléans… Après Le Mensonge d’Ulysse, Le Mensonge de Moix. Moix est un négationniste et un Faurisson à l’envers : quand le faussaire de Vichy prétendait que les chambres à gaz n’ont pas existé et que le chiffre des morts juifs de la Seconde Guerre mondiale est exagéré, le révisionniste d’Orléans prétend qu’il a été martyrisé, que ses parents ont été des bourreaux et que son frère n’existe pas. L’un minore, l’autre exagère, aucun des deux n’est dans le vrai. Il fallait le témoignage de José Moix pour confirmer une certitude : Yann Moix n’est qu’une parodie d’écrivain…

     Que diable José Moix allait-il faire dans cette galère médiatique ? Après avoir balancé que Yann est un faussaire, le kiné retraité s’est lancé dans un exercice de contorsion extrêmement douloureux… Le 22 août, sur le site Le Nouvel Obs (finie la presse régionale !), José Moix affirme avoir lu Orléans : « C’est un magnifique roman. Mais c’est une pure œuvre de fiction » et ajoute que son éditeur l’a classé dans la catégorie « Roman ». Il précise : « Ce sont les interviews que donne Yann et l’angle de sa promotion qui dénaturent la réalité ». Dommage qu’il ait oublié que le 23 septembre 2006, dans le second numéro d’On n’est pas couché, Moix a évoqué une « sorte de viol intellectuel », en parlant la présence de ses parents en 1994 à la remise du Goncourt du premier roman. « C’est violent quand même, ils viennent récupérer un truc qu’ils m’ont interdit de faire pendant vingt ans. » Dans la même émission, quand Ruquier demandait à Moix si ses parents avaient lu Panthéon, il a cette réponse : « Euh… oui, mais ils sont rassurés par le fait qu’il y ait marqué “roman”, en fait, parce que je les ai eus au téléphone. Ils m’ont dit “c’est un roman ? alors ça va mieux”. »
     N’oublions pas que chez Ruquier, en septembre 2013, Yann Moix se désengage de toute vérité dans son lourd roman, Naissance : « La part autobiographique n’a aucune importance. Ce qui compte dans cette histoire, c’est la perception qu’on a des choses. Si vous avez la perception d’une immense violence, d’un immense choc, ou de traumatismes perpétuels, peu importe que la réalité soit absolument adéquate. La vérité comme conformité n’est pas très intéressante. Ce qui compte, c’est le vécu, l’émotion, le ressenti. » Et six ans plus tard, il fait l’inverse en ne parlant que de souvenirs et non plus de roman…
     Tout Moix en trois phrases : il se permet de raconter n’importe quoi, sous prétexte de publier un roman. La vérité, le mensonge, et surtout la demi-vérité, sont maniées imprudemment par lui. Il va même aggraver son cas en ajoutant le cas de Primo Lévi à son mille feuille indigeste. Moix explique que Lévi a écrit de la science fiction avant d’attaquer son livre sur son expérience dans les camps. Toute l’explication de l’écriture fictionnelle (et mensongère) pour arriver à raconter le vrai de la déportation, déjà grotesque sur le plan logique (pourquoi s’exercer à l’écriture fausse pour arriver à écrire le vrai?), tombe complètement avec la chronologie des faits, puisque Si c’est un homme a été le premier livre de Primo Lévi, écrit dans les mois qui ont suivi sa libération (1945-1947).

Les journalistes gerbants d’indulgence

     Le 22 août, dans le site BibliObs (et le jour même dans L’Obs version papier) Jérôme Garcin, animateur du Masque et la Plume, fait un article élogieux sur Orléans, soit cinq jours après le droit de réponse de Papa Moix. Évidemment, du papa véritable, il ne dit rien, préférant reprendre le portrait à charge du fils et raconte même des scènes comme autant de faits. José Moix croyait que les journalistes sauraient faire la différence entre la vérité et la fiction, mais Garcin plonge comme un fou dans la « vérité » de Moix. Heureusement, les commentaires sous l’article ne se trompent pas…

     Garcin présente depuis 30 ans maintenant Le Masque et la Plume sur France Inter. L’émission, diffusée le dimanche, est enregistrée le jeudi. Et celle du 25 août l’a été le 22 (excusez-moi, je suis précis, moi !)… Parmi les présents, on compte Frédéric Beigbeder, Olivia de Lamberterie, Jean-Claude Raspiengeas et Nelly Kaprièlian. Garcin ouvre la séquence sur Moix par un « c’est dingue ce qu’il a subi », avant de la clore sur « Tout est vrai, me semble-t-il ». Pour Beigbeder, « c’est du brutal, je crois que c’est son meilleur livre. ». Kaprièlian ? « J’ai trouvé que c’était un très bon texte, c’est un des meilleurs Moix. » De Lamberterie déclare que « c’est un très beau livre, je pense que c’est un roman et non pas un récit, grâce à sa construction et grâce à sa langue », tout en racontant une anecdote : « La maîtresse à qui on amène l’enfant en pyjama pour l’humilier, qui ne dit rien. L’enfant, il y a un dîner, il a une telle mauvaise note qu’il fait dans sa culotte, et au dîner à table, on va lui servir ses excréments dans une assiette, devant les invités, qui ne disent rien. C’est absolument sidérant ! ». Et de conclure par un « C’est vertigineux comme livre ! ». Enfin, pour  Raspiengeas : Moix « a affaire à la haine, à la bestialité et à la volonté de le détruire. »
     Pourquoi tant d’éloges ? Parce que tout horrible soit-il, Yann Moix est ancré dans le système médiatico-éditorial, par ses émissions où il est ou chroniqueur, donc craint, ou animateur, donc dominant, en tout cas. Ce n’est pas Beigbeder qui va attaquer son collègue de chez Grasset, ni Jérôme Garcin, qui publie des romans chez Gallimard, qui va se fâcher avec Moix. Invité chez Ruquier le 31 octobre 2015 pour son roman, Le Voyant, Garcin avait été très bien accueilli par Moix. In the pocket, le critique ! Donc, pas un mot sur ce que le papa a dit du fiston, ni en positif, ni en négatif. Ça n’existe pas, ça n’a jamais existé ! Tout le monde marche au navet de Moix, puissant carburant pour foncer tout droit dans le mensonge ! Cirage de pompe pour Yann Wax
     Moix a compris que le compassionnel, ça ne fait pas de bons livres, mais ça fait taire les critiques. Difficile de corriger un enfant déjà battu. On confond trop vite le texte et le fond du récit. Eric Naulleau, du temps où il était « méchant » chez Ruquier, avait vertement critiqué le livre de Laurence Boccolini, où elle racontait comment une animatrice de télévision obèse se « battait » pour « avoir » un enfant. Le plan sur les larmes de Boccolini avait été ravageur pour Naulleau : il n’était plus critique d’un livre, mais d’un bébé absent qui voulait crier « je suis un nouveau-né, sortez-moi de là ! ». Moix  n’a pas le talent de faire des grands livres, les portes de la postérité lui sont fermées. Dans cinquante ans, on ne lira plus Yann Moix. On trouvera des premières éditions en s’en foutant totalement. Il sera vendu par lot dans les marchés aux puces. Moix écrit pour maintenant, c’est-à-dire pour les critiques, donc pour rien. Il veut être célébré et avoir des prix, et surtout le prix Goncourt. Il veut qu’on voit sa gueule à la télé pour mieux être reconnu dans la rue. Il n’en a rien à foutre de construire une œuvre, sinon à quoi bon perdre du temps à parler du livre des autres ? Il vide tout l’intérêt de ses livres en en faisant des films ou des documentaires.

Alexandre Moix, le frère caché par Yann

     La lettre ouverte d’Alexandre Moix, publiée le 25 août dans Le Parisien est très réussie mais comment, après tout ce qu’il a enduré de la part de son aîné, Alex’ a pu l’épargner pendant toutes ses années de montée en puissance médiatique ? Pourquoi la publier maintenant, je veux dire « que » maintenant ? Il aurait fallu lui foutre ça dans la gueule avant ! Mais enfin, il l’a fait et on le félicite pour cela. C’était couillu mais couru : lorsque Alexandre a eu le courage de dire la vérité sur son frère, dans l’ombre duquel il crevait, Yann s’est trahi en le traitant de « balance » et en pratiquant l’inversion accusatoire : « Il a toujours tout raté, a toujours souhaité être moi. Il recopiait mes dissertations, tapissait sa chambre des mêmes affiches que moi, a fait un film intitulé Ultimatum sur les sosies après que j’ai fait Podium, a créé des sites Internet pour me nuire, s’est fait passer pour des femmes pour me parler sur Internet. » la lettre d’Alexandre a dû rendre Yann tellement dingue qu’il se plante dans le nom du film : Ultimatum n’existe pas, c’est Curriculum, un court métrage, qu’Alex Moix a créé en 2007. On dirait que Yann veut partager avec son frère son besoin maladif de copier une personnalité pour être quelqu’un. C’est d’autant plus tragique que dans Podium, de l’aveu même de Yann Moix, Benoît Poelvoorde joue son propre rôle et Marc-Édouard Nabe est Claude François ! Quand on lit la citation de Moix, on se dit que Marc-Édouard Nabe pourrait dire la même chose…

Les vrais faux amis à la rescousse

     On a alors tout vu, dans le défilé des défenseurs de Moix ! Le soir de la publication de la tribune d’Alexandre Moix (25 août) , Caroline Mangez, rédac’ chef actu de Paris-Match, publie sur le site de l’hebdo le témoignage anonyme de deux amis de Yann. Le premier, « S. », architecte, s’en prend au récit d’Alexandre, et défend Orléans, tout en mélangeant dans son récit les choses vécues et les choses racontées par Yann Moix. Le second, « Cyril », veut rendre service au parrain de son fils en affirmant : « C’est un roman, c’est écrit sur la couverture et pas un récit autobiographique ». Assertion immédiatement contredite par la phrase suivante : « En le lisant, j’ai découvert cet épisode où son père l’abandonne la nuit dans les bois. Mais tout le reste, je le savais ». Bon, c’est autobiographique ou pas ? C’est un récit vrai ou un roman ? Ils racontent le bouquin comme s’ils l’avaient vécu avec Moix. Et quelle mémoire ! Des souvenirs d’enfant de CM2 racontés à l’âge de la prostate ! Caroline Mangez a l’air sûre d’elle, et agit en militante pro-Moix, puisqu’elle répond d’elle-même sur Twitter aux messages publiés par d’autres sur l’« affaire ». Tout est exploité dans le sens de la démonstration de la véracité du contenu du roman de Moix. Jusqu’à des extraits des Porcs qu’elle détourne sur Twitter pour confirmer le récit d’Orléans !

