mercredi 28 février 2018
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Nabe sur son « 41 »

Recension du procès du 23 février 2018

Vendredi 23 février 2018. Cette fois-ci, c’est Nabe qui attaque Loffredo. Il est temps de mettre un peu le nez de ce fou furieux procédurier dans cette merde qu’est la place de l’accusé face à la Justice. Tout le gang nabien s’est donné rendez-vous au palais à 13 h 30 pour assister à ce qui devait durer une heure ou deux. Marc-Édouard a cette fois non seulement le droit à la parole mais compte bien la prendre, et seul, sans avocat.
     Il fait un grand soleil, magnifique, les rayons nimbent nos silhouettes en contre-jour devant la XVIIe chambre. Marc-Édouard, très chic, a tout un dossier de documents et de notes dont il compte se servir pour démonter point par point tous les arguments dégueulasses utilisés par le camp Loffredo depuis des mois et des mois et qui commencent à envahir un peu les esprits, ce qui est fâcheux quand ceux des juges sont touchés directement. À 14 h, on arrive enfin à entrer dans la salle. Brault, l’avocat de Loffredo, est très en retard. Comme d’habitude, c’est débilement fait : plus d’une dizaine d’affaires à juger à la chaîne. On attend… Le numéro gagnant, c’est le 11, c’est ça notre placement. En 10, juste avant, on entend les appelés de l’affaire précédente : une certaine Victoria au nom italien dont on apprendra qu’elle n’a pas pu venir parce qu’elle est enceinte, et surtout son opposant, Jérémy Gisclon. Ça n’échappe pas à David qui glisse aux oreilles de Dimitri et Marc-Édouard : « Jérémy Gisclon c’est Jeremstar, celui d’Ardisson. » Si vous voulez encourager Jeremstar pour son verdict, ce sera le 12 juin à 13 h 30. Il y a, ces dernières semaines, d’étranges échos autour de Nabe de candidats ou de spécialistes de la téléréalité…
     « Affaire Loffredo-Zannini » hurle le clerc audiencier ! Cet audiencier, il est très marrant. Il a Nabe « à la bonne », comme on dit. La Présidente, une sérieuse femme à lunettes, coupe court à notre soulagement d’être enfin appelés puisqu’elle explique qu’il reste encore deux affaires, dont une plus complexe que l’autre qu’elle aimerait voir passer avant. Elle décide en réalité de reculer la plaidoirie de Marc-Édouard après l’autre affaire : ça prendra deux heures, promet-elle. Nabe fait la gueule, s’assure que son affaire ne sera pas bâclée pour autant. On ressort, un peu étonnés, un peu énervés. On se dit que tous ensemble, deux heures, c’est surmontable. Impossible de sortir, sans quoi il faudrait refaire la queue dehors, dans le froid, qui en plus cet après-midi est particulièrement peuplée, et puis la juge, pas gênée, peut nous appeler à tout moment… Bloqués ici, dans le hall, si peu chauffé, sur les grands bancs en bois, les pieds sur le marbre glacé.
