lundi 25 septembre 2017
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Yves Loffredo, le con inconnu

Entretien avec Marc-Édouard Nabe

Le seul individu ayant osé faire un procès à Nabe depuis 32 ans a désormais un nom : Yves Loffredo. Personne ne le connait encore mais il sera célèbre pour cela, comme Erostrate qui avait brûlé le Temple d’Artémis à Ephèse et dont le nom maudit n’a été retenu que pour cette raison. Ce minable Loffredo a intenté pas moins de trois procès à M.-É. Nabe, plus un appel contre Les Porcs parce qu’il y est traité de… « minable » ! Ça mérite explication…

Sébastien Cacioppo : — Marc-Edouard Nabe, j’ai entendu par des bouches indiscrètes que votre maquettiste, monsieur Yves Loffredo, vous faisait un procès, voire des procès. De quoi s’agit-il ?
Marc-Edouard Nabe : — Oui, ça m’a surpris puisque c’était l’un de ceux en qui j’avais le plus confiance dans mon équipe proche. On dit qu’il y a toujours un Judas quelque part, mais je ne m’imaginais pas que ce soit Loffredo (certains disent qu’il en a la tête !), car en toute confiance je lui avais transmis le manuscrit prêt à être imprimé.

S.C. : — Pour quelle raison ?
M.-E.N. : — Parce qu’il allait aider, comme d’habitude, mon composeur Thomas Moulin à vérifier les « gris » des chapitres (équilibre entre les lignes des pages et leurs blancs). Il avait même déjà envoyé la couverture à notre imprimeur allemand que lui-même avait contacté. Donc tout était en place en décembre 2016, et il a été d’autant plus étonnant qu’il réagisse comme ça qu’il était au courant de ce qui allait y avoir dans ce livre dont il était l’un des personnages principaux. Depuis cinq ans, Loffredo suivait le livre et l’approuvait, il participait activement à l’écriture même des passages le concernant, venait dans ma galerie, où avec mon assistant Antoine et mon correcteur Tommy, et bien d’autres qui ont pu attester de ses visites fréquentes, il « travaillait » dessus, nous donnant des informations, ajoutant encore des détails, non seulement pour enrichir son portrait mais ses actions racontées et les scènes dans lesquelles il était impliqué.

S.C. : — Alors d’accord, mais sur quels fondements vous fait-il un procès ? Enfin des procès plutôt ?
M.-E.N. : — Vu son silence, après la remise du manuscrit, j’ai dû l’appeler le 22 décembre au soir, et j’ai constaté qu’il était mécontent de ce qu’il avait trouvé dans le livre, et ça je peux le comprendre, parce que j’ai déjà eu cette expérience avec mon Journal Intime et beaucoup de gens se sont fâchés avec moi, ce que je comprends aussi. Mais de là à me faire un procès ! Là on arrive quand même à une nouvelle étape. Les lecteurs de bonne foi qui ont lu le livre ont pu remarquer que son personnage, même s’il est souvent raillé, l’est avec une certaine tendresse, et surtout, les adjectifs négatifs sont dispersés dans 320 chapitres !… Ce ne sont pas des propos les uns à côté des autres. Mais lui a juste cherché son nom sur le PDF confié, et s’est infligé à lire à la suite, sans contexte, toutes les occurrences qui le concernaient.

S.C. : — Vous n’avez pas réussi à le calmer ?
M.-E.N. : — Si, et le 23 décembre je lui ai proposé de passer à la galerie pour discuter de certains aménagements de paragraphes s’ils le gênaient particulièrement dans sa vie de publicitaire et de bourgeois. Mais je n’ai plus eu de nouvelles, et le 17 janvier 2017, sans me prévenir, il m’envoyait un huissier, tout à fait comme dans un film, avec une mallette, une gabardine, qui m’a remis le manuscrit stabilé à tous les passages qu’il trouvait injurieux sur lui, ou attentatoires à sa « vie privée ». Mais donner quelques éléments de sa « vie privée », je le répète, il était d’accord. C’est lui qui m’a impliqué dans sa vie privée. J’étais invité à la première communion de sa fille aînée, je devais être le parrain de sa cadette… Il a organisé des vacances en Mauritanie pour Audrey Vernon et moi. Il venait tout le temps me voir jouer avec mon père au club de jazz « Le Petit Journal » avec sa concubine, leurs amis, et ses enfants qui adoraient Leïla…