L’ex au chevet du pauvre antisémite repenti

     Le lendemain 26 août, c’est au tour de Marie-Pierre Lamouroux, l’ex de Moix ! Marie-Pierre (le prénom de la première femme de Michel Houellebecq, comme par « hasard »…) a été la compagne de Moix entre 2013 et 2016, et a eu accès à un journal national pour faire une mise au point. Dans sa lettre publiée le 26 août, elle prend au sérieux le livre et dit avoir « pleuré en lisant Orléans ». Que de sensiblerie ! Elle révèle aussi que quand ils se sont maqués, le macaque n’avait plus de contact avec sa famille, donc Lamouroux n’a jamais eu le moindre échange avec les autres Moix. Elle n’avait que le récit larmoyant de Yann, qui l’avait sans doute séduite de cette façon… José disait bien que du jour au lendemain, en 2013, alors qu’il faisait des travaux à l’œil dans l’appartement parisien qu’il avait payé à son fils, il avait trouvé porte définitivement close. C’était à la sortie de Naissance, et Yann Moix voulait certainement éviter que sa famille l’empêche de rafler le Renaudot… Lamouroux explique que si la famille Moix parle aujourd’hui, c’est pour nuire à Yann. Elle se trompe, évidemment, puisque José Moix a bien dit qu’en 2006, à la sortie de Panthéon, la famille avait gardé le silence, malgré les descriptions outrancières de l’écrivaillon, parce que Yann lui avait signifié qu’il s’agissait d’un roman et qu’elle ne devait pas faire chier… Yann Moix mélange tout : en 2006, le roman n’est pas la vérité, mais douze ans après, ce n’est que la vérité ? Dans sa lettre de soutien à son ex’, Lamouroux affirme que Moix n’est pas violent avec les femmes… Mais ce n’est pas le sujet : on ne défend pas un violeur d’enfance par son absence de viol d’adulte ! Moix n’est pas accusé d’être un compagnon violent, mais d’avoir exagéré les sévices vécus dans son enfance et d’en faire le centre de sa stratégie éditorialo-médiatique pour obtenir le Goncourt. C’est aussi simple que ça !

Et Jérôme Dupuis vint !

     Le 26 août 2019 toujours, Jérôme Dupuis, qui avait déjà travaillé sur les écoutes de l’Élysée et le plagiat de PPDA sur Ernest Hemingway, créé le scandale. Dupuis est un des rares journalistes qui peut informer parce qu’il est informé, lui ! Pas un gratte-papier sous payé qui pisse de la copie sans vérifier, qui reprend les « informations » des autres, sans précision, ni rigueur ! La carte de presse n’est pas méritée dans 90 % des cas ! Et dire que ce sont les journalistes qui servent de sources aux articles de Wikipédia ! Trop fort, ce Dupuis ! Je l’avais vu il y a des années de ça dans une émission d’Arrêt sur images (présentée par Guy Birenbaum), où il venait raconter comment il avait procédé pour débusquer le plagiat de Patrick Poivre d’Arvor. Dupuis avait lu la biographie d’Ernest Hemingway pondue par l’ex-anchorman de TF1 et lui trouvait des similarités avec d’autres biographies de l’écrivain américain, notamment celle de Peter Griffin. Parce que Jérôme Dupuis bosse, lit, s’intéresse, se passionne : une anomalie dans le milieu journalistique où la copie du voisin est de mise (imaginez une table ronde entourée de types qui doivent reproduire exactement l’objet qu’ils ont en face d’eux et qui ne font que recopier le dessin déformé qu’ils lisent sur le feuille de leur voisin…). Dupuis a pu relever que des dizaines de pages étaient carrément piquées par PPDA à Griffin : des anecdotes similaires et des interprétations qui, une fois légèrement remaniées, devaient faire une nouvelle bio. Une fois le plagiat éventé, PPDA s’est justifié en prétendant que le livre envoyé aux journalistes (dédicacé même !) a été imprimé à partir d’un mauvais fichier (erreur de PPDF ?), qui contenait les notes de travail de PPDA. Ce qui veut dire que PPDA recopiait des passages dans ses notes, au format A4, et qu’elles ont été soigneusement mises en page, avec une couverture à la tranche parfaitement calculée pour l’épaisseur de l’ouvrage, et que personne ne s’en est offusqué, pas même l’« auteur » qui a signé ses ouvrages…
     Bref, Jérôme Dupuis, grand débusqueur, sait frapper fort, et là, sur Moix, il a fait fort !

     Dupuis tient donc là un scandale, non  en révélant, mais en confirmant, preuve à l’appui, une information que Marc-Édouard Nabe avait déjà rendue publique dans son livre, Les Porcs 1, datant de 2017 déjà ! Oui, Yann Moix a produit à 22 ans une bande dessinée révisionniste, qui s’appelait Ushoahïa, du temps où il était étudiant à Reims. Maintenant, tous les journaleux se passent des extraits des Porcs. C’est donc Jérôme Dupuis qui fait cette première recension, même modeste, du « premier chef-d’œuvre sous Emmanuel Macron » : « Bien renseigné, l’écrivain Marc-Édouard Nabe, dans un paragraphe de son livre auto-publié en 2017, Les Porcs 1, fait une brève allusion à l’existence d’Ushoahïa. » Dupuis nous en dit un peu plus : d’abord il montre la couverture (laide), ensuite il reproduit quelques extraits. Avoir avoir affirmé « Chacun sait que les camps n’ont jamais existé », Moix décrit Bernard-Henri Lévy comme un « philosophe coprophage et sodomite sioniste au nez long, dont le crâne n’a pas été rasé par les amis d’Adolf, etc. ». Il s’amuse à faire une fausse pub pour « Coca-Crema », « official drink of the Holocaust », compare Marek Halter à un « vieux père Noël rabbique et zobsédé » et déconne même sur Anne Sinclair !
     Déontologiquement, Dupuis, après ce scoop fumant, était bien obligé de donner la parole à l’intéressé…

     Quel culot, Moix rattache sa daube de post-ado au Hara-Kiri du professeur Choron et à Hitler = SS de Vuillemin et Gourio. Mais c’est complètement faux ! Il faut remettre tout dans le contexte, et surtout dans la chronologie : le dernier numéro du vrai Hara-Kiri est publié en décembre 1985 et Choron, déposant le bilan des Éditions du Square, est complètement ruiné. Yann Moix dit avoir lancé sa revue durant sa dernière année scolaire à Reims, entre septembre 1989 et juin 1990. Là aussi il se trahit… En réalité, ce que Moix a copié, ce n’est pas Hara-Kiri, qui périclitait, mais L’Idiot international , au meilleur de sa forme, où publiait, depuis mai 1989, Marc-Édouard Nabe ! Moix déclare dans Libération (28 août 2019) : « Je me moquais de myopathes, de la faim dans le monde, de l’Abbé Pierre… » Que  des sujets déjà traités dans les pamphlets de Nabe illustrés par Gébé (pourquoi dessinerait-il dans L’Idiot si Hara-Kiri, dont il était le rédacteur en chef, existait toujours ?) ! Le 1er novembre 1989, Nabe publie dans L’Idiot « Notre-Dame des Pompiers », un dialogue à hurler de rire entre l’Abbé Pierre et Lambert Wilson, qui tournait Hiver 54. Et le 13 décembre 1989, c’est « On achève bien les enfants », toujours dans L’Idiot, un pamphlet sur le Téléthon ! Ce qui est cruel, c’est que la seule chose que Yann Moix a trouvé tout seul, parce qu’ils n’existaient pas chez Nabe, c’est le négationnisme et l’antisémitisme !

 Dupuis enfonce le clou

     Avec sa « confession », Moix se croyait libéré ! Pendant s’en sortir, il s’était contenté d’« assumer les dessins », mais sûrement pas les textes. Le soir du 27 août, Dupuis enfonce le clou avec un second article qui affirme ouvertement : « Yann Moix a menti ». Bien sûr qu’il a menti ! Seulement recopier les textes ? Comment peut-on seulement recopier des textes débiles aussi mal torchés ? Évidemment que c’est lui qui les a imaginés !

     Immédiatement, dès la publication de l’article de Dupuis, Yann Moix se précipite à Libération pour passer aux aveux auprès de Laurent Joffrin, Porphyre de gauche de la complaisance…

     Le 28 août, Libération publie un numéro insensé : la Une et cinq pages pour sauver Yann Moix ! Après la bafouille de Yann Moix, Christophe Israël et Luc Le Vaillant écrivent : « Epilogue provisoire d’une polémique au centre de laquelle se trouve ce personnage controversé depuis la publication d’Orléans, son nouveau roman dans lequel il règle ses comptes avec sa famille. » C’est tout ? On rêve, c’est pas possible ! La France est habituée aux scandales plus violents, aux lynchages plus flamboyants quand il est question d’antisémitisme et de révisionnisme ! Il n’y a même pas une notule sur le site du CRIF. Même Dreuz ou Europe Israël ne disent rien, sauf à recopier les articles des autres, en étant strictement factuels (avec un révisionniste ?). À peine un tweet de la Licra, venant d’un community manager inconnu : « L’antisémitisme et le négationnisme défigurent tous ceux qui le propagent.Yann Moix s’est vautré dans la boue de la haine des Juifs. Voilà qui devrait l’inviter à la discrétion, à la méditation et à la retenue en pensant aux condamnations judiciaires auxquelles il a échappé ». On est loin du qualificatif « anti-juif » que sa revue, Le droit de vivre, accolait à Marc-Édouard Nabe, pour avoir publié Patience 3 qui se passe en Israël et à Auschwitz ! Dans son édito pour Libé, c’est clair : Joffrin absout Moix, ce qui doit lui paraître normal, puisqu’il a passé des articles sur les migrants, Calais… Joffrin ne dit pas que Moix a nié, alors qu’il n’a fait que nier ! D’abord, il a admis les dessins, mais pas les textes, puis, quand Dupuis a insisté, Moix est allé tout avouer à Libé. Cet édito est une manière de remercier Yann Moix d’avoir chié dans son froc dans la rédaction de Libération et pas ailleurs ! Dégueulasse…
     Ce n’est pas un hasard si la Une post-attentat de Charlie Hebdo, « Tout est pardonné », a été gribouillée dans les locaux de Libé… Il doit y avoir une drôle d’atmosphère dans ce journal. Tout est mélangé, oui ! Dans son édito, passé dans l’édition du 29 août, Joffrin défend Orléans et se prend ses pieds de plombs dans le tapis de la littérature de fiction à laquelle il ne comprend rien. Les journalistes se sentent obligés de faire des phrases quand ils parlent d’un écrivain… Joffrin (que mon correcteur veut changer en « jaunir ») croit vraiment que la fiction permet de révéler des choses ? Absurde ! Dans le même numéro, Claire Devarrieux, la grande prêtresse de la critique littéraire à Libé, devrait rire des passages qu’elle cite, mais elle est gravement sérieuse… C’est à croire qu’elle se fout de notre de gueule en s’extasiant sur ce navet !