     C’est une autre partie de notre journée qui commence alors. Ce n’est pas deux heures qu’on va attendre, mais presque cinq ! Un véritable marathon d’immobilité. Quelques jeunes filles d’abord sont là, des étudiantes en droit (il n’y a que ça au TGI, un véritable vivier…) venues flâner à moitié… Ça discutaille. On arrive même à se faire apporter des sandwichs et quelques donuts depuis l’extérieur. Julien le Belge filme comme un malade. Dimitri, Anthoine, Marc-Édouard et David parlent de sculpture et des Éclats. À propos d’Éclats, rien de tel que de se revisionner un bon Éclat, vieux de 24 h, pour tuer le temps…

     Pour nous distraire, on découvre la réelle personnalité haute en couleurs du fameux audiencier, un Corse chauve souriant, très poli et un peu décalé. Il sort de la chambre et commence à nous parler. Marc-Édouard en profite pour lui poser quelques questions techniques : il aimerait savoir si c’est possible de faire sa plaidoirie puis de quitter immédiatement la salle, un peu par mépris justifié, pour s’épargner la sale réponse de Brault qu’il connaît déjà par cœur. L’audiencier démarre : « Vous savez, même dans les déclarations de guerre il faut respecter les règles de politesse disait Bismarck » Il enchaîne citations sur citations, et multiplie les références toutes plus étranges, mais aussi bien vues, les unes que les autres : Godard, Richard III, Hugo… Il fait même référence au combat Ali-Foreman à Kinshasa – dans lequel Ali avait volontairement laissé un Foreman plus puissant le frapper encore et encore jusqu’à l’épuisement pour finalement renverser la vapeur et l’achever – pour louer la patience, et le fait qu’il puisse être préférable de serrer les dents, de prendre sur soi, pour mieux toucher au but final. Plus largement, il nous raconte, l’audiencier, alors qu’il se change pour redevenir un civil lambda, que sa passion première c’est le cinéma. Ça parle casting avec Anthoine et Valentin. À peu de choses près, l’audiencier devait décrocher un bon rôle dans James bond, aux côtés de Daniel Craig… Zut, alors. Il se réconforte en racontant fièrement qu’il a tué Joey Starr dans un épisode de Mafiosa.
     C’est le balai des robes : voici Isabelle Coutant-Peyre qui arrive ! Avec son ancien stagiaire devenu avocat Samir. Elle n’est pas là pour défendre Nabe, mais elle en profite pour venir passer de longs moments avec lui. Elle est radieuse, souriante, elle plaisante, pose pour des photos, rit et encourage Marc-Édouard qui, assez vite, se retrouvera à discuter aussi avec un groupe de trois jeunes avocats qui lui confient leur désir d’assister à la séance et qui lui donnent quelques ultimes conseils stratégiques. En face, trois jeunes filles attendent aussi. L’une d’elles est accusée d’escroquerie immobilière à la chambre d’à côté. Nabe et Anthoine vont leur changer les idées, elles sont sympas ! La prévenue finalement écopera de trois mois fermes.

     Le temps passe et devient très long alors que le soleil baisse dans le ciel. Et même sur Marc-Edouard ! Le crépuscule se lit aussi sur son visage. Nabe devient plus sombre, et on peut voir que sa flamme éternelle, celle de son énergie qui brûle sans cesse au fond de ses yeux, est en train de s’estomper doucement, comme si sa motivation à se battre contre Loffredo, son excitation à préparer sa prise de parole depuis des jours, étaient en train d’être ternies par cette attente intolérable : Nabe commence à se dire que c’est foutu d’avance, que les juges seront fatigués, inattentifs, etc. Heureusement, sa flamme ne s’éteint jamais. Alors que l’idée de demander un renvoi lui a effleuré l’esprit quelques minutes, c’est son attirance naturelle pour le combat qui reprend finalement le dessus ! Il va le faire !
     C’est vraiment tard. L’audiencier de Mafiosa, Coutant-Peyre, Samir, un autre avocat s’en vont avant le début, hélas… Il est 18 h 30, nous-mêmes sommes fatigués, mais c’est l’heure.