Dans son assignation, Loffredo professait le contraire de ce qu’il avait toujours dit pendant quinze ans avec moi, et en dehors de moi pour me défendre, c’est-à-dire que j’avais tout à fait le droit de parler de tout ce que je voulais, de la vie des gens comme de la mienne, et que c’était ça qui faisait l’essence même de ma littérature. Et ce principe a été complètement bafoué par lui dès qu’il s’est agi de sa petite personne, et ça tout le monde l’a remarqué. Beaucoup d’autres amis ont témoigné, dans les attestations que j’ai produites au procès, que Loffredo avait toujours été complice de mon parti-pris de nourrir mes personnages de leurs expériences personnelles. En plus, Les Porcs ne sont pas mon Journal intime, il ne s’agit pas d’un livre sur moi et mes « amis », mais sur le conspirationnisme. C’est la description de toute une secte qui a agi dans les années 2010. Et Loffredo est un élément essentiel pour moi puisque par ses accointances d’extrême droite dans sa jeunesse, et tout à fait séduit dans les années 2010 par certains aspects de cette mouvance, il est allé lui-même établir des liens d’amitié, en tout cas de curiosité, avec les personnalités de ces milieux. Loffredo était une sorte d’espion pour moi, qui allait sur le terrain enquêter et qui me rapportait des informations, voilà. Et ça s’est toujours bien passé d’ailleurs entre nous. C’est avec une grande complicité qu’il est allé à certaines soirées, cocktails, réunions, où moi je ne voulais pas me montrer et auxquels je n’avais pas accès non plus. Il s’y rendait aussi souvent de son propre chef parce que ça l’intéressait, et il croyait sincèrement, au premier degré, dans la possibilité d’une « dissidence » qui pouvait changer les choses en France, et a voté Jean-Marie Le Pen en 2007… ce dont je me moquais. Je rappelle aussi que Loffredo me suivait quand j’allais rencontrer Dieudonné.

Il avait même hésité à devenir aussi le directeur artistique d’Alain Soral. Déjà une trahison larvée… C’est-à-dire qu’il était à deux doigts de prendre part à « Égalité & Réconciliation », de faire leurs affiches, leurs logos, et pourquoi pas des couvertures pour leur édition KontreKulture. Il en était là, et s’il ne l’a pas fait, ce n’est pas par réticence idéologique, mais parce qu’il avait peur de moi. Un sentiment qui est intrinsèque à sa personnalité.

S.C. : — Loffredo a d’abord agi en référé ?
M.-E.N. : — Voilà. J’avais trois jours seulement pour constituer un avocat. Mais je n’avais pas les moyens de m’en payer un, contrairement à lui qui a constitué Nicolas Brault, un ami de sa concubine juriste. En trois jours, il a donc fallu que j’imagine ma propre défense, que je réunisse des témoignages et que j’aille au tribunal.

S.C. : — C’était pour injures ou diffamation ? Parce que, juridiquement parlant, ce ce n’est pas la même chose.
M.-E.N. : — C’était principalement pour atteinte à la vie privée. Et surtout pour avoir utilisé son nom. Il voulait, dans cette première assignation, que toute sa participation à mes livres et tracts depuis dix ans soit niée ! Alors qu’il en était fier pendant tout ce temps. Cette non-assumation est l’une des plus moches choses de son action en justice. Loffredo a soudain paniqué quand il a vu ce qui était écrit sur lui et s’est vexé de certaines de mes notations (hélas justes) sur sa faiblesse notoire, sa bêtise, ses gaffes professionnelles qui en faisaient un personnage idéal d’imbécile parfait à mettre dans un livre. Flaubert n’aurait pas fait autrement que moi. Il n’a agi que par peur du qu’en-dira-t-on, que par petite frousse d’ego blessé. On a alors tous assisté à quelque chose de pas beau : une espèce d’auto-reniement, car il se reniait lui-même, il reniait quinze années de fidélité et de loyauté, en prétextant que c’était moi qui l’avais trahi, alors qu’évidemment c’est le contraire.

S.C. : — Pourtant sur les tracts, ses initiales, Y. L., étaient indiquées, telles des mentions légales…
M.-E.N. : — Voilà. Mais ça, son propre avocat ne l’avait même pas vu. Loffredo le lui avait caché ! Difficile ensuite d’affirmer qu’il n’y était pour rien.

S.C. : — Parlez-nous de l’audience. Comment s’est-elle déroulée ?
M-E.N. : — Le 20 janvier, jour du premier procès, Loffredo n’était pas présent (après, il me reprochera de le considérer comme un « sans-couilles ! »).

Il a fallu que je dise tout ça au juge totalement agacé par l’avocat qui n’avait que des mauvais arguments à nous asséner… Devant le juge Rondeau, à la barre, seul, j’ai plaidé ma cause et démonté l’assignation très brouillonne, pleine de contre-vérités de cet avocat qui a d’ailleurs essayé de m’acheter, on va dire, avant l’audience dans le couloir, en me disant que ça serait bien qu’on négocie avant la décision du juge… J’ai refusé. C’était trop tard. J’avais envoyé une lettre à la concubine de Loffredo pour les ramener à la raison, en vain. Après la date du 20 janvier, il n’y avait plus de conciliation possible. Les Loffredo devenaient les premiers à m’attaquer personnellement en justice ! Ils devront l’assumer. Je dis les Loffredo car je soupçonne, et j’ai beaucoup de raisons de le faire, sa concubine d’avoir poussé le pauvre Loffredo dans cette voie. Peut-être sous forme de chantage en lui disant : « Maintenant, il faut que tu choisisses, c’est Nabe ou nous ! »  Nous, c’est-à-dire elle et leurs filles. Virginie Hairanian (c’est son nom) se venge, d’une certaine façon, de l’affection, pour ne pas dire plus, que son Yves me portait pendant quinze ans, où elle s’est sentie lésée dans son couple. Elle a dû le menacer car plusieurs amis communs, qui l’avaient appelé avant l’audience pour lui demander de retirer sa plainte dans son intérêt, m’ont rapporté cette phrase symptomatique que Loffredo ânonnait : « Je n’ai pas le choix ». Si, il avait le choix bien sûr.

