mercredi 6 juin 2018
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Un vieillard à la barre

Le vendredi 18 mai, pour 13 h 30, nous étions repartis pour le cirque judiciaire… Cette fois, c’était pour la date de fixation du procès que Raffael Cabin, dit Enault, intente à Alain Zannini, dit Marc-Édouard Nabe. Le nouveau palais de justice de la porte de Clichy n’a rien à voir avec celui de l’île de la Cité. Froid, tout blanc une ambiance de supermarché et d’hôpital conçu par l’architecte de Beaubourg. Beaucoup de verre, bois à l’américaine, escalators comme à l’aéroport. Et partout aux étages, en grandes lettrines, de grandes phrases clichées sur la liberté, la justice, des injonctions faites pour rassurer le peuple prévenu mais qui surtout font flipper et ne sont pas appliquées, ici moins que jamais.
      Anthoine, Valentin et David accompagnent Marc-Édouard. On est montés au sixième étage mais on a dû redescendre au rez-de-chaussée pour voir sur un écran, comme à la gare ou à l’aéroport, les salles et les horaires qui y sont indiquées. Bon embarquement !
     Les paravents de verre à tous les étages ne sont pas assez hauts pour qu’un désespéré, arabe ou pas, soit découragé de se jeter dans le vide jusqu’en bas. Selon Anthoine, ça ne va pas tarder. Rien de plus facile que de s’écraser injustement comme une merde au nouveau TGI. À suivre…
     Devant la salle, des annonces pour ventes d’appartements sont collées au mur. Il n’y en aurait pas un, par hasard, pour Nabe ? Nous entrons et découvrons donc la nouvelle 17ème chambre correctionnelle : quatre écrans de télés mal positionnés, un projecteur sans écran, des séries de bancs blancs parallèles, une fausse estrade et le plafond en bois de petite qualité. Tablettes tactiles pour tous mais aucune accélération du rythme. Les micros présents partout ne fonctionnent pas. Huit enceintes Bose inutiles au plafond. Quel son peut bien sortir de là ?
     Ce n’est pas aujourd’hui qu’auront lieu les réquisitoires et plaidoiries. Le prévenu était présent mais pas l’accusateur… Et soudain, au dernier moment, on l’a vu surgir : Raffaël Enault, avec son avocat. Un vrai grand-père de 27 ans, ce Enault, deux mètres de long, cheveux trop longs, sans coupe, aux yeux globuleux de chien triste, la barbe forte du soir alors qu’il est à peine 14 h (two o’clock shadow ?), jean délavé sans forme et trop grand pour lui (mais avec ourlets à la cheville), chaussettes rayées jaunes dans converses beiges… Mais c’est surtout son pull qui nous a marqués, un pull à quatre motifs horizontaux différents, vert bordé de rose et de jaune, entre le poncho hippie et le maillot du tour de France, bref un pull de pédé !
     Après quelques délibérés d’usage : c’est à nous. « Affaire Zannini » Marc-Édouard se lève. C’est le prévenu qui est d’abord invité à se présenter au pupitre en plexiglas. Les trois juges sont des têtes connues, : le juge assistant qui était à droite pour Loffredo est ici à gauche, la procureure de Salim est devenue juge principale et la juge principale de Salim est elle à droite. De vieilles connaissances, donc. On demande à Nabe de décliner son identité, il en profite alors pour expliquer que ce n’est pas la première fois qu’il se présente… « Le tribunal s’en rappelle, Monsieur Nabe » lui dit alors le juge à gauche, en souriant, sourire qu’il ne lâchera pas pendant de longues minutes. On demande à Nabe d’indiquer son lieu de naissance, jusqu’à l’arrondissement de Marseille : « À Marseille, dans le huitième, à la clinique Bouchard, là où est né Zidane » précise Marc-Édouard, au grand amusement général (sauf celui d’Enault, toujours aussi sombre). Enault, d’ailleurs, qui restait dans les papattes de son avocat, s’est fait rappeler à l’ordre par la juge comme une maitresse le fait à un élève, puisqu’elle l’a obligé, à deux reprises, à se déplacer. « Vous êtes là Monsieur ? Levez-vous ! Vous pouvez approcher… » D’abord pour le faire asseoir au premier rang, ensuite pour le refaire carrément lever et s’installer juste à côté de Marc-Édouard au petit pupitre. Ils étaient côte à côte, ce qui faisait bizarre. Le nain à côté du géant, on voyait la différence, et le nain était évidemment Enault.
     L’avocat d’Enault a remis à Nabe une nouvelle série de conclusion sur les « intérêts civils » dans laquelle ils ont rajouté des éléments du dernier Nabe’s News ! Marc-Édouard les a feuilletées rapidement et a cru qu’il s’agissait de 22.000 euros supplémentaires : « Non, c’est compris dedans. » lui a soufflé le souriant avocat d’Enault.
     Lorsque la juge a demandé aux parties combien de temps ils comptaient plaider, l’avocat d’Enault a indiqué vouloir parler 20 minutes et Nabe a lui demandé 30 minutes en expliquant non seulement qu’il serait seul, sans avocat, et qu’il souhaitait faire venir un témoin à la barre, en l’occurrence une jeune femme, Marianne RV, qui est tout simplement l’auteur du texte incriminé, qui n’était lui qu’une réponse à une attaque première de Raffaël Enault. Marianne viendra donc à la barre le 11 octobre 2019, les magistrats ont tranché : « Très bien ! » a dit Nabe. Dans un an et demi, ça laisse de la marge au petit Enault de souffrir encore.
     Pendant ce temps-là, deux feuilles sont discrètement, entre deux murmures, présentées à la Présidente, en même temps, par les deux juges assistants. Les deux, à moitié cachés derrière leurs feuilles, semblent s’en amuser alors que la Présidente, elle, se contient difficilement, laissant échappant une moue mystérieuse : le fameux montage de Nabe’s News ?
     Ne reste plus qu’à fixer la somme de consignation. C’est vraiment à la tête du client ! Nabe avait payé 500 euros pour avoir cité Loffredo. Pour Enault, le pauvre étudiant, le pull (oh ce vert !), ce sera 350. Tarif étudiant ! Ça paye de ne pas avoir d’argent ! Il s’en tire très bien. Pourtant son avocat a énoncé fièrement qu’il avait gagné 10.000 euros grâce à son ouvrage sur Dustan, sauf que c’est forcément un avaloir puisqu’il n’a vendu que 79 exemplaires…
     Nabe essaie de dire ensuite à la Présidente qu’il cherche à se faire de l’argent sur son dos parce que son livre n’a pas marché : « Hors sujet » (1) souffle Enault à son adversaire. Ce sera le seul échange de l’audience.

     (1) Hors sujet ? On aura tout le temps d’aller sur le fond, comme dit la juge, et prouver ce que Nabe avance : Enault fait ce procès pour récupérer l’argent qu’il n’a pas gagné.