     Après une courte pause, la Présidente rouvre la séance. Les parties se mettent en place. À droite, pour une fois, Nabe, l’attaquant, à gauche Brault le porte-parole du prévenu… Nous, derrière, avec nos carnets de notes et nos crayons. Cette fois, aucun gendarme ne viendra gauler David en train d’enregistrer. On grattera tous, à l’ancienne ! La juge commence par rappeler une énième fois ce qu’est cette affaire Nabe-Loffredo, depuis le départ. Elle signale à plusieurs reprises qu’il s’agit d’une affaire « un peu originale » et « spécifique » qui a déjà beaucoup occupé la chambre. Après son petit résumé, elle pose quelques questions de procédure à Nicolas Brault qui représente l’absent continuel, Yves Loffredo (car une fois de plus, le couard pubard s’est défilé !) : « Pouvez me décrire sa situation actuelle en ce qui concerne son travail, sa famille, etc. ? » Brault répond : « Il a une compagne, et également deux enfants, dont une mineure. Il est directeur artistique dans une agence de publicité… » La Présidente le coupe à moitié, ce n’est pas ce qui l’intéresse : « Très bien, mais avez-vous des informations quant à ses revenus ? » Brault, avec faux sang froid, essaie de répondre avec le trémolo du froussard dans la voix et la gêne du menteur dans le regard : « Non, je n’en ai pas. »
     Dieu soit loué, c’est rapidement au tour de « Monsieur Nabe » ou « Marc-Edouard Nabe » comme l’appelle parfaitement le tribunal du début à la fin (et pas « M. Zannini » comme s’ingénie à le faire Brault). Nabe va s’installer à la barre, et se met à parler dans le micro. Il commence à expliquer pourquoi il fait cette action en justice, qu’il espère ainsi que ça cesse, puisque cette histoire n’a déjà que trop duré, aussi bien pour lui, que pour Loffredo, que pour les tribunaux qui ont autre chose à faire ! Lassé aussi de ces caricatures de justice, Nabe balance les pratiques de petite bite de Brault dont la « spécialité est de livrer ses conclusions systématiquement la veille au soir ». Il remémore aux juges quel genre de mec est Yves Loffredo, c’est-à-dire un homme « traumatisé » et dont le « courage n’est pas l’un des critères de la personnalité », c’est-à-dire un vulgaire fan qui serait bien incapable aujourd’hui, d’où ses absences, de croiser son regard. Après tout, c’est lui qui a mis cette plainte précise en branle.
     Nabe corrige la faux-culterie de Brault sur les revenus de Loffredo qui travaille en free lance superpayé : il vient de faire un clip pour le Chocolat Poulain avec d’ailleurs Sophie Ebrard, la photographe de l’ex-nabienne Audrey Vernon dont on peut admirer les photos dans le Patience 3, tout ça c’est un même petit monde !)… Quant à la concubine de Loffredo, Virginie Hairanian, elle est juriste et complète les revenus aisés du roublard de la pub… Il s’agit de faire payer à Loffredo mais aussi à ce petit Brault toute leur saleté, et leurs nombreuses diffamations, sauf qu’il y a une subtilité : ce que Nabe attaque, ce sont des propos dits « judiciaires », c’est-à-dire qu’il en veut à ce que le camp adverse a versé comme conneries. Nabe considère non seulement qu’il est victime d’une sorte de harcèlement judiciaire puéril, mais que ce harcèlement est fondé sur des arguments mensongers, au sein-même de leurs innombrables assignations, citations. Or, personne ne doit s’en sentir capable, et pour cause, les propos judiciaires sont protégés par un article du code pénal assez casse-tête, l’article 41, que personne, jamais, n’ose attaquer. L’article 41 dit, c’est en tout cas ce qui est presque systématiquement plaidé et reconnu, que tout ce qui est écrit dans des documents judiciaires est inattaquable, pour faire vite. Nabe ne l’entend pas de cette oreille : sans vouloir révolutionner le système de la justice (il aimerait bien, cela dit), il aimerait au moins souligner l’absurdité injuste d’un tel article.

     Nabe, très classe dans son costume (fini l’époque « clodo »), s’est mis sur son 31 pour lire  l’article 41… Dans son contenu principal, l’alinéa 3 dit : « Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. »). D’accord, dit Nabe, mais il existe des exceptions qui sont rappelées aux alinéas 4 (« Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. »), et 5 (« Pourront toutefois les faits diffamatoires étrangers à la cause donner ouverture, soit à l’action publique, soit à l’action civile des parties, lorsque ces actions leur auront été réservées par les tribunaux, et, dans tous les cas, à l’action civile des tiers. »), et qui ne sont jamais mis en lumière et totalement méconnus de tous. Nabe les rappelle à la barre, pour justifier sa plainte et faire mouche.