S.C. : — Alors, Marc-Édouard Nabe, venons-en sur la substance même de son assignation. Outre les fondements juridiques utilisés – qui, du reste, ne sont pas surprenants – de quoi vous accuse-t-il in concreto ?
M.-E.N. : — Il parlait dans son assignation d’un « acharnement délibéré », comme si j’avais fait un livre sur lui ! « Violation du droit moral ». Le plus drôle, c’était les insultes relevées, soi-disant à caractère raciste. Par exemple, à un moment donné, je dis que Yves Loffredo me fait penser à un ravioli gris trop cuit, et lui il dit que c’est raciste contre les Italiens ! Oubliant non seulement que moi je suis aussi italien que lui, mais surtout que comme raciste, il se pose un peu là. Il n’a pas trop de leçons à me donner…

Non seulement il m’assignait moi, mais aussi les imprimeurs avec lesquels il avait encore, une semaine avant, des relations cordiales… Son objectif était clair : c’était que Les Porcs ne sortent pas. Ce livre, qu’il trouvait si important, il voulait le censurer ! Ce devenu fou exigeait que tous les passages où il était cité soient enlevés ! Ça c’était impossible. Il menaçait aussi que si je publiais quand même le livre, il demanderait à la justice dix mille euros par injure, puis cinquante mille par infraction constatée. Rien que ça ! Plus évidemment cinq mille euros de condamnation pour moi et ma société. Le plus blessant étaient les pièces qu’il avait versées au dossier, qui allaient de ma note Wikipédia (en me diffamant puisqu’il disait que c’était moi qui l’avait rédigée, ce qui est faux) à toutes les juridictions auxquelles j’ai eu affaire depuis le début de ma « carrière », y compris mon procès avec la Licra en 1985. Il se mettait soudain du côté des gens qu’il détestait dans le seul but de me nuire ! Sans oublier l’« Avertissement » des Porcs que j’avais prépublié en 2014, et qu’il avait lui-même composé et collé par affiches la nuit avec des amis ! Pour lui, tout à coup, tout était bon pour constituer des pièces à charge contre moi.

S.C. : — Quels étaient les points particuliers que Loffredo voulait laisser dans l’ombre ?
M.-E.N. : — D’abord, ses accointances dans sa jeunesse avec le mouvement skinhead et en particulier Serge Ayoub-Batskin (il avait peur que ce soit su à cause de ses activités de publicitaire bobo d’aujourd’hui).

Et puis une scène où il était ivre mort un soir, où il avait peut-être pris la seule cuite de sa vie, qu’il avait cachée à sa concubine Hairanian, et à l’issue de laquelle je l’avais mis dans sa voiture pour qu’il y dorme jusqu’au petit matin, afin d’éviter qu’il ait un accident en rentrant chez lui. Voilà, soyez remercié !

S.C. : — Quel jour a eu lieu l’audience en référé et quel en a été le résultat ?
M.-E.N. : — Le 10 février. Le juge m’avait demandé quand le livre devait sortir en principe. J’avais répondu : « le 20 février ». Il m’a dit alors : « Bon, je vais vous donner ma décision le 10 ». Sous-entendu : « Comme ça, ça ne vous mettra pas trop en retard et vous laissera le temps de le publier ». On voyait bien que le juge Rondeau n’avait pas du tout l’intention de censurer un de mes livres sous prétexte qu’un des personnages, tout à fait palot, insignifiant, sans intérêt, mais qui pour moi était capital dans mon processus narratif, s’insurgeait, se révoltait, contre ce que j’en avais fait littérairement. Finalement, le juge n’a pas demandé à Loffredo les dommages et intérêts que j’étais en droit de recevoir car il m’avait fait perdre complètement mon planning, et aussi mon imprimeur, puisque ce dernier ne voulait plus continuer avec moi parce qu’il était menacé d’un procès (ce que je comprends très bien). Le juge, tout en « déboutant » l’appelant de toutes ses demandes, m’a condamné à un euro symbolique et à supprimer, j’imagine pour le consoler, une vingtaine de lignes sur sa fameuse cuite, et puis un seul passage où il disait qu’il avait été copain avec des skinheads. Mais sans m’obliger à retirer tous les autres passages sur les mille pages qui parlaient de ces questions-là explicitement !