« Il faut sauver le Waffen-SS Moix ! »

     Tout le monde doit sauver Moix, qui passe pour un grand brûlé alors qu’on ne trouve personne pour l’attaquer. Alexandre et son père, José, sont bien seuls… Même Naulleau (oui, Éric Naulleau !), le si sensible à la « vraie » littérature soi-disant, le plus pur des éditeurs, le plus… Non, arrêtons !, il a été bouffé par le système, il a capitulé, c’est un renonciateur comme trop d’autres… Le chroniqueur de Cyril Hanouna tweete :

     Non ! Non ! Non ! Le pire, c’est qu’il persiste :

     Même Gabriel Matzneff intervient, sur le site du Point le 30 août (sans doute commandé par Jérôme Béglé), tombe dans le panneau du serrage de coude entre ostracisés. Pauvre octogénaire orthodoxe zélé ! Son « ami » Yann. On est vite amis dans ce milieu à coup de trois cafés, un déjeuner et dix compliments (faux) sur l’oeuvre de l’autre…

     Attendez, c’est pas fini, Michel Onfray y va aussi de sa longue et pénible bafouille (ça fait intellectuel…) pour sauver son « ami » encore (il parle en détail de son amitié avec Moix dans une vidéo publiée sur son site le 17 avril 2019… : https://michelonfray.com/questions-reponses/reponses/pouvez-vous-nous-parler-de-votre-amitie-avec-yann?mode=video) en reprenant, lui-même, comme tout le monde, au premier degré, le contenu d’Orléans…
     J’en étais resté à leur engueulade sur le notion de « peuple »… Onfray est maintenant très copain avec Yann Moix, tellement copain qu’il a publié sur son blog un article sur l’affaire, « La généalogie contre la moraline » (concept Nietzschiéen très en vogue chez les twittos de droite…). Autant le dire, l’article d’Onfray est illisible, à tous les niveaux. D’abord, il fait dans le jargonnant, pour soi-disant prendre de la hauteur philosophique… Ensuite, il mélange tout, trafique la chronique et les faits, pour sauver son copain !

     Premièrement, il prétend que c’est le père de Moix qui a crié à l’affabulation avant d’admettre les coups : non, José Moix a bien admis des coups, dès sa première interview le 17 août. Deuxièmement, il laisse entendre qu’Alexandre Moix se venge de son frère pour placer un livre chez un grand éditeur. Lequel ? Onfray ne le dit pas… Troisièmement, il inverse le propos du frère en faisant croire que c’est BHL (Onfray déteste BHL, mais lui aussi fait dans l’article accusateur et approximatif pour pur copinage…) qui bloque tout, alors que c’est Moix ainé qui a pourri les relations de Moix cadet chez un grand éditeur. Il ne faut pas voir du BHL là où il n’y a pas…

     Quatrièmement, Onfray tape sur l’avocat des parents et du frère, Emmanuel Pierrat, qu’il dit capable de faire passer un manuscrit de Pétain pour celui de de Gaulle, et d’inverser les sépultures (Pétain à Colombey, de Gaulle sur l’île d’Yeu) ! Cinquièmement, Onfray accuse Pierrat d’avoir poussé à la « corvée de poubelles à Orléans » pour salir Moix : Les Fantasmes d’Onfray, premier tome… Sixièmement, évidemment, en sauveur de la gauche pure, celle d’avant 1983 et le « tournant de la rigueur », celle qui a voté « non » à Maastricht en 1992 (même ma femme trouve qu’il fait chier avec son Maastricht qu’il répète tout le temps !), il accuse l’extrême droite, n’hésitant à mettre dans le même sac de tête de nœud Robert Faurisson, Alain Soral, Dieudonné et… Marc-Édouard Nabe.

     Septièmement, l’horrible et sinistre  Onfray ose écrit de Moix : « voilà donc notre homme mort ! », alors qu’il n’est attaqué par personne (il n’y a qu’un journaliste qui fait son travail, comme pour d’autres), et qu’il est défendu par tout le monde : Libération (Laurent Joffrin, Christophe Israël, Luc le Vaillant, Claire Devarrieux), Grasset (par la voix de son PDG Olivier Nora), Patrick Klugman, Catherine Barma, Laurent Ruquier, Laurent-David Samama, Franz-Olivier Giesbert, Frédéric Beigbeder, Nelly Kaprièlian, Olivia de Lamberterie, Jean-Claude Raspiengeas, Jérôme Garcin, Denis Olivennes, Sasha Goslan, Pierre Assouline, et j’en passe… Ça fait du beau monde, tout ça…

Les rigolos s’emmêlent…

     Même Dieudonné, le plus-si-grillé des médias à en croire le nombre d’articles évoquant ses condamnations, ses combines à l’assurance et au crédit et récemment sa promo pour une monnaie virtuelle, croit que Moix est foutu. Dans ses vidéos sinistres qu’il multiplie sur YouTube, l’humoriste éteint parvient à dire une bêtise plus grosse que lui sur Moix (hélas oui, c’est possible !), tout en prétendant le soutenir. Non, Yann Moix n’est pas grillé, puisque dans les heures, presque les minutes, après la révélation intégrale de toute son affaire, dessins et textes, Libération lui offrait la Une et les cinq premières pages, avec critique dithyrambique et mot doux du directeur de la rédaction, Laurent Joffrin. Dieudonné n’a pas suivi l’affaire, trop occupé à mener son business, et oublie que la famille est venue avant pour révéler dans les médias que Yann Moix avait menti dans son livre. Ça n’a rien à voir avec les dessins et textes révisionnistes ! Dieudonné révèle qu’un journaliste de Valeurs Actuelles, Amaury Brelet, l’a contacté pour avoir son témoignage sur sa rencontre avec Yann Moix. Mais plutôt que de balancer des informations (qu’il rêverait d’avoir), Dieudonné préfère parler d’une photo le montrant avec Moix « rigoler à gorge déployée ». Laquelle ? Celle où on voit Dieudonné face à un Moix au visage renfermé ? Dieudonné entretient le flou autour de déclarations de Moix sur les chambres à gaz, mais même un Paul-Éric Blanrue avoue : « avec moi, il n’a jamais été antisémite. On n’a jamais parlé des camps de la mort. Pas un mot sur le révisionnisme. En revanche, il connaissait très bien le sujet. Il était fasciné par le fait que je voie Faurisson ». Même dans sa vidéo de soutien, Dieudonné ne peut pas s’empêcher de faire pleurer ses quelques vrais spectateurs sur sa condamnation à deux ans de prison pour fraude fiscale et vendre sa fausse monnaie Zynecoin… À la fin, il fait venir son fils pour annoncer sa chaîne de gaming…

     Le 29 août, deux « comiques de gardes» de France Inter, Guillaume Meurice et Charline Vanhoenacker, ont fait, leur « chronique » de 7h55 grimés en nazis, s’annonçant comme étant les présidents du fan club de Yann Moix (ça fait très De Caunes-Garcia). « Pour nous, il existe deux génies de la littérature française, Yann Moix et Louis-Ferdinand Céline ». Ils le savent que Céline n’était pas repris par les collabos et que Céline n’a rien à se reprocher ? Ah pardon, c’est pour rire, ce n’est pas sérieux… C’est trop facile : ils font exactement comme Yann Moix, de la « provocation », tout en reprochant à l’auteur d’Ushoahïa d’en faire ! Qu’est-ce qu’on rigole, à 400 euros la chronique, plus les droits d’auteurs !… Il y avait mieux à faire que de surjouer le nazi strict qui chante martialement « Alexandrie, Alexandra » ou d’attaquer Moix sur ses propos (déformés !) sur les femmes de 50 ans. À midi, c’est dans l’émission de Nagui que Daniel Morin (qui joue le même personnage de tombeur viril depuis plus de dix ans, parfois en tandem avec Albert Algoud…) s’interroge, comme Dieudonné : « Quand va-t-on arrêter d’emmerder ce pauvre Yann Moix ? Le gars ne peut plus écrire un livre ou faire une déclaration sans qu’on lui saute à la gorge. » Ce qui est vrai pour sa déclaration sur les femmes de moins de 50 ans (dont il pense être incapable de tomber amoureux, rappelons-le) n’est pas vrai pour ses dessins et textes, puisque tout le monde le protège ! Pour Morin, « Yann Moix aurait fait des dessins antisémites quand il était étudiant » : « aurait » et juste des « dessins » ? On était pourtant le 29, on savait déjà tout ! Il continue en imitant Alexandre Moix en ado révolté ridicule (alors qu’il a bientôt 47 ans…). Ce n’est que dans sa conclusion que Morin traite Moix de « dégueulasse », mais c’était trop tellement confus et tardif pour être sincère… Le soir, Vanhoenacker et Meurice lisent, dans leur « journal de 17h17 », une brève façon Charlie Hebdo, en mélangeant deux actualités sans aucun rapport entre elles : « Inquiet des menaces de Donald Trump qui dit vouloir taxer le vin français, Renaud Muselier, le président LR de la région PACA, a envoyé deux caisses de rosé à la Maison-Blanche. Si seulement il pouvait taxer les cons français, on lui enverrai Yann Moix. » Bof…

 Journalistes = désinformés

     Prenons par exemple les chiffres de vente de Yann Moix. Les journalistes font tous la même erreur : ils mélangent tirage et vente ! Sur le site de BFM TV, Jérôme Lachasse écrit : « Ses précédents ouvrages – Naissance (2013), Une simple lettre d’amour (2017) et Rompre (2019) – s’étaient vendus à 38.000, 33.000 et 22.000 exemplaires. » Sarah Lacoeuvre, sur le site du Figaro fait la même erreur. Voilà comment on créé un écrivain à succès : on exploite les chiffres mis en place et on les interprète comme des ventes… Les chiffres sont pourtant à portée de journaliste… Manuel Alavier, dans Capital (30 août), ne s’y est pas trompé, révélant qu’après une semaine d’exploitation en librairie, Orléans ne s’était vendu qu’à 4 970 exemplaires ! Ce qui confirme bien que le renforcement n’est qu’une stratégie commerciale qui ne correspond pas aux ventes réelles. C’est une manière d’étendre le territoire occupé par Moix dans les librairies, rien de plus… Céline l’avait bien dit, dans les premières lignes de ses Entretiens avec le professeur Y, la situation de l’édition française… Et c’était en 1955 :
     « La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d’une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100 000 ! 40 000 !… et même 400 exemplaires !… attrape-gogos ! Alas !… Alas !… seule la “presse du cœur”… et encore !… se défend pas trop mal… et un peu la “série noire”… et la “blême”… En vérité, on ne vend plus rien… c’est grave !… »

Salades d’avocats

     Dans un milieu aussi procédurier, on ne pouvait pas éviter l’impasse des avocats ! Et qui avons-nous pu voir défendre, l’un José et Alexandre, l’autre Yann ? Emmanuel Pierrat et Patrick Klugman ! Encore des personnages de la galaxie Nabe. Décidément, Moix lui a tout piqué, même « ses » avocats ! Klugman s’était affronté à Nabe le 5 février 2010, sur France 2, dans l’émission de Franz-Olivier Giesbert, Vous aurez le dernier mot, durant un débat sur Israël, et à la fin duquel il a avoué à Nabe : « Vous êtes l’anti sioniste le plus sympathique que j’aie jamais rencontré ! » (voir Les Porcs, p. 896). Quant à Pierrat, tout le monde sait qu’il a été l’avocat de Nabe contre les Éditions du Rocher, lui récupérant en 2008 les droits et les stocks de ses livres (sur lesquels il vit encore) et que, récemment, en mars 2018, il a obtenu la condamnation de Salim Laïbi, le « Libre Penseur », à 4 500 euros d’amende (et 5 000 avec sursis) pour avoir brûlé en juillet 2013 un tableau que Nabe lui avait offert en 2005 (voir Nabe’s News : http://www.nabesnews.com/on-ne-brule-pas-charlie-mingus-impunement / http://www.nabesnews.com/salim-laibi-condamne