     En outre, il complète sa démonstration technique par l’article 24 du Code de procédure civile qui énonce que : « Les parties sont tenues de garder en tout le respect dû à la justice. Le juge peut, suivant la gravité des manquements, prononcer, même d’office, des injonctions, supprimer les écrits, les déclarer calomnieux, ordonner l’impression et l’affichage de ses jugements. » Tout ça, Nabe le balance aux visages surpris, mais intéressés, des juges. Les deux assesseurs se repassent le code rouge pour vérifier les dire de l’auto-avocat  amateur… Il démarre donc sa prise de parole plus comme un expert du système judiciaire que comme écrivain et qui considère que puisque ça existe dans la loi pourquoi ne pas s’en servir.
     Ce que Nabe regrette avant tout, c’est cette quantité de calomnies qui sont entrées dans la tête des juges qui ont rendu le verdict du 20 décembre. La Présidente en face de lui fait la moue : « Vous commentez carrément un jugement là… » Eh oui, madame ! Quand on a affaire à une « propagande » – puisque Nabe explique que cette façon de répéter encore et encore des choses fausses ça s’appelle comme ça – on se défend ! La Présidente commence déjà à le presser et à lui demander d’être concis… « Le plus concis possible après 4 h d’attente, bien sûr. », lui répond Nabe. Marc-Édouard avait relevé dans sa plainte une douzaine de points très précis sur lesquels il souhaite reprendre ses adversaires et prouver leur faute. Il les détaille, un à un, avec ses arguments, qu’ils soient littéraires, moraux ou carrément légaux.
     On n’a pas l’habitude de voir Nabe – encore une métamorphose inattendue ! —  se transformer soudain en juriste, mais les autres se sont tellement enfoncés dans leur bac à sable de morveux, qu’il est bien obligé de remettre un peu d’ordre dans cette confusion. Confusion par exemple, dans les propos des Loffrediens, entre le manuscrit et le livre réellement imprimé… Confusion encore dans le jugement de l’affaire du 20 décembre où, dans le résumé, il est écrit que c’est Nabe qui avait fait un appel avant de s’en désister alors que c’était bien évidemment Loffredo qui a fait appel avant de se rétracter avec Brault pour attaquer au fond, sans aucune conséquence d’ailleurs… Diffamation sur la supposée absence d’envie de conciliation chez Nabe, alors qu’il a été, lui, pris au dépourvu, du jour au lendemain, avec procès directement quelques jours après, et qu’il a écrit à la compagne de Loffredo et amie de Brault un long et très beau mail, dont il lit un extrait, d’une vraie tendresse, pour essayer de raisonner son mari, ou la convaincre elle, en leur proposant carrément de passer à la galerie pour discuter des passages problématiques, et au contraire de Brault et Hairanian qui ont essayé à deux reprises de l’intimider et de le forcer à accepter leurs demandes égoïstes… Diffamation aussi, encore présente partout, qui sous-entend que Nabe n’a pas observé totalement les demandes de l’excellent juge Rondeau qui l’avait obligé à supprimé trois passages secondaires alors que Nabe a totalement, à la virgule près, fait disparaître du livre final tous les passages incriminés. Nabe rappelle qu’en-dehors des instructions du juge Rondeau qui n’a jamais voulu le censurer, il fait encore ce qu’il veut. Diffamation encore au sujet du préjudice : c’est Nabe qui est victime d’un préjudice : Yves Loffredo a bousillé le rapport avec l’imprimeur, Yves Loffredo est entré dans la vie de Nabe (en voulant en faire le parrain de ses filles, en s’incrustant partout, etc.) et non le contraire comme il le proclame… Nabe tire à tout va !