S.C. : — Vous avez alors respecté les termes de cette ordonnance
M.-E.N. : — A la lettre, car je ne voulais pas mettre en péril le livre qui, je vous le rappelle, était encore un manuscrit. Pour moi, ce n’était pas grave d’enlever une vingtaine de lignes, remplacées d’ailleurs aussitôt par pire, évidemment. Et puis j’avais un autre souci, celui de trouver un nouvel imprimeur et arriver à faire aboutir mon projet. Quant à Loffredo, sans surprise, en petit mec qu’il est, a attendu le dernier jour de la prescription de la date pour faire appel de la décision du juge, estimant qu’il n’avait pas obtenu satisfaction. Mais il ne pensait certainement pas que pendant ce temps moi, j’étais en train de faire tout ce qu’il fallait pour publier le livre.

S.C. : — Et vous y êtes parvenu ?
M.-E.N. : — Oui, en vendant suffisamment de tableaux pour réunir la somme d’impression. Et le 8 mai, lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, à la stupéfaction générale, j’ai donc sorti Les Porcs. Avec les vingt lignes supprimées et en intégrant dans une mise en abyme cette interdiction judiciaire pour en faire un morceau de littérature, agrémenté d’autres passages, y compris un chapitre qui montrait l’incompétence professionnelle de Loffredo, que j’avais d’ailleurs pensé à l’époque ne pas intégrer justement pour ménager sa susceptibilité, et que j’ai finalement réintégré avec plaisir… Loffredo, sous ses aspects faussement humbles, se croit bon publicitaire mais pas du tout. Et ce sera démontré plus tard encore. Quand on voit ses minables productions pour l’Eurostar ou la chaîne E. Leclerc, on rigole ! Il est complètement nul, et pour mon antiédition, aussi bien que pour son boulot de « directeur artistique », il dépendait entièrement de son exécutant qui, lui, a choisi mon camp, mais également de moi puisque c’est moi qui avait toutes les bonnes idées bien sûr.

S.C. : — Partant, vous avez opéré les quelques modifications ordonnées par le juge des référés ; quelle est donc la suite des évènements ?
M.-E.N. : — Le livre est donc sorti, on en a vendu près de 400 en trois mois et on n’a plus eu de nouvelles. Seulement, on savait qu’il fallait être présent pour l’appel qui était prévu à la fin du mois de septembre. J’ai reçu aussi plusieurs lettres agressives de son avocat. Un véritable harcèlement de demandes de conciliation, mais c’était trop tard, dans lesquelles cet avocat médiocre me menaçait d’être attaqué en « contrefaçon » si j’utilisais quand même la couverture de monsieur Loffredo ! Ils avaient changé complètement leur fusil d’épaule ! Dans l’assignation, Loffredo n’avait jamais rien fait, ni les tracts, ni les couvertures, ni rien. Dans la procédure d’appel, en revanche, il les revendiquait tous pour essayer encore de me prendre du fric et casser ma petite entreprise éditoriale. Seulement, il ne savait pas au moment où ils faisaient appel que le livre allait sortir. Donc, évidemment, ils ont attendu la fin des trois mois de prescription, c’est à dire du 8 mai au 8 août, et le 8 août même, sans surprise non plus, pour me faire un nouveau procès, et même deux nouveaux procès, tout en se désistant de l’appel sur le manuscrit désormais inutile (quels pros !)

S.C. : — Vous avez été prévenu du désistement de l’appel très tard…
M.-E.N. : — Oui, le 3 août ! Et en même temps que leurs attaques sur le fond. On n’a même pas pu, avec mon avocat Isabelle Coutant-Peyre, interjeter l’appel 15 jours après en février puisqu’on attendait leurs conclusions et qu’ils se sont désistés selon leur timing à eux, sans prévenir. Ils ont dépassé la date de remise de leurs conclusions, et c’est tout juste s’ils ne disent pas que c’est nous qui sommes en tort ! Voilà pourquoi, avec Isabelle, nous avons refusé ce désistement et avons maintenu l’appel du 25 septembre que Loffredo et son avocat, insatisfaits du jugement, voulaient faire passer à l’as sous prétexte que désormais le livre est publié… Quel rapport ? Moi, j’ai observé strictement l’ordonnance : cet appel était donc abusif. Je pensais qu’il fallait qu’ils en rendent compte… Mais la Justice, c’est la plupart du temps : tout pour la forme, quasiment rien sur le fond. C’est un des mille travers du monde procédural : l’attaquant a tous les droits, surtout quand il représente la bienséance bourgeoise contre un artiste seul et pauvre…

S.C. : — Et comment s’est déroulée l’audience devant la cour d’appel du 25 septembre ?
M.-E.N. : — C’était dans une petite salle où les affaires passaient à la chaîne… Une véritable mini usine boisée bourrée de corbeaux… Pressée, la présidente, Martine Roy-Zenati, l’air désolé, a constaté que malheureusement, l’article 401, à la suite du désistement de Loffredo, la privait du plaisir d’entendre plaider sur cette affaire… Elle a carrément séché le pauvre Brault de Loffredo qui voulait absolument lui fourguer son dossier de putains de pièces : « Si vous croyez qu’on va avoir le temps d’examiner vos pièces ! » lui a-t-elle envoyé dans les dents.