     Dans l’émission de Pascal Praud, L’Heure des Pros, diffusée le 28 août, Pierrat, venu défendre la famille Moix (sauf Yann donc), invoque des arguments parfaitement logiques, qui n’avaient été jusqu’alors pas entendus, sauf dans mon article que j’écris au fil des événements… Pour Pierrat, l’« affaire Moix », c’est le déballage du rapport à la vérité de l’« écrivain » qui parle de « roman » pour solder (une troisième fois…) des comptes familiaux tout en disant qu’il a vécu tout ce qu’il a écrit. Sur Ushoahïa, Pierrat insiste sur l’âge de Moix, qui n’était pas adolescent, mais bien âgé de 22 ans, en dernière année d’école de commerce à Reims, qu’il y a bien eu trois numéros, et que les dessins et les textes sont de lui ! Après avoir mentionné deux fois le nom de Nabe, Praud lui coupe brusquement la parole, pressé semble-t-il par la production de l’émission d’envoyer la publicité. Mais le nom de Nabe lui est irrésistible, la pub attendra : « Marc-Édouard Nabe, célèbre pour une émission d’Apostrophes où il y avait Jean-Marc Roberts sur la plateau, qui lui avait dit “quand on veut faire dans le génie, il faut être génial” et effectivement, il avait publié Au régal des vermines, on est peut-être en 87-88, une des émissions les plus célèbres d’Apostrophes, où il était arrivé en expliquant qu’il voulait tuer tout le monde, de manière littéraire ! Il y avait Morgan Sportès également, qui ce jour-là était sur le plateau. Bon, la pub, à tout de suite ! »
     De retour sur le plateau, un autre avocat, Philippe Bilger excuse « l’extrémisme très ponctuel » de l’auteur d’Ushoahïa par son enfance et lui trouve une forme d’honnêteté dans son rapport aux révélations de L’Express. Objection, cher confrère : Pierrat lui rappelle que Moix a d’abord nié, avant de plier sous le poids des révélations de L’Express. Gérard Leclerc, l’ex-placardisé par Sarkozy, exige que Moix ait le droit d’aller chez Ruquier pour s’expliquer, parce qu’il est attaqué. Mais Praud lui rappelle bien qu’il y a des gens (qu’il ne cite pourtant pas, mais sans doute pense-t-il à Nabe) interdits de service public pour moins que ça. Gérard Carreyrou, ancien patron de l’info de TF1, reproche à l’« imposteur » Moix de jouer sur les deux tableaux, utilisant en même temps « sa réputation d’écrivain et ses émissions de télévision pour faire un règlement de comptes familial travesti en roman », tout en faisant « tout pour qu’on sache que c’est son père, que c’est sa mère, que c’est son frère. »
     Le lendemain, le 29 août, sur BFM TV, la parole est à l’avocat de Yann Moix, Patrick Klugman… Quelle défense lamentable, typique de l’avocaillon pinailleur, détestable quand il se veut tatillon sur le sens d’un mot pour disculper son client. Il ose dire que Yann Moix n’a pas reconnu avoir écrit, s’acharnant sur le verbe « endosser » écrit par Moix dans Libération… Oui, et ? Truchot lui rappelle justement qu’il poursuit par « J’écrivais, je dessinais, je produisais de la merde. Ces textes et ces dessins sont antisémites, mais je ne suis pas antisémite. » Coincé par la réalité factuelle et chronologique, Klugman veut s’en sortir en menaçant L’Express d’un procès, pour avoir un « débat judiciaire ». Ça veut dire ce que ça veut dire : la justice ne va pas dire la vérité, mais juste la vérité du droit. L’avocat prend les devants, de lui-même, sans même en avoir parlé (dit-il) à Moix. Ce que Klugman ne dit pas, c’est qu’il est « invité permanent » (on peut dire chroniqueur, non ?) par Moix dans Chez Moix, diffusé par Paris Première. C’est donc un client-employeur (drôle de rapport !) qu’il défend ici… La justice ne fera que sauver l’« honneur » de l’écrivaillon d’Orléans, pour la forme, mais tout le monde sait, Moix le premier, la vérité sur l’affaire. Quand Klugman tourne autour du mot « Endosser », on dirait Jean-Marie Le Pen qui défend son « détail », dictionnaire à la main, affirmant que la Shoah peut être un détail, parce que c’est la partie de la Seconde Guerre mondiale, qui englobe le génocide… Grotesque ! On dirait que c’est Klugman qui a deux yeux de verre… Il défend Moix sur son « parcours » avec le judaïsme, parle d’Alexandre Moix comme du «  frère-délateur », balançant qu’il a balancé les dessins de jeunesse de Moix pour l’agonir. Truchot lui demande s’il est sûr de ce qu’il affirme : « De tous les éléments, apparemment, on ne voit pas d’où ça viendrait. ». Klugman oublie (mais le sait-il seulement ?) qu’Ushoahïa était une publication, donc destinée à la diffusion…

 Joffrin chez Vandel

     Et ça continue ! Le 29 août, dans son émission média d’Europe 1 (aussi écoutée que Moix n’a de véritables lecteurs), Philippe Vandel reçoit Laurent Joffrin et le directeur de la publication s’explique gauchement : « C’est un roman, donc les écrivains ont le droit de tout dire, de tout imaginer, de tout inventer, mais ils sont néanmoins soumis à la loi. » Pas un mot donc sur les dessins et les textes de Moix… Quand Vandel lui demande des détails, Joffrin prend l’exemple de Dostoïevski, qui a le droit de décrire un idiot. « Oui, mais Dostoïevski ne dit pas “c’est mon cousin Raoul”. C’est un personnage » assène Vandel qui rappelle que la mention « roman » est présent sur la couverture, mais que sur la quatrième de couverture, Moix dit « la vérité nue ».Vandel, avec sa femme Dorothée Oliéric (grande fan de Nabe), n’est pas  un lecteur  de Oui et Non pour rien !
     La double interview ratée n’a abordé que le livre, pas Ushoahïa… Le faux scoop est enfin révélé : oui, Laurent Ruquier maintient l’invitation faite à l’écrivain depuis juin (c’est que ça se prépare en amont, une bonne promo !) Revel révèle que Ruquier ne compte pas « chercher » Yann Moix, laissant aux chroniqueurs la « liberté de ton » de le faire sans doute… Sauf qu’on ne connaît pas l’identité du nouveau binôme de chroniqueurs, puisque Angot et Consigny ont été écarté (enfin !) au profit d’un binôme changeant toutes les semaines… Qui sera suffisamment désinvolte pour balance à Moix ses 220 vérités ?

La sorcière Barma sur Inter

     Le 30 août, sortait dans Le Monde un article de Laurent Telo, qui publiait la première réaction de Marc-Édouard Nabe, le « Rosebud » de Yann Moix selon son frère, Alexandre. Telo a fait du bon boulot, corrigeant même quelques erreurs avant l’impression du Monde, et détachant bien une phrase de Nabe.

     Le matin même, sur France Inter, Catherine Barma, était invitée par Sonia Devillers dans son émission média, L’Instant M. Barma doit, coute que coute, maintenir l’invitation de Moix à ONPC pour laver son horreur. On sait qu’elle a même forcé Takis Candillis, numéro 2 du groupe France Télévisions, à accepter le maintien de l’invité maudit à la première de la nouvelle saison, alors que celui-ci (Candillis), faisait la grimace… Sans même connaître le fond des accusations, Barma veut que Moix s’en sorte. Pourquoi ? Parce qu’elle et Ruquier, comme tant d’autres, se sont déjà trop mouillés pour promouvoir cette marionnette depuis de longues années, pour le lâcher sans que rejaillissent sur eux des conséquences fâcheuses. Barma défend donc son ancien chroniqueur mais aussi actuel employé, puisqu’elle produit depuis septembre 2018 Chez Moix pour Paris Première ! « Quand on lit son livre, et qu’on voit l’homme, l’enfance qu’il a eue, je pense que ça explique cet être très nauséabond qu’il était à vingt ans, okay. Depuis, son œuvre, il a quand même fait ce bouquin sur Edith Stern, entre autres, et justement dans son émission, par exemple, sur Paris Première, Chez Moix, il a souhaité faire quand même trois émissions cette année sur l’antisémitisme. » Edith Stein, Catherine, pas Stern ! Barma justifie les erreurs à la lumière du passé mythifié par Moix. Elle confirme que l’image de Moix fabriquée par Moix lui sert de bouclier contre les critiques insensibles à ses délires. Pour Barma, les écrits révisionnistes ne sont pas importants, puisqu’« il a toujours un défendeur inconditionnel d’Israël, à tel point quand même, quand on faisait On n’est pas couché, on avait énormément de courrier en disant que c’était un scandale, tellement il soutenait Israël. » Ça ne veut rien dire… Les sionistes sont habitués aux soutiens louches : en Palestine, en 1919, Richard Meinertzhagen, dans le trio de tête du gouvernement militaire du temps de l’occupation britannique, jusqu’en juillet 1920, se disait lui-même instinctivement antisémite, mais rapidement converti au sionisme, au point d’en être le plus fervent soutien (ce qui n’interdisait pas un mépris pour la minorité juive locale). Qu’on se le dise : être sioniste ne dispense pas d’être antisémite !
     Chez Devillers, Barma annonce la présence comme « chroniqueur » (rémunéré par la seule promo de leur actualité…) de la philosophe Adèle Van Reeth (rien de moins que la femme de Raphaël Enthoven, c’est-à-dire  la belle-fille de l’éditeur de Moix, Jean-Paul, et au passage  celle qui a pris en 2018 la place de Taddeï dans D’art d’art) et de Frédéric Beigbeder, avec le pas marrant Thomas VDB (père des deux enfants de la madame Nabe 2003-2012!…) pour un seul sketch. Dans la journée, Beigbeder, prétextant une « erreur d’agenda » de dernière minute (tu parles !) puis que la prestation n’était pas payée, s’est défilé  pour être remplacé par… Franz-Olivier Giesbert ! Pour rappel, Reeth avait débattu avec Moix en novembre 2013, dans l’émission de Giesbert… Et quel était le sujet ? Naissance (prix Renaudot donné à Moix par Giesbert) ! Giesbert, dans l’émission de Ruquier l’année dernière, s’était montré extrêmement chatouilleux sur l’antisémitisme.

Le père Enthoven lâchera-t-il Moix  ?

