lundi 11 mai 2020
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Les rencontres inopinées d’Anthoine Carton
2) Yves Loffredo

Après François Gibault (voir Nabe’s News)

Samedi 18 janvier 2020, midi trente, il faisait beau, rue de l’abbé de l’Épée entre la rue Saint-Jacques et le boulevard Saint-Michel. J’avais un grand miroir sous le bras assez lourd (1m50 sur 40 cm) collé à une porte d’armoire que j’avais récupéré d’un dépôt d’encombrants d’un particulier en face de la paroisse Saint-François-Xavier.
     De l’autre côté du trottoir, et du côté du miroir, (lui longeant l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, moi longeant le gris mur vide de l’Institut national de jeunes sourds de Paris), je vois alors… Yves Loffredo ! Pas revu depuis 2016 !
     Nos regards se croisent quasiment en même temps (il était avec sa femme). Il va pour me faire un signe du regard puis se ravise. Ça lui donnait, involontairement peut-être, une expression de mépris à mon égard. Ne voulant pas laisser passer cette occasion, au moment où l’on arrive au même niveau, je lui dis assez fort :
     — Sympa ce que t’as fait à Marc-Edouard !
     — QUOI ? crie-t-il assez fort, avec un air très menaçant (qui m’a surpris!).
Je répète :
     — Sympa ce que t’as fait à Marc-Edouard !
Et là, il chamboule vers moi écartant les bras et traversant la rue devant tout le monde (il devait y avoir six-sept personnes marchant chacun de leur côté autour de nous), et hurlant, avec un air très agressif que je ne lui connaissais pas (avec une intonation de banlieue) :
     — QUOI, QU’EST-CE QU’Y A ? T’AS UN PROBLÈME ? T’AS UN PROBLÈME ?
Là, j’ai cru qu’il voulait se battre.
     — Pourquoi t’as fait ça ? lui redis-je
     — Ça te regarde pas ! T’as pas à m’agresser dans la rue comme ça !
     — T’agresser ? C’est toi qui m’agresses !
     — Non. Tu m’interpelles comme ça devant tout le monde.
     — J’ai bien le droit de te dire ce que je pense, non ?
Quelques dialogues s’ensuivent, qui permettent de baisser un peu le ton (le sien).
     — Lui et moi, on doit se voir, avec nos avocats pour un arrangement…
     — Ah ? Je savais pas.
     — Tu sais pas tout. T’as pas à m’interpeller dans la rue comme ça !
     — Tu veux que je t’interpelle comment ?
     — Pas comme ça. Pas dans la rue devant tout le monde. D’abord, on dit « bonjour » puis après on discute.
D’un ton plus calmé, il me dit ça presque fièrement, se détendant du même coup.
     — Pourquoi t’as fait ça ? lui reredis-je, ne lâchant rien.
     — Ça te regarde pas. De toute façon, je ne vais pas discuter de ça ici.
     — Si, ça nous regarde tous. On est tous avec lui. On l’accompagne à tous ses procès.
     — Moi j’ai rien contre toi, mais t’as pas à m’interpeller quand je suis avec quelqu’un…
     — C’est ta femme, je la connais.
     — Ben toi, elle te connaît pas. Nos avocats doivent se voir. Vous êtes tous avec lui…
     — C’est normal, non ? C’est un génie. Quelqu’un lui aurait fait ce que tu lui fais, tu aurais été de notre côté avec nous !
     — Je sais pas, je sais pas, j’aurais analysé, j’aurais regardé ce qui est juste…
     — Nous aussi, on s’attend tous à se faire allumer par lui. Ça va peut-être pas nous plaire.
     — Eh bien, on en reparlera. Tu signeras un papier qui dit comme quoi tu es d’accord avec tout ce qu’il écrit. On verra ce que tu fais. J’ai ouvert une voie. Tu verras un jour, peut-être que tu me remercieras. En tout cas, j’ai lu tous vos témoignages. Celui de l’autre que je connais même pas. L’enfant, à qui j’ai jamais parlé. L’autiste d’Aix-en-Provence. Il a écrit une demi-page sur moi ! Et toi tu as dit que j’étais d’accord…

VALENTIN RIBOLLA, « L’AUTISTE D’AIX EN PROVENCE » SELON YVES LOFFREDO !

     « L’autiste d’Aix-en-Provence », c’est comme ça qu’il appelle Valentin ? Bravo, Loffredo qui a osé faire demander des milliers d’euros à Nabe pour l’avoir qualifié de « ravioli gris trop cuit », traite Valentin d’ « autiste », mais comme il ne l’a pas écrit et surtout que ça n’a pas été lu, ça passe… La voilà la morale du bourgeois dans la pub.

Valentin Ribolla, « l’autiste d’Aix-en-Provence » (dixit Loffredo), avec Hervé Vilard, 2016.