S.C. : — Brault, Loffredo et Hairanian ont donc choisi d’attaquer au fond le livre publié, à la fois en pénal et au civil : une assignation sur le fond et une citation directe. Motifs ?
M-E.N. : — Là encore une fois pour « atteinte à la vie privée » et aussi à ses « droits d’auteur », pour « ses » couvertures. Made in Loffredo ! Cette deuxième assignation, du 8 août donc, était gorgée de pièces encore plus infamantes et bas de gamme et minables que la première du 20 janvier. Le type ne pouvait plus rien me faire retrancher du livre, alors tout ce qu’il pouvait faire, c’est me demander de l’argent pour réparer son « préjudice ». Et toujours, selon leur planning « à date fixe », ces messieurs exigeaient que le procès ait lieu le 20 septembre, mais devant le tombereau de nouvelles conclusions envoyées à mon avocat la veille, il était impossible d’y répondre dans la nuit : voilà pourquoi le juge, très sage, a reporté l’audience au 20 décembre…

S.C. : — Et sur quoi porte la citation directe ?
M.-E.N. : — Sur les injures principalement. Loffredo a fait un barème qui est de mille euros par injure. Donc « Con » = 1000 euros, « Trop con » = 1000 euros, « Imbécile » = 1000 euros, « Abruti » = 1000 euros, etc. Ça me rappelle une scène du film de Marcel Pagnol, Le Schpountz, où Fernandel énonce des barèmes inscrits sur son faux contrat d’acteur. En cas de maladie, il paiera ses soins dans la monnaie du pays : 4 500 roubles s’il a les pieds gelés en Russie, 5 000 piastres s’il a la fièvre jaune en Afrique, 2000 poissons boucanés pour des morsures de phoques au Pôle Nord, etc. C’est aussi absurde. Le problème c’est que Loffredo n’est pas Fernandel, peu s’en faut. Il n’est même pas un schpountz ! Il est juste un con. En listant 1000 euros par injure, il arrive à vingt-trois mille euros ! Plus les cinq mille euros de frais d’avocat, ça fait vingt-huit mille euros pour la citation directe.

S.C. : — Et pour l’assignation pour atteinte à la vie privée plus le droit d’auteur ?
M.-E.N. : — C’est aussi vingt-huit mille euros ! On arrive donc à cinquante-six mille euros, rien que ça ! que monsieur Loffredo qui, selon son avocat « ne veut pas en faire une question d’argent », me réclame à moi qui n’ai absolument rien, qui mets tout ce que je peux trouver en vendant mes livres et mes tableaux chez l’imprimeur pour pouvoir imprimer mes livres. 56 000 euros ! Wanted ! Dead or Alive, surtout dead ! Et c’est l’un de ceux qui connaîssent mieux que personne ma situation qui voudrait me dépouiller ainsi ? Voilà où ça mène l’amitié, je pourrais dire ! Puisque lui se considérait comme mon ami. Évidemment je n’avais jamais été dupe.

S.C. : — Alors du coup quel était véritablement le statut de monsieur Loffredo auprès de vous ?
M.-E.N. : — Comme il était directeur artistique dans son métier, dont j’ai horreur, évidemment, de publicitaires, c’est épouvantable, j’avais gardé ce titre ronflant parce que ça lui faisait plaisir. Il était donc le « directeur artistique » de l’antiédition. Ça lui donnait une espèce de titre honorifique mais pour moi, c’était déjà bidon, puisque sur les achevés d’imprimer j’avais plutôt mis « graphisme » à côté de son nom, ça suffisait.… Et sur celui des Porcs, j’avais projeté d’inscrire « Directeur artistique (sic !) » à la fois par ironie, amusement, clin d’œil à ceux qui venaient de lire le livre et qui s’étaient étouffés de rire des gaffes de Loffredo racontées dans le texte… Mais aussi pour dire quelque chose de vrai : « directeur artistique », ça fait partie de ces métiers parasites qui pourraient tout à fait être supprimés de notre société et surtout des domaines qu’ils touchent. C’est-à-dire journalistiques, visuels, éditoriaux… J’ai rendu caduques pas mal de métiers dans la chaine éditoriale : que ce soit attaché de presse, directeur littéraire, représentant, éditeur, libraire, diffuseur, distributeur… Pour moi, le livre ne doit avoir aucun obstacle dans son parcours entre l’écrivain et son lecteur. Céline parlait de l’écriture–métro, moi, c’est l’édition-métro ! C’est mon concept, et c’est ce que j’ai créé. J’arrive, avec beaucoup de difficultés, à le faire exister depuis sept ans. Il n’y avait encore finalement qu’un seul chaînon qu’il fallait faire sauter, c’était le fameux directeur artistique qui ne sert absolument à rien. J’ai trop vécu avec de véritables artistes pour me laisser épater par ce genre d’inutile et de prétentieux en plus. Par exemple, dans sa première assignation, Loffredo se comparait à Vuillemin ! Quel rapport entre ses petits pochoirs imités d’une couverture d’un album des Clash et les œuvres d’art d’un des plus grands dessinateurs vivants français qui est mon ami Philippe Vuillemin, et que d’ailleurs je lui ai présenté ? Quand Loffredo me traite d’ « ingrat », je pourrais lui faire la liste de toutes les personnes, et dans bien de domaines, qu’il a rencontrées grâce à moi…

S.C. : — Lesquelles ?