     Le soir du 29 août, sur la chaîne israélienne francophone, i24 news, Anna Cabana (tiens, tiens !) donne une « carte blanche » à Jean-Paul Enthoven dans son émission Conversations avec Anna Cabana. L’extrait n’était disponible ni sur Youtube, ni sur Dailymotion, il faudra se contenter de ma description (précise !). Bronzé, mais visiblement fatigué, chemise ouverte, lunettes rosées, Enthoven avoue que sa déclaration (il lit un papier) « a beaucoup changé au cours des derniers jours. Si je vous avais parlé il y a une semaine du roman de Yann Moix, je vous aurais dit que c’est un chef-d’oeuvre. » Ce n’est ni les propos du père, ni ceux du frère, puisque il avoue : « J’ai tendance à croire Yann Moix que je connais depuis longtemps. Je sais qu’il a été un enfant martyr. » Ce ne sont même pas les dessins qui l’ont dérangé : « on pourrait dire que l’auteur avait vingt ans, qu’il était paumé, qu’il avait eu une enfance d’enfant martyre, qu’il voulait scandaliser, qu’il voulait rentrer à Hara-Kiri. Ce sont des dessins ignobles, que l’auteur lui-même aujourd’hui trouve nauséabonds. » Encore Hara-Kiri ! Jean-Paul tombe lui aussi dans le panneau anachronique : pas d’Hara-Kiri possible en 1989. Ce sont les textes négationnistes qui ont « saisi » Enthoven, qui demande à Moix de suivre un « chemin de rédemption ». Intéressant… Enthoven égrène le parcours de Moix : apprentissage de l’hébreu, livre sur Edith Stein (et pas Stern !), manuscrit de 500 pages sur le Talmud. Tout ça, hop, à la poubelle, Enthoven aimerait que Moix « se réinvente, et surtout qu’il cesse de s’égarer. » Quand Cabana y voit un argument d’avocat qui défendrait Moix, Enthoven lâche un mystérieux « C’est compliqué », avant un court silence.
     Un silence qu’il aurait dû poursuivre… « Une fois qu’on tombe dans la soupière de la fachosphère, est-ce qu’on peut s’en sortir ? Parce que je sais que tous les petits Nabe, Soral, Dieudonné et compagnie, qu’il a dû fréquenter ne lui pardonnent pas d’être allé chez les Juifs obtenir des succès littéraires. Ils vont encore, probablement dans les jours qui viennent, ressortir des SMS, etc. » À quel SMS pense-t-il, Enthoven ? À celui qu’il a envoyé à Nabe le 23 août 2017, le félicitant pour son livre qui fonde aujourd’hui le scandale, Les Porcs

     Dans Les Porcs, Nabe raconte une anecdote qui se passe en octobre 2004. Alors que Nabe vient de publier un recueil d’articles sur l’actualité, J’Enfonce le clou (ce qui sera son dernier livre publié par les Éditions du Rocher), Yann Moix lui fait part de son admiration à la terrasse d’un café en face du Lutétia. Devant eux passe en vélo Jean-Paul Enthoven, éditeur de Moix chez Grasset, qui vient les saluer. Immédiatement, Moix va vers lui et lui dit : « Je tombe toujours sur Marc-Édouard Nabe devant le Lutetia… C’est là où les nazis avaient leur QG, comme vous savez. » Enthoven ne relève même pas et tend la main chaleureusement à Marc-Édouard Nabe, en le tutoyant, au grand étonnement de l’employé d’Enthoven, Yann Moix, qui vouvoyait son éditeur. Les relations entre Nabe et Jean-Paul Enthoven étaient bonnes depuis au moins 2002 quand Nabe lui avait proposé son roman Alain Zannini. Enthoven lui avait adressé une lettre de refus qui exprimait son admiration mais aussi son incapacité à convaincre le comité de lecture de Grasset. Finalement, le roman a été publié au Rocher et inscrit en octobre 2002 sur la liste du prix Goncourt.


     Le 31 août, Anne Fulda (personnage des Porcs, p. 732-733) publie dans Le Figaro un long papier sur l’affaire Moix, donnant notamment la parole à Jean-Paul Enthoven (avec une photo de lui plus en forme que chez Cabana…)

     D’abord, Enthoven révèle le 31 ce qu’il n’a pas dit chez Cabana le 29 : il connaissait l’existence des dessins ! Cette fois-ci, il affirme que Moix lui en avait parlé il y a vingt ans, donc à la fin des années 1990. Étrange : Moix n’a cessé d’affirmer qu’il en avait parlé qu’en 2007. Chronologie défaillante… Ensuite, Enthoven lâche un truc terrible pour Moix : « Pour moi, il a toujours été un fasciste non pas dans le sens politique mais dans son comportement, sa façon de ne pas venir aux rendez-vous, de traiter les femmes, une forme de brutalité. » Voilà de quoi décrédibiliser davantage le témoignage de l’ex’, Marie-Pierre Lamouroux, qui disait que Moix était la douceur même… Là où Enthoven se trompe, c’est quand il dit que Moix, « c’est notre petit Céline ». Et puis quoi encore ? Céline n’a rien à voir avec la brutalité « fasciste » (ni d’âme ni de corps) : Céline était l’élégance même, il suffit d’écouter Lucette (et de lire Lucette dans Lucette).

     Georges-Marc n’est pas Benamoix

     Le 30 août, sur le site Jewpop, Georges-Marc Benamou se détache violemment de Moix. À l’heure où j’écris, c’est le seul qui s’en prend à lui, aussi directement et frontalement. Hélas, c’est dans une publication confidentielle, pas dans Le Point (qui soutient ouvertement Moix en passant les lettres ouvertes de Marie-Pierre Lamouroux et de Gabriel Matzneff), ni dans Libération (qui consacre sa Une et cinq pages pour absoudre Moix), que Benamou dit sa (la ?) vérité :

     Pour Benamou, Nabe, c’est une autre histoire… Si ça avait été le Moix d’Ushoahia qui était passé à Apostrophes, on se demande si Benamou, qui était allé casser la gueule de Nabe pour moins que ça, se serait contenté d’un coup de poing… Proportionnellement, c’est à coup de bazooka que Georges-Marc aurait surgit sur le plateau d’Apostrophes pour faire « justice »… Pour ceux qui l’ignorent encore, Benamou avait pris sa voiture, avec Bernard-Henri Lévy (déjà lui !), le 15 février 1985, scandalisés tous les deux par la prestation de Nabe à Apostrophes chez Pivot… Résultat, lunettes cassées et surtout rétine éclatée… Et dire qu’aujourd’hui, en pleine affaire Moix, il n’y a que Georges-Marc Benamou pour faire la distinction entre Nabe et Moix, à l’avantage du premier, bien sûr !
     Le 30 août, Ariane Chemin et Laurent Telo publient dans Le Monde (édition papier !) un long article sur le réseautage de Yann Moix. Les journalistes reprennent le fond de la citation de Nabe, extraite et placée comme intertitre de l’article de Telo publié la veille : « Moix a consolidé tout ce qu’il pouvait comme réseau, afin que les journalistes littéraires le protègent en cas de coup dur. » L’énorme article de Chemin et Telo revient sur le milieu littéraire et l’énorme mansuétude qu’il accorde à Yann Moix. À croire que toute la carrière de Moix a été construite autour de cette bande dessinées, des textes négationnistes et antisémites, de cette production dégueulasse. Benamou est le seul à ne pas s’y tromper ! Lui a bien compris ce qu’il y avait d’obscène dans la protection dont jouit Moix…

     Made in Barma

     L’émission de Ruquier faisait parler d’elle avant même son enregistrement, exceptionnellement le vendredi 30 août (en temps normal, c’est le jeudi). Interrogé pour TV Mag par Emilie Geffray, Franz-Olivier Giesbert avoue que Beigbeder, qui prétextait un problème d’emploi du temps, « s’est défaussé au dernier moment car Yann Moix est son pote et la situation l’embarrassait. » C’est surtout que Beig’ et Moix ont le même éditeur : Grasset ! Plus tard, Beigbeder prétextera qu’il ne savait pas que ce ne serait pas payé (il préfère être payé sur Inter pour ne pas faire de chronique…) Giesbert a été choisi faute de mieux, personne (dit-il) ne voulait faire l’émission dans un temps aussi réduit. D’une manière assez mystérieuse, il dit sur Moix : « C’est triste pour lui car ils veulent le finir. » Qui, ils ? « Je vais l’assommer puis le remettre debout après. Il faut le prendre comme ça. » Honnêtement, Giesbert admet avoir invité sa collègue Van Reeth… Dommage qu’il ne se souvienne pas que c’était déjà avec Moix, et déjà pour parler de Naissance


     Le 31 août, l’émission est enfin diffusée ! Moix n’a pas été mêlé aux autres invités, mais le plateau était taillé pour lui ! Durant les 90 premières minutes, Moix en était absent. Sauf exception (Houellebecq en 2015 par exemple), ce sont les invités politiques qui sont appelés à s’installer dans le fauteuil avant de retourner dans leur loge (pour Houellebecq, c’est Angot, invitée, qui avait quitté le plateau, pour ne pas être avec Michel). Là, Moix était au chaud, materné, protégé. Aucun risque qu’on ne lui pose de question sur un autre sujet que « son » actualité… C’est tout le plateau qui était pensé autour de Moix et sa réhabilitation. Zabou Breitmann, caution anti-islamique, incarnait aussi la mère d’Ilan Halimi dans le film sur son calvaire, 24 jours, réalisé par Alexandre Arcady sur un scénario adapté par Émilie Frêche de son propre livre sur l’affaire. Zabou a été parfaite en ne disant pas un mot en présence de Moix !
     Ensuite, Lionel Duroy, le nègre littéraire (assumé, d’accord, mais quelle différence ?) de tout ce que la France compte de people. Lui n’était invité que pour consolider Moix, issu d’une famille douloureuse… Son rôle c’était de préparer le terrain et de montrer comment un écrivain peut se retrouvé isolé de toute sa famille pour une seule publication, et d’expliquer que toute écriture, même auto-fictive, ne doit pas être vue comme « rapport de police » et donc véridique…
     Puis, Gilles Rozier, parfait inconnu, venu défendre un roman où il raconte comment, enfant juif ashkénaze de 11 ans, il a participé à la dénonciation d’un prof juif sépharade, en fournissant (dit-il) l’adresse dudit prof à des camarades pour qu’ils lui envoient une lettre antisémite bien chargée… Erreur de jeunesse (suivez mon regard) ? Ça ne vous rappelle rien ?
     Sans oublier la touche d’humour à nouveau présente dans l’émission : Thomas VDB, récent papa et comique vraiment pas drôle (faut-il encore le souligner ?) dans un sketch commandé par Barma-Ruquier sur Jean-Jacques Goldman, le fait qu’il ait enfin accepté d’être présent sur les plateformes de streaming et l’argent que ça pourrait lui rapporter… VDB engagé sur le champ Ushoahïa ? D’autant plus troublant que le chanteur, Goldman, apparaît également aux côtés de BHL dans un des dessins de Moix exhumés d’Ushoahïa

     Ils se sont tous couchés !