     Quant à moi qui ai dit qu’il « était d’accord », c’est une allusion à mon témoignage contre lui pour Nabe, à son procès du 20 janvier 2017 que j’ai rédigé, et où en effet je disais… la vérité. Il les connaît tous par cœur ? Je le lui confirme, toujours avec mon miroir sous le bras…
     — Marc-Edouard t’avait prévenu qu’il avait écrit sur toi, peut-être pas des choses qui te feraient plaisir et toi tu m’as regardé, souriant, un peu apeuré.
     — Ça voulait pas dire que j’étais d’accord !
     « Pourquoi alors ne pas l’avoir dit sur place ? Une fois, le livre écrit, c’est un peu lâche, non ? » allais-je lui dire lorsqu’il s’est retourné vers à sa femme à une dizaine de mètres qui attendait, et qui, selon moi, avait peur.
     « Vas-y, vas-y, j’arrive ! » lui dit-il.
     — Je me suis attaqué aux complotistes avec lui, me dit-il encore, je croyais que j’allais me faire attaquer et c’est de mon camp que finalement on me… on me… (il mime un coup de couteau) !…
     — Il pense que tu t’étais laissé influencé par ta femme.
     — Pas du tout, dit-il amusé soudain. Au contraire, elle, elle me radoucissait, tu connais pas les femmes. Sinon ça aurait été encore pire. Je le connais depuis 15 ans, depuis bien avant vous…
     — Oui, je sais tu le connais depuis plus longtemps que nous et que tu le connais mieux que nous.
     — Ça va, Marc-Edouard aussi est susceptible. Il avait pas le droit de… (il se reprend) Si ! Il a tous les droits… il a tous les droits.
     — Ben, à priori non, puisque tu lui as fait des procès ! C’était à cause du passage où t’étais torché ?
     Je faisais allusion au chapitre « Yves ivre » dans Les Porcs où Nabe raconte la vérité : Loffredo s’était bourré la gueule ce soir-là et il avait dormi dans sa voiture. Passage amusant et tendre, pas de quoi se vexer et poursuivre l’auteur en justice, ça peut arriver à tout le monde.
     — Non, c’est pas ça. « Perfectionniste » il avait mis… La première version, il aurait dû me la montrer avant…
     Là, je n’ai pas compris à quoi il faisait allusion, Marc-Edouard lui avait pourtant envoyé la première version, justement, par mail, et le jour de mon anniversaire le 22 décembre, je m’en souviens très bien, j’étais là. C’est celle-là qu’il lui a soumise bien avant d’imprimer…

« MOI, JE SUIS TOUT SEUL ! »

     Ensuite Loffredo a tenté de venir aux renseignements auprès de moi (qui ne sais rien)…
     — Je ne sais pas ce qu’il y aura dans Les Porcs 2, je sais pas quand il va sortir, peut-être que tu le sais… Mais moi, j’ai le droit de… répondre.
     — En faisant des procès ? Comme si tu ne le connaissais pas au lieu de venir t’expliquer avec lui à la galerie ? Tu te rends compte que tu as été le premier à lui faire un procès ? Depuis, ça n’arrête pas. Tout le monde lui fait un procès !
     — Oui mais ça j’y suis pour rien. Vous avez tous témoigné contre moi.
     ⁃ Et alors ? Nous on est avec lui, c’est normal non ?
     — Eh bien moi je suis tout seul… Moi je suis tout seul !
     Il a martelé ça sourdement, et avec un air de dépit mêlé à de la colère, comme s’il nous en voulait ou bien s’en voulait à lui, car s’il est TOUT SEUL, c’est bien sa faute.
     Ça a duré en tout une quinzaine de minutes. Il y eut quelques phrases encore, je me rappelle lui avoir dit à la fin « eh bien, j’espère que ça va s’arranger par rapport au rendez-vous prévu avec vos avocats (j’avais peur de faire une gaffe) ». Puis on s’est quittés froidement, sans se dire au revoir, lui rentrait sans doute chez lui et moi chez moi (c’est mon quartier aussi), toujours ce lourd miroir sous mon bras que je ne sentais plus.
     Si ma glace avait pu, en reflétant quelques images de la scène, les conserver, on aurait pu illustrer cet article de quelques photos où l’on voyait la transformation physique de Loffredo par rapport au temps où il travaillait avec Marc-Edouard… Il va falloir se contenter de celle du smartphone de Loffredo que David Vesper a récupérée, c’est la plus contemporaine de ce pauvre « Judas » (comme l’a appelé Marc-Edouard) qui, non seulement revendique sa félonie, mais ne semble pas s’être apaisé après trois années où il a pourtant gagné tous ses procès contre celui qu’il considérait pendant quinze ans comme un maître en écriture de la Vérité, et ayant tous les droits de la dire.

Anthoine Carton

PS : Quinze jours après, en repassant devant ce mur de l’Institut pour sourds, j’ai remarqué que quelque chose était écrit… Ayant déjà éprouvé la force magique de Marc-Edouard, je n’aurais pas été plus surpris que ça d’y lire un passage sur Loffredo tiré des Porcs 2 (ou 3) ! Mais non, c’était un poème comme il y a « Le Bateau Ivre » (pas « Le Yves ivre ») écrit sur un autre mur à Saint-Sulpice… Bien calligraphié, c’était un très beau texte compassionnel d’Alfred de Vigny datant de 1839, « Aux sourds-muets » :

     Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ce vers « Le Silence éternel est votre tabernacle » s’appliquait parfaitement à Loffredo qui lui, s’est rendu volontairement sourd et muet, et qui pour toujours s’est enfermé dans le tabernacle d’un silence éternel.