M.-E.N. : — Eh bien, c’est allé de Jacques Vergès à Quincy Jones qu’il a eu la chance de rencontrer au Petit Journal, et avec qui il a fait des photos avec ses filles… Ou bien Ophélie Winter, Mallaury Nataf, Jean-Pierre Léaud et même Jerry Lewis !… Et aussi Pierre Etaix, mon père bien sûr, et de mon côté, beaucoup de lecteurs et de jolies filles amatrices de mes prestations télé, devenus ses amis qui ont alimenté sa pauvre et triste petite vie de concubin de Virginie Hairanian…

Sans parler d’Alain Soral et Dieudonné, surtout, avec qui il a carrément fricoté. Loffredo a passé avec ces gens plusieurs dîners, soirées, et pas seulement avec moi (il est par exemple allé seul une fin de nuit au domicile de Soral), jusqu’à établir des liens de confiance avec Joss, le garde du corps de Dieudonné… Tout cela est d’ailleurs raconté dans mon livre mais ça aussi il le nie, par trouille pure. Bref, Loffredo en a vécu des trucs grâce à moi… Je ne pourrais pas lister tout ce que je lui ai apporté, tout ce que je lui ai appris, et les bonnes directions vitales, philosophiques et politiques dans lesquelles je l’ai guidé, avec grand plaisir d’ailleurs…

S.C. : — Mais jusqu’à ce mois de janvier 2017, vos relations professionnelles et amicales avaient-elles été toujours cordiales ?
M.-E.N. : — Non, je m’étais déjà fâché avec lui en décembre 2014 parce qu’il m’avait « trahi », puisqu’il aime bien ce terme de trahison. Il m’avait considéré comme un client dont on pouvait niquer la gueule dans une campagne de pub ! Malheureusement, il faut se lever tôt pour penser que je ne puisse pas remarquer quelque chose avec mes yeux. Au moment où on allait élaborer ma revue Patience (qu’il approuvait complètement sur le fond, c’est-à-dire une compréhension, pour le moins, du mouvement terroriste Daech), Loffredo avait voulu truquer, par « perfectionnisme » pathologique, les images brutes que j’avais voulu intégrer dans mon numéro. Je me suis séparé de lui à ce moment-là. Et puis beaucoup de personnes autour de nous ont voulu que je le réintègre et je l’ai fait de mauvaise grâce, et je n’aurais pas dû les écouter. Parce qu’il s’est remis dans mon cercle en tant que directeur artistique (sic !) pour m’espionner, pour vérifier si tout ce que j’allais dire sur lui dans Les Porcs n’allait pas déborder, ni lui porter préjudice dans son petit milieu bourgeois. C’est la seule raison pour laquelle il est revenu lamentablement au moment où j’ai sorti le deuxième numéro de Patience (septembre 2015) sans lui bien sûr, et qui était encore plus beau que le premier, ce qui a montré par-là qu’on n’avait pas besoin de lui.

S.C. : — À vous entendre, on sent que derrière l’amertume d’avoir fait confiance à un « ami », il y a un combat qui vous intéresse, un combat presque social…
M-E.N. : — Oui, car c’est très intéressant d’être attaqué par un directeur artistique qui veut la perte économique d’un artiste. A travers ce personnage insipide, particulière falot, se mène une lutte des « DA » contre des artistes de mon genre. Ces prétentieux sont des branleurs qui se prennent un fric fou et qui apparemment n’en ont pas encore assez. Loffredo croyait sauver son âme en étant le directeur artistique (sic !) de l’antiédition, mais là évidemment il a perdu toute chance d’un quelconque salut pour une âme dont je donne peu cher au Jugement Dernier, en tant que Judas. D’ailleurs son appellation est très claire dans l’Evangile: « Il eût mieux valu que cet homme ne fût pas né ».