     Ruquier le dit : il ne veut pas faire un procès, mais c’est pourtant bien un procès en réhabilitation qui se prépare depuis des jours ! L’air éteint, Moix entre dans le plateau au bout d’une heure et demi d’émission. Il s’installe et refuse d’emblée de parler de son livre, préférant se défendre sur la polémique ouverte depuis lundi… Il demande pardon pour les dessins, les « bandes dessinées », pardon à tous, et surtout à Bernard-Henri Lévy ! En revanche, pas un mot sur les textes négationnistes. Ce sera le non-mot de la soirée : « texte ». Quand Ruquier l’interrompt une fois, Yann Moix exige de tous qu’on lui pose toutes les questions, mais s’il y a bien une question qu’on ne lui a pas posé, c’est celle de ses textes ! Rien…
     Dans ses monologues, Moix explique avoir toujours eu la trouille que ces dessins ne sortent. Il explique même que c’est cette trouille qui lui a fait faire tout un chemin vers le judaïsme (uniquement pour se « racheter », comme il le répète honnêtement sans cesse), apprendre l’hébreu, étudier le Talmud, et devenir un défenseur inconditionnel d’Israël. Pauvre Juifs… Et maintenant ? Que va devenir la judéophilie de Yann Moix, maintenant que la culpabilité a disparu ? C’est par trouille d’être traité d’antisémitisme qu’il a en rajouté dans le philosémitisme.

     Évidemment, Moix attaque Nabe, mais c’est Moix qui a écrit dans Ushoahïa « Après les six millions de Juifs soi-disant morts dans les camps en carton pâte que la Metro Goldwyn Meyer a fait construire un peu partout en Europe pour le compte (en banque) de quelques Juifs avides de pognon, on réinvente l’actualité pour renflouer les caisses de quelques dictateurs nègres dont le roseau de 30 cm ne suffit plus à aguicher les putains d’Adis-Abeba », et aussi « En fait, ces nègres maigres n’existent pas. Ce ne sont que les négatifs des photos truquées par les Juifs sur les prétendus camps de la mort », et également que l’abbé Pierre « est petit, épais comme un Juif version Buchenwald, porte des binocles pour mieux voir le fric (…) et une barbe de père Noël pouilleux qui serait resté trop longtemps à distribuer des cadeaux aux pensionnaires d’Auschwitz. Faut dire, vu le nombre de cheminées qu’il y avait là-haut, il devait y avoir du pain (grillé) sur ces planches qui ont servi à casser du Youpe, etc. » Tout cela n’est pas de la plume de Nabe et pourtant c’est ce dernier qui est traité de « négationnisme d’extrême-droite »… On rêve debout ! C’est Moix qui devrait être banni, réprouvé et infréquentable !
     Une fois la demi-heure de fausses excuses de Moix passée, Adrien Taquet fait son entrée. Qui c’est ? C’est encore un parfait inconnu, une bouée envoyée par Barma à un Moix qui ne se noie pas. Taquet est secrétaire d’État à la protection de l’enfance. Parfait ! Et c’est avec lui que Moix va parler de son Orléans… Encore mieux ! On continue de mélanger le roman avec le témoignage. Taquet n’est là que pour appuyer le réalité du récit de Moix, puisqu’il parle longuement des violences faites aux enfants. Moix prend la parole, pour défendre pour son bouquin et explique la polémique est née pour couvrir le sujet de son livre… Il ajoute : « J’ai mis 25, 30 ans avant de comprendre que j’étais un enfant battu ». Ah, Moix et la chronologie… Deux semaines plus tôt, dans Sept à huit, ne disait-il pas : « Et j’ai mis très très longtemps, jusqu’à l’âge près de 40 ans, en commençant une analyse, à comprendre que tout ce que j’avais vécu n’était pas normal. » ? Chez Ruquier, il parle d’une thérapie qui a duré 15 ans… Moix a 51 ans !

     Salope de Ruquier

     Ruquier remet en doute la parole du père, José Moix, et reproche à La République du Centre (sans la nommer, bien sûr !) d’avoir publié sans mentionner qu’il s’agissait de sa version. Ruquier imagine : « Je vois très peu un père ou une mère, dire à un journaliste : “Ah, vous savez, on le battait régulièrement, on lui donnait des coups de ceinture, on lui faisait bouffer de la merde”. Qu’un journaliste n’émette pas juste un minimum de doute sur la véracité de l’interview, ça me paraît surprenant. Mais voilà, c’est comme ça… C’est assez curieux comme démarche de prendre pour argent comptant le témoignage d’un père, ou d’une mère, ou d’un frère peut-être, dans ce cas-là. Je ne dis pas que c’est eux qui ont raison ou tort, ni vous. On peut avoir au moins ne pas prendre pour argent comptant un témoignage dans des affaires aussi compliquées. » En quoi c’est compliqué ? C’est Laurent Ruquier le rigolo qui donne des leçons à David Creff, pauvre petit journaliste de la presse régionale ? Qu’est-ce qu’il attend pour reprocher à Laurent-David Samama, à Christine Bini, à Laurent Joffrin, à Christophe Israël, à Luc le Vaillant, à Claire Devarrieux, à Éric Naulleau, à Jérôme Garcin, à Frédéric Beigbeder, à Olivier Nora et à lui-même surtout, d’avoir tous pris au sérieux le « témoignage » de Yann Moix ?
     Moix répond en reprenant la saloperie d’Onfray, à savoir que le père aurait d’abord nié, avant d’admettre. Et non ! Il faut reprendre la chronologie, toujours : José Moix a admis les coups, mais sûrement pas ceux-là !

     La déclaration de guerre de Laurent Ruquier

     Mais le plus frappant dans cette émission honteuse, c’est l’officialisation par Laurent Ruquier lui-même du blacklistage total et définitif de Nabe : « Marc-Édouard Nabe, qui est désormais quasi interdit sur tous les plateaux télé depuis des années à juste raison, je trouve. » Voilà la sortie dégueulasse d’un Ruquier, qui a la mémoire courte… Dans sa pénible défense, Moix balance que Ruquier a invité Blanrue en 2008. Mais pourquoi ne dit-il pas que Ruquier a fait l’éloge d’Au régal des vermines en janvier 2006, qu’il a souhaité inviter Nabe dans On n’est pas couché en octobre 2006, avant de finalement l’inviter dans On a tout essayé, le 17 octobre 2006, avec Gérard Miller qui a lu un montage dégueulasse dont il a le secret, reprenant des citations tronquées d’un livre adoré par Ruquier !

     Yann Moix, un révisionniste adoubé par BHL !

     Dès le lendemain de la diffusion, Bernard-Henri Lévy, qui avait pourtant annoncé qu’il évoquerait l’« affaire » Moix dans son « Bloc-Note » du Point la semaine suivante, s’est fendu d’un article, se voulant un point final à la semaine de « tourmente » de Moix. Le Pape BHL Ier a parlé, tout est réglé ! « Et quand un homme, tout homme et donc, aussi, un écrivain donne les preuves de sa volonté de rédemption, quand il s’engage, avec probité, dans le corps à corps avec ses démons, je pense qu’il est juste de lui en donner acte, de lui tendre loyalement la main et, si on le peut, de l’accompagner. » Une simple question : que vaut le parcours de Moix, maintenant que l’on sait qu’il l’a créé uniquement pour se dédouaner un jour, et ce jour est arrivé le 26 août 2019, de la découverte des dessins et écrits antisémites ?
     La réponse : absolument plus rien pour l’un des plus proches collaborateurs de BHL à La règle du jeu, qui, à la surprise générale, s’est retourné contre son ami de dix ans : Laurent-David Samama ! Sur Twitter, celui qui avait célébré Orléans trois semaines plus tôt, attaque Yann Moix ! Samama se compare à Simon Wiesenthal face à un nazi, et le nazi, c’est Moix. « Ni oubli, ni pardon »… Oubliée, cette petite phrase de son article du 10 août : « Yann Moix, que je côtoie depuis dix ans déjà, est un être complexe. » C’est autre chose que Sacha Ghoslan et Patrick Klugman, actuelle et ancienne tête de l’Union des Étudiants Juifs de France, qui préparaient une pétition pro-Moix en sachant le contenu d’Ushoahia ! Samama est cohérent : il ne peut pas consacrer sa vie à la lutte contre l’antisémitisme et laisser passer les 130 pages de merde immonde d’un jeune de 22 ans, qui nie les camps et chie sur les Juifs, pour en être ensuite le plus servile serviteur, jusqu’à pardonner tous les crimes d’Israël, dans le seul but d’être absous des siens… LDS, plus logique que BHL !

Jérôme Dupuis n’est pas content

     Comme beaucoup, Jérôme Dupuis ne pouvait que réagir contre cette émission honteuse, ignomineuse et indécente. Dès le lendemain, il écrit un nouvel article pour démontrer et démonter les menteries avalées couleuvrement par tout un système médiatico-journalistique qui croit qu’il n’a plus aucun compte à rendre à personne.

Marc Weitzmann, le bienveillant

     Après la télé, la radio ! Et pour la dernière radio, Yann Moix est invité par Marc Weitzmann sur France Culture. Weitzmann est sans doute celui qui a le moins d’excuses : au moins Samama a pris conscience de son erreur, et a « renié » son « ami » Moix. Malgré le pitoyable article d’éloges, commandé par leur éditeur commun Grasset, que Weitzmann a écrit dans Le Nouveau Magazine Littéraire de fin août (avant le scandale) où il vantait les qualités littéraires et même morales de Moix, il continue, en pleine tourmente, à rester dans son camp…

     Au milieu de ses explications vaseuses apparaît un éloge de BHL à mourir de rire, pour peu qu’on soit sensible à la chronologie ! Quand Weitzmann interroge Moix sur la tribune de BHL, publiée le matin même, Moix se dit « bouleversé » et affirme qu’il avait connaissance des dessins (Moix n’ose pas parler de textes !) avant tout le monde. Ah bon ? Avant Olivier Nora, qui a eu accès par Moix aux dessins (il lui a caché les textes) en 2007 ? Avant Jean-Paul Enthoven qui dit les connaître depuis 20 ans ? Moix poursuit en affirmant avoir appris quasi par coeur les livres de BHL durant l’adolescence, au point de copier des extraits de La Barbarie à visage humain dans ses copies de bac… C’est d’ailleurs ce même livre qu’à 22 ans, dans Ushoahia (un « fanzine diffusé à 15 exemplaires »), il promet à un « autodafé du mois »…