     Il cite maintenant des arrêts de cours de cassation pointus de 2004, 2005, où les juges ont été justifiés de demander des dommages et intérêts après avoir constaté des diffamations dans des écritures judicaires. Voilà pourquoi Nabe demande 30 000 euros à Loffredo, le rat terrifié à l’idée de payer, et qui avait osé lui réclamer, lui, en janvier, dès le début de la procédure, près de 75 000 euros ! pour un manuscrit pas encore édité.
     Nabe termine en disant que le dernier argument qu’on pourrait lui opposer en plus de l’article 41, à savoir celui de la confidentialité des papiers judiciaires, ne tient pas, puisque l’assignation diffamatoire est tombée dans bien des mains. Celles des imprimeurs d’abord, puis des ancien collègues de Loffredo de l’Agence Australie (à qui il avait fait aussi un procès) et surtout aux huissiers qui ont rédigé et apporté les actes à Nabe, toujours les mêmes : Anne Kermagoret, Eric Miellet, Jérôme Laranjo, Lina Ung  (on a noté les noms sur nos bancs), et qui ne sont pas tenus au secret. D’après Nabe, très drôle à la barre, ça a discuté ferme dans les dîners en ville, on s’est gaussé à fond sur les descriptions nabiennes de ce pathétique maquettiste incompétent et gris comme un ravioli !

     Les juges laissent Nabe finir, même s’il a très largement écourté son propos, de lui-même. Pas de questions. C’est au tour de la procureur, directement, de s’exprimer. On avait eu, pour divers procès précédents, de bons souvenirs des procureurs, qui peuvent être très bons, très précis, très justes, même si trop régulièrement timorés… Celle-ci, trentenaire pète-sec, s’est levée et a pris la parole peut-être 30 à 40 secondes, pas plus. Elle a été méprisante, sèche, courte, gavée, expéditive : elle a juste demandé la relaxe du camp Loffredo au nom de l’article 41 car il rend la citation de Nabe irrecevable… Mais c‘est exactement le contraire qu’il vient de démontrer ! Elle se rassoit et feuillète ostensiblement d’autres paperasses. Madame ne veut rien savoir peut-être parce qu’elle a appris quelque chose ? On aurait dit qu’elle réagissait comme quelqu’un qui avait été vexé d’avoir découvert par un néophyte deux alinéas souvent occultés de son putain d’article 41 !
     On va passer plus vite sur la prise de parole du Brault. Il répète bêtement, en perroquet roux et moche, ses habituels mensonges. Il va jusqu’à continuer à sortir des sottises qui viennent pourtant juste d’être dévoilées… Il lâche toutefois quelques propos révélateurs quand il regrette notamment que Nabe soit un tel « rouleau compresseur », que Nabe « n’en fait qu’à sa tête et fait de ce procès un spectacle ».
     — Ne vous y trompez pas madame le Président, M. Zannini manipule la Cour. C’est quelqu’un qui a avec lui les plus grands avocats de Paris, Maître Coutant-Peyre, Maître Pierrat, mais il vient ici seul, parce que ça l’amuse !
     Sous entendu, Loffredo, lui, a le plus mauvais des avocats ! Peuchère… Brault poursuit sa plaidoirie en forme de portrait à charge du monstre de méchanceté Zannini. Il répète le fameux texto que celui-ci a envoyé à Loffredo le 4 janvier 2017, piètre pièce, lorsqu’il a appris que son DA avait planté ses imprimeurs. « Tu vas payer cher ta vexation, espèce d’ordure bourgeoise ! » Pour Brault c’est clairement une menace. Pourquoi pas de mort ? Il oublie à chaque fois de citer le début du SMS, un vrai Haï Ku du « Con Inconnu » : « J’ai toujours su que tu n’étais qu’un petit mec lâche, radin, incapable, stupide, mesquin et sournois. »
     Chaque « argument » avancé par Brault est tellement révoltant de fausseté, de torsion de la vérité et de volonté d’enfumer l’esprit de la juge, que Marc-Édouard ne peut se retenir de manifester sa désapprobation… « Si ! » « C’est faux ! » Au risque de se faire recadrer par la Présidente car, et c’est bien dommage, chaque partie ne peut pas répondre à l’autre dans une sorte de confrontation de discours. C’est une faiblesse de la Justice de ne permettre que des réquisitoires et plaidoiries alternés. Le jugement y gagnerait si chacun pouvait rétorquer spontanément à l’autre, même d’une façon disciplinée.