S.C. : — Mais, connaissant votre lucidité, comment vous êtes vous laissé approcher par un tel individu ?
M.-E.N. : — C’est vrai que j’ai le chic pour me mettre toujours dans des situations critiques et surtout pour attirer les personnages négatifs ! Mon écriture, qui prend souvent la forme d’une sorte de sacerdoce de témoin, fonctionne à deux vitesses. Il y a une première vitesse positive qui, lorsque je la passe, me fait foncer dans l’enthousiasme absolu, et l’amour total pour des personnages extraordinaires que j’ai eu la chance de rencontrer dans ma vie depuis ma naissance dans tous les domaines, du jazz à la peinture en passant par le dessin et le cinéma… Mais il y a aussi une autre vitesse que j’utilise, et qui est une vitesse, je dirais, négative, où là je suis, comme dit Philippe Sollers, il m’appelle comme ça, un « Infatigable explorateur des landes infernales ». C’est très beau, c’est très dantesque, et il a raison. C’est-à-dire que je ne me gêne pas pour aller dans les endroits les plus pourris et pour aller voir comment ça tourne, quels sont les gens négatifs qui mijotent là-dedans… Dans ce sens, j’ai un grand ancêtre qui est Louis-Ferdinand Céline : je rappelle que Céline en 44 avait la possibilité de partir en Espagne, et même en Amérique. Malgré ses pamphlets antisémites d’avant guerre, il n’avait absolument rien à se reprocher sur le plan collaborationniste. Mais il a préféré se jeter dans la gueule du loup et fuir avec les collabos à Sigmaringen, pas pour son plaisir, mais parce qu’il savait ce qu’il allait en faire dans ses livres futurs. Il voulait voir comment ces gens-là pourrissaient. Il n’avait aucune affection pour Luchaire, Bichelonne, Brinon, Laval et toutes ces ordures qui étaient à Sigmaringen. Mais il est parti les rejoindre. C’est un peu ce qui s’est passé pour mon livre… J’ai d’ailleurs un ami qui est en train de lire Les Porcs et qui m’a dit que c’était un peu mon D’un château l’autre. C’est tout à fait ça !… Et les fascistes déliquescents des années 44 valent bien ceux d’aujourd’hui en France… Évidemment, dans Les Porcs, je pense aux têtes d’affiches comme Soral et Dieudonné, mais aussi à d’autres pas connues, l’immonde Salim Laïbi, qui a son rôle d’infect collabo. Il y a également Thierry Meyssan l’abruti, il y a Kemi Seba, le faux noir faussement rebelle… Etc, etc ! Tous d’une porcherie l’autre !

S.C. : — Il y en a plein.
M.-E.N. : — Il y en a plein, et Loffredo fait partie de ceux-là. Depuis que je l’ai présenté à Laïbi, par exemple, ils sont devenus les plus grands amis du monde. Ce qui m’a intéressé, c’est la relation entre le Pied-Noir rital et l’Arabe algérien complètement d’extrême-droite à l’époque, et qui a fini conspirationniste. Ça a formé un duo très pittoresque, comique aussi. Mais toute la part comique qu’eux-mêmes vantaient quand il s’agissait d’autres « cobayes » disparaît à partir du moment où ce sont eux les protagonistes. On connaît.

S.C. : — Pour revenir sur la deuxième citation en date, pourquoi n’a-t-il pas agi sur le terrain de la diffamation mais sur celui de l’injure uniquement ?
M.-E.N. : — Loffredo ne pouvait pas m’attaquer en diffamation pour la simple raison que tout ce que je dis est vrai. C’est le concept même, c’est la matrice de ce livre. C’est exactement, comme je le dis souvent, le contraire de L’Homme qui arrêta d’écrire où tout a l’air vrai mais c’est faux. Il n’y a jamais eu de cocktail littéraire à la brasserie du Train Bleu. Je n’ai jamais rencontré Julien Doré, ni Alain Delon dans sa loge, ni chanté avec Michel Delpech, etc. Mais ça a l’air hyper crédible. Dans Les Porcs, c’est le contraire. Ça a l’air complètement romanesque, parce que les personnages, y compris Loffredo lui-même, sont ou grotesques, ou minables, ou négatifs, ou stupides, ou dangereux même. Et pourtant c’est vrai. Toutes les situations décrites dans Les Porcs sont vraies. De sa cuite prise le 26 juillet 2007 au VIP des Champs-Elysées, jusqu’au fait qu’il préfère une de ses filles à l’autre, ce qui m’avait déjà scandalisé, tout est exact. Voilà pourquoi personne ne peut m’attaquer pour diffamation. Personne, même pas son grand ami Laïbi, qui, même s’il a encouragé les autres à m’en faire, n’a pu me faire de procès. Et aussi pour une autre bonne raison, c’est qu’il n’a plus d’argent, contrairement à Loffredo qui, lui, a tout ce qu’il faut pour payer maître Brault, chaudement recommandé par sa femme, et qui doit lui faire des prix, à titre « amical »…

S.C. : — Alors moi qui ai lu Les Porcs, j’ai remarqué que beaucoup de personnalités publiques auraient pu éventuellement vous faire un procès pour injures ou pour atteinte à la vie privée, parce que la révélation de certains éléments de leur vie privée pourrait porter préjudice à leur réputation en tant que personne notoire.
M.-E.N. : — Qui par exemple ?