     Moix en veut à Beigbeder de s’être défilé chez Ruquier et balance qu’il avait rencontré Paul-Éric Blanrue dans une fête de la revue Bordel, créé par Beig’. Détail erroné, qui ne sert qu’à mouiller son collègue de chez Grasset, puisque la rencontre avec Blanrue a lieu en juin 2001, et que la revue Bordel n’a été créée qu’en 2003… Et dans laquelle Moix et Blanrue écrivaient déjà dès le premier numéro paru, en juin 2003. Quand Weitzmann l’interroge sur les « narrations négationnistes qui traînaient dans ce milieu à l’époque », Moix le contredit, avant d’ajouter : « Pourquoi un Marc-Édouard Nabe, qui était spécialisé dans le jazz, même si dans son premier livre il y avait déjà des allusions que maintenant je trouve lumineuses, parce qu’elles expliquent son parcours… Pourquoi est-ce qu’un spécialiste du jazz, qui aurait pu être un très grand écrivain, est devenu ce qu’il est devenu ? » Seulement spécialisé dans le jazz ? Il est désormais naturel pour l’émetteur de la fausse info comme pour le récepteur de celle-ci que l’idée d’un Nabe négationniste et d’extrême-droite circule comme par enchantement.
     Moix ne pardonne pas à Beigbeder sa défection, et fait dans la défécation en insistant sur le Caca’s Club, créé par Beigbeder à la fin des années 1980 (et pas dans les années 1990 comme il le dit), parlant de « soirées scatologiques et viriles » : « Le Caca’s Club, ça a donné des vrais étrons, qui ont sombré dans l’antisémitisme virulent et dans le négationnisme. Et puis, ça donné des adultes totalement irresponsables qui ont des oeuvres, parfois, totalement creuses, sans pensée, avec du style et rien à l’intérieur. Regardez les livres de Nabe : il y a longtemps eu que du style avec rien à l’intérieur. Ensuite il n’y a ni style ni rien dedans. » Pas de style ni de fond de Une lueur d’espoir à Patience 4 ? Bouffon, va !
     On a connu Marc Weitzmann plus méchant, incisif et dénonciateur. Avec qui ? Mais avec Marc-Édouard Nabe, bien sûr ! Quand ce dernier publié en octobre 2011 L’Enculé, premier roman sur l’affaire Dominique Strauss-Kahn, survenue quatre mois plus tôt, et dont le narrateur, le « je » est DSK lui-même, Weitzmann avait consacré une page entière dans Le Monde des Livres pour dénoncer la complaisance d’une partie de la critique pour Nabe et son roman…

     Dans son article du 17 novembre 2011, Weitzmann s’en prenait nommément à des soutiens de Nabe comme Éric Naulleau, Patrick Besson, Frédéric Taddeï et Léo Scheer. Ce dernier, éditeur des Morceaux Choisis en 2006 était lui aussi désigné comme une sorte de négationniste à cause de son admiration pour Nabe… Weitzmann le chasseur de bienveillants se fait alors en 2019 le chouchouteur de son ami et employeur Moix. Weitzmann est donc le « bienveillant » d’un écrivain responsable de trois (pas une ou deux) revues, négationnistes gratinées, ce qui mérite une grande explication de 45 minutes sur une radio de service public, et le contempteur d’un écrivain qui sait faire la distinction entre la vérité et la fiction, mais qui a eu la mauvaise idée d’humilier « petit Weitzmann » chez Frédéric Taddeï six mois plus tôt…

     Au cas où Weitzmann aurait pu passer pour un simple animateur de service public, il publie le soir même sa grande page dans Le Monde, pour s’assurer d’être dans le camp des défenseur de Yann Moix. Comment le fait-il ? En répétant sur le papier le soir ce que Moix lui a balancé à midi à son micro ! Marc-Édouard Nabe, « notoirement antisémite, contrairement à ce qu’il affirme » (qui « il » ? Nabe ou Moix ? L’article ne le dit pas…). Ensuite, c’est la rencontre de Moix avec Blanrue, lors d’une fête de la revue Bordel (ce que Moix a prétendu mais qui est faux…). Weitzmann dit que les excuses de Moix adressées à BHL et à la communauté juive font croire à leur omnipotence : il faut demander pardon pour exister, comme si les Juifs étaient sûrement dominateurs en France… Intéressant : c’est peut-être là le premier acte antisémite de Yann Moix, qui, maintenant son passé dévoilé, ne se sent plus obligé de flatter les Juifs. Ushoahia à présent massivement diffusé, Yann Moix est libre est de redevenir celui qu’il était il y a trente ans, il peut oublier l’hébreu et le Talmud… Toute cette affaire a peut-être transformé Yann Moix en monstre antisémite…

     Elisabeth Roustinesco

     Une que l’on n’attendait pas vraiment sur ce sujet, c’est Élisabeth Roudinesco, la grande défenseur de Freud malgré tout ! Ça aurait pu la mettre dans des prédispositions, mais dans sa tribune du Monde, publiée en même temps que celle de Weitzmann, elle assène une rouste terrible à Moix. Elle attaque le livre de Blanrue, Le Monde contre soi, préfacé en 2007 par Moix, le voyant comme un moyen de disculper les nazis de l’antisémitisme, puisque tous les grands esprits se sont distingués, un jour ou l’autre, par des propos sur les Juifs… Elle évoque Orléans en mettant le doigt sur l’obsession de Moix pour les Juifs et les camps : « Quand on lit ce “roman”, on a le sentiment que le narrateur a réalisé un montage littéraire : une pincée d’Harlequin, une touche du divin Marquis et quelques emprunts à Auschwitz, le tout porté par un laborieux vocabulaire psychanalytique. Habité jusqu’à la mythomanie par le couple infernal des Juifs et des nazis, Moix transforme sa cellule familiale en un camp de concentration et se peint en victime de la Gestapo. » Elle n’y croit pas une seule seconde, évidemment, et montre que le livre n’est pas, contrairement à ce Moix et ses soutiens disent, un empilement de témoignages strictement véridique, d’autant plus qu’elle ajoute que le récit est « truffé d’invraisemblances et ponctué de clichés ». À propos de la mise en scène chez Ruquier : « plus personne n’ose mettre en doute la réalité de la scène de l’enfant martyr, victime de parents nazis. »
     Au fait, personne ne pense à se poser ces questions : pourquoi Blanrue n’a pas demandé la préface de son anthologie antisémite à Nabe ? Et celui-ci aurait-il accepté de la rédiger ? Réponses : évidemment, Nabe n’aurait jamais accepté de préfacer Blanrue sur ce sujet comme sur aucun autre. Ensuite, si Blanrue a demandé Moix de le faire, c’est par pur amour pour sa prose, en faisant passer ça auprès de tous (antisémites et anti-antisémites) pour une manoeuvre très « intelligente » : dédouaner Moix tout en le mouillant… Jean-Paul Enthoven est au courant de ça, et toute l’affaire de cette anthologie est racontée en détails, où ça ? Dans Les Porcs (épuisés, bien sûr) !

Pause ?

     Le matin du 2 septembre, l’éditeur de Yann Moix annonce que son auteur ne s’exprimera plus dans les médias. Après les caméras de France 2, le micro de France Culture et la plume de Saïd Mahrane dans Le Point, Yann Moix se tait… Ce qui veut dire qu’il ne fera L’Heure bleue de Laure Adler ? Ni C à vous avec Patrick Cohen qui avait déjà construit son cercueil de cinquième de cerveau malade ? Ni la Grande librairie du collabo Busnel ? Et jusqu’à quand va durer ce silence ? Un jour, une semaine, un mois ? Va-t-il reprendre son émission Chez Moix (produite par Barma !) sur Paris Première ? Alexandre Moix, outré d’être montré du doigt comme étant manipulé par l’extrême-droite et la « balance » d’Ushoahia réclame un droit de réponse. Ça va être rigolo de voir Ruquier répéter son laïus contre La République du Centre, qui avait « osé » donner la parole à Moix, alors que toute son émission a offert une heure d’explication à Yann Moix, sans contradiction à la hauteur ! D’ailleurs, il serait peut-être temps de débloquer sur Youtube l’émission du 31 août, bloquée en France (et en Allemagne), non ?

Pierrat furieux, à juste raison, je trouve…

     Toujours ce matin du 2 septembre, Vandel refaisait une séquence sur l’affaire Moix, autrement plus réussie que celle avec Pierrat et Joffrin…. Pendant un quart d’heure, Laurent Telo et Jérôme Dupuis ont eu la parole tranquillement, pour s’exprimer précisément sur l’émission de Ruquier diffusée deux jours plus tôt. Telo regrettait notamment que Dupuis n’ait pas été invité, ce qui aurait permis un véritable contradictoire. Vandel diffuse un extrait de Moix accusant l’extrême-droite pour interroger Dupuis sur ses sources. En associant Paul-Éric Blanrue et Marc-Édouard Nabe, Dupuis reprend le choix de Moix… Si Blanrue est révisionniste, Nabe ne l’a jamais été, pas plus qu’il n’est d’extrême droite ou antisémite. Il faudrait songer à cesser de les associer ainsi, ça créé l’idée qu’ils ont été proches politiquement, ce qui n’a pas jamais été le cas, il suffit de lire Les Porcs.

     Le soir, les deux émissions (nulles) concurrentes, Quotidien (TMC) et Touche pas à mon poste (C8) évoquent à leur manière l’« affaire Moix ». Chez Barthès, sans invité sur le plateau, Julien Bellver se contente de faire une compilation des autres médias, n’apportant aucune nouvelle information. Il fallait donc quitter le petit monde bobo-arty-féministo-Kooples pour aller chez les beaufs-bourrins-débilo-Kaporal… C’est chez Hanouna que tout se passait ! On retrouvait toute l’affaire dans la rubrique « Gossip investigation », avec Naulleau, chroniqueur (qui n’a pas à lever le doigt pour avoir la parole, comme les autres lèche-cul baba du chef…), mais aussi Pierrat, avocat ! Le regard furibard, maître Pierrat est survolté face à un Naulleau convaincu de la « vérité littéraire » d’Orléans et défend son Moix expliquant qu’il a voulu se racheter… Pour cacher Ushoahia, Moix lit la Torah. Survolté, Pierrat rappelle les faits, chronologiquement, factuellement ! Naulleau anône « est-ce qu’un homme peut changer ? » et raconte avoir invité par le cercle d’études lévinasiennes… On le sait, tout ça ! Naulleau reprend même la fausse explication d’un père inconstant qui change de version… Pierrat n’en peut plus ! En voilà une vraie colère, d’un type excédé par les mensonges. Tellement hors de lui, il parle de cette « ordure », mais (hélas) corrige en précisant qu’il parle de la production de Moix, et pas de Moix lui-même. Hanouna promet qu’un ami d’enfance sera présent sur le plateau le lendemain…

Après s’être « expliqué », Yann Moix se tait… et laisse les autres parler

     En attendant les « révélations » d’Hanouna, on apprend que la direction a franchement désavoué Barma et Ruquier. Sur son blog, Renaud Revel écrit que la direction de France 2 n’a eu accès au final cut de l’émission que quatre heures dans la diffusion. Il est vrai que les rushes ont été tournés la veille exprès, et après le jeudi comme d’habitude, pour limiter les fuites ainsi que les remontrances de la direction. Raté ! Candillis, numéro 2, n’a pas aimé se voir forcer la main par Barma (bientôt numéro 0 du groupe ?), à quelques mois du renouvellement (ou pas) de Delphine Ernotte. Mais Ruquier est encore trop attaché à la grille (des programmes, bien sûr…) de France 2 ; Ruquier n’est pas encore assez cuit pour se détacher de la grille, c’est une règle du barbecue médiatique…