     Enfin, croyant enfoncer le clou, l’avocat fait plutôt sauter une soupape en soulageant toute l’assemblée quand il balance de lui-même, puisque Nabe s’était abstenu de le faire, que Loffredo n’est qu’un « gros connard », un « sans-couilles » et une « sombre merde ». Certes, ce sont des citations, mais tout de même ! Brault interroge la juge et lui demande, sans rire :
     — Vous imaginez ce que ça fait que de ressentir qu’on a donné quinze ans de sa vie à quelqu’un qui pense en fait qu’on n’est qu’un « pédé » ?
     Les rires dans la salle ont du mal à s’étouffer. Le Brault essaie de faire pitié avec son Loffredo atteint de « harcèlement » sur ce qu’il appelle « un blog » (Nabe’s News bien sûr), un Loffredo « atteint au plus profond », un Loffredo qui, d’après lui, donnerait tort à Nabe sur ses accusations de lâcheté et de manque de courage, en ayant justement le courage de faire toutes ces plaintes jusqu’au bout… Ben voyons ! Une chose est sûre, Brault, Loffredo et compagnie sont obsédés par notre gazette. Les juges, eux, c’est très clair, s’en foutent complètement. Juste avant de conclure, Brault lit le chapitre « Yves racketté », grand moment de littérature et d’humour que lui-même ponctue finalement par une ironie qui veut dire la vérité : « Merveilleux, délicieux, n’est-ce pas ? » Bah oui, Brault ! Nicolas Brault termine par un piteux appel à ce triste article 41, et puis il ose carrément demander aux juges de faire payer Nabe pour procédure abusive, via l’article 472, pour avoir fait cette plainte pour procédure abusive, parce que d’après lui il n’y aurait rien de diffamatoire ou d’attentatoire à l’honneur de Nabe dans toutes leurs dégueulasseries… Gonflé ! La Présidente donne la date du résultat : 22 mai.
     Brault le lèche-fion, va remercier la Procureur, puis laisse un exemplaire des Porcs à la Juge pour son édification en ajoutant « Vous trouverez mes coordonnées à l’intérieur »… Personne ne salue le minable plongé dans l’ombre… Il est plus de 20 h et il fait totalement nuit quand on sort enfin tous du palais de justice. On marche ensemble, solidaires, à discuter de notre interminable journée. Tout est décortiqué comme des coquilles de fruits de mer : pour autant, ce sont des pizzas qui seront englouties dans la bonne humeur. Comme d’habitude, on imagine bien Loffredo, Brault et Hairanian et leurs petites soirées maussades. Ou plutôt on évite de les imaginer : pas de masochisme… Nabe n’a pas grand espoir dans la Justice, mais on ne sait jamais, et surtout peu importe : cette affaire Loffredo dure depuis déjà des mois et des mois, et Nabe a bien d’autres chats à fouetter, plus virulents, plus beaux, plus grands, plus doux, plus tout ce qu’on veut, puisque tout est de toute façon mieux qu’un sale traître comme ce Judas de Loffredo. Il faut se battre jusqu’au bout, secouer l’arbre à fond jusqu’à ce que toutes ses feuilles tombent enfin, et après il faut l’abattre.