S.C. : — Yann Moix notamment. Ou des personnes qui sont aujourd’hui mises sur la sellette, comme Dieudonné tout simplement. Mais aussi à moindre échelle on va dire, peut-être Frédéric Taddeï ou Laurent Ruquier, même si ces personnages ne sont pas véritablement « attaqués », ni même les objets de révélations véritablement croustillantes sur leur vie privée. Pourquoi là, justement, c’est un anonyme parmi les anonymes qui est le seul à vous faire un procès sur ces fondements-là dont on a parlé, alors que d’autres personnes très célèbres auraient pu avoir des raisons de le faire ?
M-E.N. : — Eh bien, au début, j’ai eu honte d’écoper, pour Les Porcs, d’un seul procès, celui que m’intente Yves Loffredo (qui ça ?) ! Je m’attendais à des attaques beaucoup plus flamboyantes que celle-ci. En effet, je rêvais d’une certaine façon d’un procès de la part de Yann Moix, dont j’ai raconté plein de choses très intéressantes sur son amitié, que j’ai créée moi-même d’ailleurs, avec Paul-Éric Blanrue. Ou alors avec un des peoples, écrivains, ou intellectuels qui traversent ce livre. Et puis finalement, je me suis rendu compte que l’anonymat, l’insignifiance de l’attaquant n’était pas seulement un hasard, mais que ça avait aussi du sens par rapport à tout ce que j’ai fait. Ça fait aussi partie, presque de mon communisme on va dire, de mon égalitarisme en tout cas, de ne pas miser tout sur la célébrité d’une élite, sur le côté poudre aux yeux de la personne connue. C’est bien que ce soit quelqu’un d’anonyme justement, un nobody, quelqu’un qui n’existe pas on peut dire, quelqu’un que personne ne connaît.

S.C. : — Vous n’êtes pas le premier écrivain à vous en prendre à un inconnu…
M-E.N. : — En effet, et Loffredo s’en tire bien ! Charles Péguy a consacré tout un livre, Un nouveau théologien, à un certain Fernand Laudet, qui avait émis une critique négative sur sa Jeanne d’Arc. Et Marx, Karl Marx ! a interrompu la rédaction de son Capital pendant un an, au grand dam de sa femme Jenny, pour répondre aux calomnies d’un incertain Carl Vogt — totalement inconnu et insignifiant – dans un livre entier publié à ses frais : Herr Vogt

S.C. : — Vous n’allez pas nous sortir un Herr Loffredo tout de même !
M.-E.N. : — Non ! Rassurez-vous. Ce Nabe’s News suffira largement !… La grande hantise de Loffredo, c’était qu’on le connaisse… Malheureusement, il a échoué. Puisque je rappelle que son objectif, c’était que le livre ne sorte pas avec lui dedans. Raté. Le livre est sorti et il y est présent encore plus que dans le manuscrit. Maintenant, on va savoir qui il est, il était complètement dans l’ombre et désormais il est en pleine lumière. C’est comme si j’avais tiré au hasard un personnage de l’anonymat et que j’en aie fait une star, mais une star méprisable… Donc, le fait que Loffredo soit complètement anonyme donne une nouvelle couleur, une spécificité à ce procès. C’est pour cela que je veux qu’il soit exemplaire. Puisqu’il a voulu être un exemple, un unique… D’une certaine façon, on revient sur le sacrifice, il s’est donné lui-même en holocauste, comme un agneau, un agneau-émissaire ! Loffredo, c’est une espèce de Judas qui se christifie, si vous voulez, sur l’autel de la littérature. Et il l’a fait en toute connaissance de cause. En sortant du bois et en se montrant comme victime, il devient l’accusateur et celui qui me réclame cinquante-six mille euros, et en même temps il va évidemment être détruit. Parce que toute sa vie, il va traîner ça. Car comment il va expliquer ça à ses enfants, Justine et Maxine Loffredo ? A ses petits enfants ? Son nom, dont il voulait laver l’honneur et l’infamie, que j’avais sali soi-disant par mon écriture, va devenir un nom infâme. Ça va être celui de Yves Loffredo, le seul type qui aura fait un procès à Marc-Édouard Nabe !

S.C. : — C’est un peu une sorte de Soldat Inconnu comme celui au-dessus de la tombe de qui le Président de la république rallume la flamme tous les 11 novembre !…
M.-E.N. : — Voilà. Exactement. Vous connaissez l’histoire du vrai Soldat Inconnu ? C’est en 1920, il y a eu un type, un soldat aussi, un rescapé de la guerre qui s’appelle Auguste Thin, et qui a été chargé par le gouvernement de choisir entre six cercueils celui qui allait être désigné comme le soldat inconnu. Et c’est celui là qu’on a mis sous l’Arc de Triomphe, et voilà. Donc, d’habitude, le Soldat Inconnu est choisi. Là, c’est le Soldat Inconnu qui se choisit lui-même tellement il est con. Yves Loffredo, c’est le Con inconnu ! C’est celui qui s’est désigné lui-même comme voulant être le premier inconnu qui m’a fait un procès et le seul dont on se souviendra… Et c’est moi qui vais allumer la flamme par ce procès, quel qu’en soit le résultat. La différence avec le Soldat Inconnu, c’est que le Soldat Inconnu n’a toujours pas de nom, on ne sait pas qui c’est. Loffredo, c’est un Soldat Inconnu qui a un nom ! Je sais qui c’est, et je ne suis plus le seul désormais. Evidemment, la question du nom m’a beaucoup intéressé, comme vous le savez, dans plusieurs livres, et là elle se cristallise judiciairement sur la personne d’un de mes ex-lieutenants les plus « fidèles » qui m’a trahi au dernier moment, et sa flamme dansera à jamais sous mon propre petit Arc de Triomphe !

Propos recueillis par Sébastien Cacioppo.