     Le 3 septembre, on apprend que le livre de Moix est absent de la première liste du prix Goncourt. Bernard Pivot explique sur RTL en prétextant une seconde partie plus faible et le risque d’une accusation de soutien d’un écrivain antisémite et révisionniste… Dommage parce que par courtoisie, le maître d’Apostrophes daigne encore trouver un « grand talent » à Moix. Bientôt, tous ces gens-là ne prendront même plus la peine d’essayer de la sauver un peu de ce côté-là. Dans l’après-midi, c’est Ruquier lui-même qui pique une longue colère terrible dans 20 minutes jusqu’à faire du chantage au suicide de Moix lui-même si on ne « lâchait » pas. À propos de suicide, Moix n’avait pas hésité à humilier Maggy Biskupski chez Ardisson le 22 septembre 2018, qui, désespérée par son boulot de merde, s’est tuée avec son arme de service, le 12 novembre… Bavure yannmoixière ? Le soir même, l’éructant Ruq’ s’est calmé et, toujours un peu excédé, intime le silence dans C à vous, face à un Patrick Cohen méconnaissable : celui-ci ne dit rien de l’invitation d’un révisionniste antisémite sur le plateau de Ruquier samedi dernier, personne n’a pensé à lui demandé s’il le considérait aussi comme un « cerveau malade ». Il faut savoir que cette émission de C à vous avait déjà lancé l’invitation à Moix pour qu’il vienne au début de cette semaine, et Cohen l’attendait en aiguisant ses couteaux, mais comme Grasset a donné l’ordre à Moix d’interrompre sa promotion, l’autre a dû ranger toute sa batterie de cuisine… Au même moment, sur C8, Hanouna reçoit Patrick Klugman, qui visiblement a changé de stratégie ! Le grand Vergès disait qu’il pouvait défendre n’importe qui, à condition que son client soit d’accord avec le système de défense, mais on peut être sûr que celui qui aurait même défendu Bush aurait refusé le dossier de Yann Moix…

     Pour Klugman, il n’est plus question d’attaquer L’Express, mais directement la famille Moix. Carrément ! De pire en pire… Il parle de « maîtres chanteurs » qui feraient chanter (faux) Moix, et menace d’un procès les parents et le frère Moix (pour quel motif ?), en affirmant que le récit d’Orléans est véridique : « On a des preuves que c’est vrai, ces preuves sortiront » Mais après quelques minutes, il dit, en mauvais candidat de concours d’éloquence estudiantin qui imiterait un comédien en pleine tragédie : « Quelles preuves peut-on avoir ? Quelle preuve peut-on apporter ? » Les preuves ? Des témoignages ! Klugman éteint son contre-feu en direct ! Parole contre parole, quelles « preuves »… Si c’est du niveau du témoignage qu’Hanouna passe au fil de la séquence, on va se marrer. Qu’apprend-on ? Que le père Moix était impressionnant, qu’il avait une fois sommé brutalement à son fils de rentrer, que Yann Moix était très sympa avec les autres, ne parlait jamais de son frère et qu’il n’était pas pressé de rentrer chez lui. Et c’est tout ! Courage, Klugman !

     Toute la défense de Klugman consiste à faire croire que c’est la famille Moix qui a tout balancé pour discréditer le « diseur de vérité ». L’avocat est soutenu par un Éric Naulleau plus lamentable que jamais… J’aimais bien Naulleau il y a dix ans, son côté rentre-dedans et franc, même s’il s’extasiait trop souvent sur des livres finalement pas si bon. Il a donné l’impression d’être une inspiration pour quiconque veut découvrir la littérature… Aujourd’hui, face à Christophe Carrière, auteur d’un livre sur sa famille, expliquant n’avoir jamais rien éludé, Naulleau ose lui rétorquer : « Je ne savais pas qu’il y avait des règles pour le roman, comme au foot » Mais qu’est-ce qu’il y connaît à la littérature, Éric Naulleau ? Il soutient Klugman jusqu’à s’interroger à voix haute : s’il n’avait pas de sévices, pourquoi avoir révéler les dessins ? Quand Carrière défend Dupuis, en expliquant qu’il avait voulu interroger Alexandre Moix avant la publication, Naulleau, réclame les sources de Dupuis ! Et il a cette phrase terrible, quand Carrière dit ignorer quelle est la source de L’Express : « Nous, on sait ». Dégueulasse de copinage, le Naulleau. Qu’il reste avec ses jeux de mots merdiques sur Twitter, qu’il face ses émissions pour C8, pour Paris Première (et qui encore ?), qu’il se contente des rééditions augmentées de ses bouquins (une pénible version en 2015 pour arriver à 200 pages de son misérable Parkeromane), qu’il se remette en couple avec Pierre Jourde pour nous refaire un Jourde et Naulleau (édité chez Mango en 2010, puis chez Chiflet & Cie en 2015, puis chez Points en 2016…).

Bilan de la promo

     Si on tire le bilan de la promo de Yann Moix, elle est catastrophique à tous les niveaux. D’abord, elle repose sur la défense d’un écrivain au passé « sulfureux », franchement antisémite et révisionniste, sans poser le moindre problème… Ensuite, tout l’édifice se casse la gueule : Moix n’est pas pour le moment sur la liste du prix Goncourt, mais comment Pivot pourrait l’y insérer en avouant que le livre ne le mérite pas, hors de toute polémique. Sur le plan commercial, le livre s’est vendu à 4 790 exemplaires dans la première semaine d’exploitation, et Frédéric Martel affirme le 5 septembre qu’Orléans ne s’est vendu à 8 200 exemplaires (sans compter les retours forts possibles).

     Dans certaines librairies, le livre est carrément sorti des présentoirs montés pour exposer les nouveautés de la rentrée littéraire. Les Fnac les plus indulgentes placent le livre sous les tables… Il n’y qu’à Orléans même, par fierté locale sans doute (il n’y aurait pas de quoi, pourtant…) que le livre cartonne. Enfin, cartonne, cartonne… La République du Centre se fout du monde avec son titre : « Le livre de Yann Moix sur le podium des meilleures ventes dans les librairies d’Orléans ». Oui, mais avec 12 exemplaires vendus (chiffres du 31 août, c’est sans doute 14 à l’heure où j’écris !).

Nabe, « terriblement à la mode »

     Le 6 septembre, L’Obs publie dans sa version papier une enquête de Marie Vaton sur les frères Moix. En déroulant la chronologie de Yann à Paris, elle écrit : « Une partie de ce petit monde idolâtre Céline, invite Soral au prix de Flore et se pâme devant le sulfureux Marc-Edouard Nabe, alors terriblement à la mode. » Ces journalistes découvrent la lune ! Dans son article, Vaton écrit qu’« Alexandre a eu trois enfants avec une ex de son frère, qu’il n’a jamais présentés à Yann. » et ça fait le tour des autres sites comme si c’était un scoop ! C’était depuis mai 2017 dans Les Porcs, page 156 !

     Le même jour, chez Vandel sur Europe 1 (décidément, une pas si mauvaise émission que ça…), Nicolas de Tavernost, big boss du groupe M6, annonce que Chez Moix est bel et bien été déprogrammée. Barma assurait avoir un contrat pour une diffusion à partir de la fin octobre, mais Thomas Valentin, patron de Paris Première, s’était montré plus prudent. Maintenant, c’est fini !

Exit Chez Moix

     Intéressante, cette émission. Plagiaire comme toujours, on n’a pas assez insisté à mon goût sur le plagiat éhonté de Droit de réponse de Michel Polac. Moix a même poussé la copie conforme jusqu’à engager comme chroniqueur le vieux Dominique Jamet qui se demande ce qu’il fout là depuis 1983 ! Il faut bien comprendre que ces gens-là étaient, on peut désormais parler au passé (heureusement), des employés de Barma-Moix. On y retrouve en « invité permanent » (c’est un gros mot, « chroniqueur » ?) Patrick Klugman et Marc Weitzmann… C’est-à-dire deux soutiens affichés, l’un avocat, l’autre journaliste, de Yann Moix pendant toute l’« affaire » ! On peut se demander si leur zèle ne servait pas d’abord à sauver leur employeur et leur pige hebdomadaire de 500 balles à tout casser (on n’a pas la somme exacte, mais ça viendra).
 

     Quant à Arnaud Viviant, n’en parlons pas, il est dans la poche de Moix depuis vingt ans ! D’ailleurs, en décembre 2001, pour la sortie de son livre, Une lueur d’espoir, Nabe a eu à faire à Moix et Viviant dans une émission de Frédéric Beigbeder, Des livres et moi (Bientôt dans Coups d’épée dans l’eau 2…) ! Viviant, aujourd’hui, pigeait pour Moix dans une rubrique faite sur mesure : le Vivianoscope (ridicule !).

Les journalistes suisses, seuls à donner la parole à Nabe

     Le 7 septembre, 24 heures, le quotidien de Lausanne, et son équivalent La Tribune de Genève, publient la première interview de Nabe sur l’affaire Moix où il révèle, entre autres, qu’il a écrit un droit de réponse (par voie d’avocat) adressé à France 2 et Laurent Ruquier pour qu’il le lise à l’antenne avec celui d’Alexandre Moix que maître Pierrat a aussi fait parvenir à la rédaction d’On n’est pas couché. En Une, 24 heures annonçant l’entretien par le titre : « Polémique : mis en cause par Yann Moix, un Lausannois lui répond vertement page 27 »

     Le soir-même du 7 septembre, l’émission est diffusée, tout aussi tartignole que d’habitude, avec des invités débiles, pour une audience lamentable… Évidemment, aucun droit de réponse n’a été lu par l’animateur, ni celui d’Alexandre Moix, ni celui de Nabe ! Après quelques minutes d’émission, Emmanuel Pierrat, furieux, a diffusé un message sur Facebook et Twitter.

     Quant à Nabe, il avait déjà été clair dans son interview : « Ruquier m’a déclaré la guerre, il va l’avoir. J’ai écrit un droit de réponse, on verra samedi s’il le lit. C’est la première fois qu’un animateur du service public exprime ainsi le boycott d’un écrivain. Au moins, quand Patrick Cohen citait la bande des « cerveaux malades » qu’il ne voulait pas inviter, il assumait son choix et donnait des raisons. Ruquier, lui, n’a aucune conviction, c’est juste le pantin de sa productrice. »
     Aussitôt mis sur tweeter, l’article tourne plusieurs milliers de fois dès sa parution…

*

     Voilà où on en est. Cet article fleuve sera évidemment complété dans Nabe’s News. Tout est bon pour comprendre le mieux possible comment un antisémite négationniste, fasciste de corps (dixit Enthoven), renégat, plagiaire, truqueur, mythomane, psychopathe flagrant et notoire, a été protégé par tout ce que le Tout Paris compte comme écrivains, journalistes, philosophes, animateurs, patron de presse… Comment a-t-on pu accorder un pardon aussi rapide à un sous-écrivain qui a pu écrire, dessiner, et penser, de véritables débilités et de véritables horreurs ? Alors que depuis trente-cinq ans, pour deux phrases à Apostrophes, Nabe qui n’est ni d’extrême-droite ni négationniste, subit une condamnation éternelle décidée par les mêmes juges inquisiteurs de la médiasphère incohérente qui sont en train de transformer tout bonnement Yann Moix en victime.

(À suivre)

Docteur Marty